Accusé d’agressions sexuelles, le prince Andrew peut-il échapper à la justice?

Si tous les recours du prince Andrew échouent, un procès civil pourrait se tenir «entre septembre et décembre» 2022.
Photo: Lindsey Parnaby Agence France-Presse Si tous les recours du prince Andrew échouent, un procès civil pourrait se tenir «entre septembre et décembre» 2022.

Le prince britannique Andrew, visé par une plainte au civil pour « agressions sexuelles », peut-il échapper à la justice grâce à la protection d’un accord de 2009 entre son ami Jeffrey Epstein, accusé de crimes sexuels et mort en prison en 2019, et l’une de ses accusatrices ?

La justice fédérale à New York a rendu public lundi un règlement jusqu’ici confidentiel de dédommagement financier scellé en 2009 entre M. Epstein et une femme américaine, Virginia Giuffre, à la veille d’une audience cruciale dans ce dossier.

Selon les termes de cet accord, Mme Giuffre s’engageait à ne pas porter plainte contre Jeffrey Epstein, ni contre d’« autres accusés potentiels » dans l’entourage du multimillionnaire américain, un prédateur sexuel de mineures qui s’est suicidé dans sa prison de New York en août 2019, avant son procès pénal.

Or, le prince Andrew, ami de M. Epstein et de sa compagne et complice pendant 30 ans Ghislaine Maxwell, est visé par une plainte au civil déposée à New York en août par Mme Giuffre pour des « agressions sexuelles » commises en 2001, quand elle avait 17 ans.

Cette action au civil, qui vise à obtenir des dommages et intérêts, n’a rien à voir avec une procédure pénale et Andrew, qui nie « catégoriquement » ces allégations, n’est pas pénalement poursuivi pour crimes sexuels.

Bloquer la plainte

 

Selon Virginia Giuffre, le second fils de la reine Elizabeth l’aurait agressée sexuellement à trois reprises il y a 20 ans chez Jeffrey Epstein et Ghislaine Maxwell à New York, aux îles Vierges américaines et à Londres.

Mais les avocats du prince font tout depuis six mois pour bloquer cette plainte et affirment que l’accord de 2009 empêche une action en justice.

De fait, le règlement, qui a permis à Virginia Giuffre de toucher 500 000 dollars, protégeait Jeffrey Epstein, mais aussi, semble-t-il, tout « autre accusé potentiel » selon la formulation juridique imprécise du document contractuel de 2009.

Le nom ou le titre royal du duc de York ne sont pas mentionnés mais les avocats d’Andrew avancent que la plainte de Mme Giuffre n’est pas fondée en droit.

Au contraire, l’avocat de la plaignante, David Boeis, a rétorqué lundi que le prince n’était pas « couvert » par un accord qui « ne le cite pas » et dont « il n’avait même pas connaissance » en 2009.

Le sort de la plainte pourrait se conclure mardi. À 15 h 00 (10 h 00 au Québec), une audience en visioconférence est prévue entre le juge fédéral de Manhattan Lewis Kaplan et les avocats des deux parties, pour savoir s’il convient d’écarter la plainte.

Le juge a d’ores et déjà rejeté le 31 décembre une autre demande en nullité formulée par Andrew, au motif que Mme Giuffre ne pourrait pas agir en justice aux États-Unis car elle « réside » en Australie.

Procès civil fin 2022 ?

Si tous les recours d’Andrew échouent, un procès civil pourrait se tenir « entre septembre et décembre » 2022, avait dit cet automne le juge Kaplan.

Par ailleurs, les avocats de Mme Giuffre demandent que le prince produise un certificat médical attestant que son corps ne peut pas transpirer, qu’il n’est ainsi jamais « en sueur ».

En effet, dans sa dernière interview à la BBC en novembre 2019, jugée calamiteuse, il avait nié avoir dansé « en sueur » avec Virginia Giuffre dans une boîte de nuit de Londres il y a plus de 20 ans, comme elle l’avait raconté. Le prince souffrirait d’une impossibilité de « sudation » depuis la guerre des Malouines en 1982, où son organisme aurait produit trop d’adrénaline.

Largement diffusées, surtout au Royaume-Uni, nombre de photos attestent des liens entre Andrew, Epstein, Maxwell et Giuffre. Notamment un cliché de 2000 montrant le financier américain, la mondaine britannique et le prince à une partie de chasse au domaine de Sandringham (est de l’Angleterre).

Une autre photo montre Andrew et Giuffre se tenant par la taille, tout sourire, avec Maxwell en arrière-plan, mais le prince a émis des doutes sur l’authenticité de cette photo.

Depuis plus de deux ans, son amitié avec le couple Maxwell-Epstein l’a plongé dans la tourmente et l’a contraint à se retirer de la vie publique.

Pour sa part, Ghislaine Maxwell a été reconnue coupable le 29 décembre à New York de trafic sexuel de mineures au profit de Jeffrey Epstein. Virginia Giuffre, qui n’était pas partie au procès Maxwell, s’est félicitée de ce jugement et a dit espérer que d’autres « rendent des comptes ».

À voir en vidéo