Les non-vaccinés seront «persona non grata» à la SAQ et à la SQDC

Les personnes incapables de présenter une preuve vaccinale pourront se rabattre sur les services de livraison de la SAQ et de la SQDC.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Les personnes incapables de présenter une preuve vaccinale pourront se rabattre sur les services de livraison de la SAQ et de la SQDC.

À partir du 18 janvier, les réfractaires du vaccin deviendront persona non grata dans les succursales de la SAQ et de la SQDC. Tantôt applaudie, tantôt décriée, cette mesure est susceptible d’être étendue par le gouvernement à d’autres commerces non essentiels afin de serrer la vis aux non-vaccinés, qui devront se rabattre sur le commerce en ligne pour se procurer l’alcool et le cannabis vendus par l’État.

Les agents de sécurité qui vérifient déjà l’âge de la clientèle aux entrées des succursales de la SQDC auront la tâche de contrôler les passeports vaccinaux. Dans les succursales de la SAQ, l’application de la mesure incombera aux commis.

Craignant les « frustrations » et les « comportements agressifs de certains clients », la CSN, qui représente les employés des SAQ, exige l’embauche de gardiens de sécurité « dans l’ensemble des succursales dès le 18 janvier ».

« Si les non-vaccinés sont mécontents de cette situation, il y a une solution très simple, a indiqué le ministre de la Santé, Christian Dubé, en point de presse, jeudi. C’est de se faire vacciner. »

Ou d’avoir Internet. La SQDC admet que « la preuve vaccinale ne sera pas exigée aux personnes qui se procureront des produits en ligne ». Idem à la SAQ, qui indique que « concernant les commandes en ligne, elles seront possibles avec l’option de livraison à la maison pour les personnes qui ne peuvent présenter un passeport vaccinal ».

La mesure n’en est pas moins utile, a soutenu le directeur québécois de la campagne de vaccination, Daniel Paré, jeudi, en entrevue avec Le Devoir.

« L’objectif, ce n’est pas de les priver d’une bouteille de vin, a-t-il affirmé, en référence aux personnes non vaccinées. L’objectif, c’est de limiter les contacts, de les protéger et de protéger les autres aussi. »

« Ça va être efficace », a-t-il poursuivi.

Acclamée par certains…

Le gouvernement compte aussi étendre l’exigence du code QR aux commerces non essentiels, notamment de soins corporels, à savoir les salons de coiffure et d’esthétique.

La mesure réjouit les principaux intéressés contactés par Le Devoir. La plupart demandaient déjà à leur clientèle si elle était doublement vaccinée avant de l’accueillir.

« Pour la plupart d’entre nous, nous étions contents parce que nous avons un contact assez étroit avec la clientèle », affirme Virginie Daoust, gérante de Chez Marcus, un salon de coiffure situé dans le quartier Saint-Roch, à Québec. La mesure imposera à l’entreprise l’embauche d’une personne responsable de contrôler les accès, surtout en soirée. « C’est dur de trouver du monde », admet Mme Daoust, qui dit qu’elle et son équipe étaient « surprises » que l’obligation du passeport dans les salons de coiffure n’ait pas été envisagée plus tôt.

À Baie-Saint-Paul, Marie-Hélène Anctil, massothérapeute dans un salon de beauté et d’esthétique dont elle deviendra bientôt propriétaire, « trouve ça super correct et vraiment très bien » que le gouvernement envisage d’imposer le passeport vaccinal à sa clientèle. « C’est une mesure qui va être appliquée chez nous, c’est assuré ! » souligne-t-elle. Déjà, le centre de beauté où elle travaille n’accueillait que des gens doublement vaccinés.

« Avant, le gouvernement ne nous permettait pas d’obliger le passeport vaccinal, explique Mme Anctil. Nous demandions le statut vaccinal sur un formulaire, sans être en mesure de demander de preuve. » Le salon de Marie-Hélène Anctil a déjà eu maille à partir avec quelques récalcitrants non vaccinés — surtout des touristes, souligne-t-elle. À force de les côtoyer, elle a appris à les reconnaître dès leur arrivée. « Nous avons développé une stratégie pour éviter de nous obstiner avec eux. Quand nous voyons des non-vaccinés arriver, nous nous excusons en leur disant : “C’est complet !” »

L’imposition du passeport vaccinal ne changerait rien, ou presque, à la clinique d’esthétique Basanerit, située dans Rosemont. « Nous demandions déjà le statut vaccinal de notre clientèle à l’entrée », explique l’esthéticienne Jasmine Camarti. Le personnel n’exigeait pas de preuve, mais compte commencer à le faire si le gouvernement l’exige. « La propriétaire est infirmière, et c’est très important, pour nous, que tout le monde soit vacciné. »

… et critiquée par d’autres

D’autres organisations déplorent la volonté du gouvernement. La Fédération canadienne de l’entreprise indépendante (FCEI) dénonce une mesure qui « ajoute une pression supplémentaire » sur les PME « alors qu’elles fonctionnent déjà au ralenti et qu’elles sont lourdement endettées ». Son président, François Vincent, somme le gouvernement du Québec de « les soutenir, notamment par une compensation financière et en améliorant sa gestion des tests PCR et rapides ».

La FCEI interroge aussi l’application concrète de la mesure, alors que la ligne entre ce qui est essentiel et ce qui ne l’est pas demeure diffuse.

« Par exemple, est-ce qu’une boutique de souliers vendant des bottes d’hiver est essentielle ou non essentielle ? » se demande la Fédération.

Le Conseil québécois du commerce de détail (CQCD) abonde dans le même sens, critiquant une mesure « difficilement applicable, voire impossible à mettre en place pour certains commerçants ».

Le CQCD s’inquiète qu’« avec 25 000 postes à pourvoir […], ajouter ce fardeau sur les détaillants québécois serait trop lourd ».

De l’avis du Conseil, l’obligation d’être doublement vacciné pour accéder aux commerces non essentiels favoriserait les géants du Web en contraignant la clientèle non vaccinée aux achats en ligne.

« Nous demandons au gouvernement de ne pas considérer la mise en place du passeport vaccinal obligatoire dans les commerces non essentiels », conclut l’association.

Avec François Carabin

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