En photos | 2021 dans l’oeil de Renaud Philippe

Les photographes posent un regard très personnel sur l’actualité. Nous leur avons demandé de choisir leurs meilleures photos de cette année plutôt... inhabituelle qui s’achève. De voyages hallucinants à des moments politiques charnières, voici la sélection de Renaud Philippe.

1 14 septembre | Marzai, une jeune mère de famille monoparentale de quatre enfants, est arrivée à Islamabad il y a trois mois, après le décès de son mari dans un attentat à la bombe visant la communauté hazara. «La photographie, ça prend du temps, raconte Renaud Philippe. Ce qu’on photographie dans un contexte humain, c’est le lien qu’on a créé avec quelqu’un, qui nous permet d’accéder à l’histoire, à la vérité, aux vrais moments. Dans un contexte comme celui du Pakistan, qui n’est pas notre pays, on n’est pas proche de quiconque, alors ça prend encore plus de temps.» Renaud Philippe s’y est pris à trois reprises pour cueillir ce moment. Renaud Philippe Le Devoir
2 7 septembre | «Cette photo pourrait avoir pour titre: "Moment de liberté"», estime le photographe du «Devoir». En visite au Pakistan à l’occasion des 20 ans des attentats du 11 septembre 2001, il voyage dans un cadre extrêmement strict imposé par les autorités locales. Quelques heures dans le bazar de Peshawar lui ouvrent une fenêtre sur cette vie ordinaire d’un pays tourmenté. Le marché a été la cible de deux attaques à la bombe au cours des dernières années. «Ça nous fait comprendre que, dans certains lieux, la pandémie n’est pas nécessairement une priorité. Les gens vivent au jour le jour.» Renaud Philippe Le Devoir
3 5 juin | Renaud Philippe s’est rendu cet été dans l’ouest du Canada à l’occasion de la découverte des tombes d’enfants morts dans les pensionnats. «Travailler sur cette histoire, ça a été très intense. Plein de moments très forts de recueillement», raconte-t-il. Cela culmine au dernier jour de travail, lors d’une commémoration en face du pensionnat de Kamloops. Son regard se pose sur celui d’une jeune fille à l’allure digne. «Ils ne peuvent plus être ignorés. Je n’ai jamais vu ça, un regard comme celui de cette jeune fille. Sa fierté ! Ma présence ne l’a pas du tout influencée.» Renaud Philippe Le Devoir
4 24 avril | Cette scène a été croquée à Toronto, lors de la troisième vague de la pandémie. Si ce n’était les tramways plus vides qu’à l’habitude, les tours de bureaux vacantes ou les restaurants et les écoles fermés, on pourrait croire que la vie suit son cours de manière à peu près normale, quoique très ralentie. «On ne savait plus quoi faire pour parler de la COVID-19, confie Renaud Philippe. C’était le moment où on parlait de la crise et où on passait de l’état d’urgence à l’intégration de la COVID-19 à notre vie.» Ce changement de normalité s’accompagne de curieux détails. «C’est un couple qui s’embrasse. Rien de plus commun. Mais les deux portent un masque.»   Renaud Philippe Le Devoir
5 7 juin | Des croix sur lesquelles ont été mis des habits d’enfants pullulent sur le bord d’un pont menant au pensionnat de Kamloops, qu’on aperçoit en arrière-plan. «Sur ce pont, il y avait je ne sais pas combien de croix, tous les quatre, cinq mètres, avec des habits d’enfants. Il y en avait des centaines», raconte le photographe. «Il y a quelque chose de sobre. C’est somme toute un paysage, mais il y a ces éléments, le vent qui souffle là-dedans. On sent la présence de ces centaines d’enfants.» Renaud Philippe Le Devoir
6 19 janvier | Les premiers jours de 2021 aux États-Unis se sont déroulés sous haute tension. Renaud Philippe, dépêché sur les lieux pour l’assermentation du président Joe Biden, se souvient d’une capitale en état de siège. «C’était hallucinant. Ce n’était pas Washington. C’était une zone de guerre, qu’on voit en terrain de conflit, en terrain sécurisé. Il y avait 20 000 membres de la garde nationale déployés à Washington.» Les barbelés, les pancartes à l’effigie du président par terre, les rues désertes… Le cœur de la nation américaine a pris un coup. «C’est drôle de voir la plus grande démocratie du monde célébrer la démocratie de cette façon-là.» Renaud Philippe Le Devoir

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