​Nos personnalités de l’année 2021 : Shachi Kurl, présidente d’Angus Reid

Shachi Kurl, présidente d’Angus Reid
Photo: Maia Faddoul Shachi Kurl, présidente d’Angus Reid

Jusque-là plutôt inconnue du grand public québécois, la sondeuse Shachi Kurl s’est élevée au rang de personnalité médiatique controversée à l’automne 2021, après avoir posé une question au chef du Bloc québécois, Yves-François Blanchet, lors du débat des chefs en anglais.

« Le problème [de la loi 21 sur la laïcité de l’État] est bien plus grand que moi et ma question », écrit la principale intéressée dans un courriel. Shachi Kurl a refusé pour une troisième fois en deux mois une interview au Devoir, dépassée, dit-elle, par le retour de ce sujet dans l’actualité politique depuis la réaffectation d’une enseignante de l’Outaouais portant le voile, en décembre.

Lors du débat des chefs du consortium des médias anglophones, c’est elle qui a fait les manchettes, en tant qu’animatrice, pour une question dirigée à M. Blanchet. « Vous niez que le Québec a des problèmes de racisme, cependant vous défendez des lois comme la loi 96 et la loi 21 qui marginalisent les minorités religieuses, les anglophones et les allophones. […] Pouvez-vous aider les Canadiens qui habitent à l’extérieur de la province à comprendre pourquoi votre parti soutient ces lois discriminatoires ? »

La question a provoqué de fortes réactions. À commencer par le chef libéral, Justin Trudeau, qui a dit le lendemain l’avoir trouvée « absolument inacceptable et insultante en tant que Québécois ». Son adversaire conservateur, Erin O’Toole, en a rajouté : « Les Québécois ne sont pas racistes, et je rejette la prémisse de la question posée lors du débat hier soir. »

Le premier ministre du Québec, François Legault, y a même vu une agression envers la nation québécoise, « attaquée » par la remarque de Shachi Kurl, « dans ses valeurs, dans une loi votée démocratiquement et appuyée par une majorité de Québécois ».

L’animatrice, connue des panels politiques de la télévision anglophone, s’est prononcée quelques fois publiquement sur la question. D’abord, directement au lendemain des faits, lors d’un événement en ligne regroupant plusieurs journalistes anglophones, elle a insisté sur le fait que sa question avait été « approuvée par plusieurs échelons dans l’organisation » du débat. « À l’extérieur du Québec, les gens voient ces lois, ces textes législatifs, très différemment », a-t-elle avancé.

Puis, dans une lettre publiée après les élections fédérales et en français sur son site Web, Shachi Kurl refuse de retirer ses propos et dit assumer sa question « sans équivoque ».

La Vancouvéroise défend d’abord sa légitimité de modérer le débat national, en tant qu’ex-journaliste à l’extérieur de la bulle d’Ottawa s’étant illustrée lors d’un débat provincial. Une immersion en français effectuée au Saguenay–Lac-Saint-Jean et dans Charlevoix a pu l’« immerger pleinement dans l’histoire du Québec et observer la fierté des Québécois, leurs perspectives en matière de laïcité, de survie et leur désir de protéger leur culture et leur langue », écrit-elle. Kurl blâme principalement Yves-François Blanchet de ne pas avoir saisi l’occasion qu’elle lui a offerte pour expliquer la laïcité au reste du pays.

Angus Reid, le fondateur de la firme de sondage qui porte son nom et pour laquelle travaille Shachi Kurl, a d’ailleurs pris le clavier pour affirmer que la question n’a eu que peu d’impact sur le vote, puisque le Bloc québécois a recueilli légèrement moins d’appui en 2021 qu’en 2019.

Une vision des choses est contredite par les faits, croit le professeur de science et blogueur spécialisé en sondages Philippe J. Fournier, chiffres à l’appui. Le Bloc serait passé de 25 % à 32 % des intentions de vote durant les jours suivant le débat en anglais. « Angus Reid, c’est une bonne firme, mais elle a un “effet maison” », ajoute-t-il. De son analyse, les sondages de la firme menée par Shachi Kurl tendent à surestimer le vote conservateur.



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