Nouvelle épreuve pour les restaurateurs torontois

Depuis dimanche, les restaurants et les bars ne peuvent accueillir les clients que jusqu’à 23h, à 50% de leur capacité, en plus d’avoir à cesser de vendre de l’alcool à 22h.
Photo: David J. Phillip Associated Press Depuis dimanche, les restaurants et les bars ne peuvent accueillir les clients que jusqu’à 23h, à 50% de leur capacité, en plus d’avoir à cesser de vendre de l’alcool à 22h.

L’annonce du gouvernement ontarien, le 17 décembre, ordonnant la fermeture partielle des salles à manger des restaurants et des bars est une épreuve de plus à surmonter pour les restaurateurs torontois, qui ont subi certaines des restrictions les plus longues en Amérique du Nord. Les salles à manger ont été fermées pendant plus de 365 jours depuis mars 2020.

Depuis dimanche, les restaurants et les bars ne peuvent accueillir les clients que jusqu’à 23 h, à 50 % de leur capacité, en plus d’avoir à cesser de vendre de l’alcool à 22 h. Dix personnes, au plus, peuvent s’asseoir à la même table. « Ça nous pénalise une fois de plus », se désole Pascal Geffroy, propriétaire du restaurant Batifole, dans l’est de la ville de Toronto, qui planifie rouvrir son restaurant le 28 décembre, à temps pour la veille du jour de l’An.

Il s’agit de la troisième fermeture complète ou partielle des salles à manger à Toronto depuis mars 2020. La période d’arrêt la plus longue dans la Ville Reine — une fermeture complète des salles entre le 10 octobre 2020 et le 16 juillet 2021 — a duré près de 275 jours. Le 1er juillet 2021, Toronto était la seule ville nord-américaine où il n’était pas possible de manger à l’intérieur d’un restaurant, selon l’association Restaurants Canada.

Aucune aide financière immédiate n’a été offerte par le gouvernement ontarien aux restaurateurs au moment de l’annonce, vendredi dernier. Mercredi, le ministre des Finances, Peter Bethlenfalvy, a finalement offert des remises équivalant à 50 % de l’impôt foncier et des coûts énergétiques aux entreprises pendant qu’elles sont soumises aux limites de capacité. « On a 50 % moins de chiffres d’affaires, mais le loyer reste à 100 %. J’ai l’impression qu’on veut nous éliminer », laisse tomber Pascal Geffroy. Ce dernier a soumis une demande de subvention de 20 000$ à la province en 2020, mais n’a rien reçu. « J’espère que cette fois nous aurons plus de chance », dit-il.

« On est tellement habitués maintenant », soupire Nancy Thornhill, propriétaire du restaurant Farmhouse Tavern, dans le quartier Junction Triangle, en réaction aux nouvelles annonces du gouvernement provincial. Voyant le nombre de cas de COVID-19 augmenter à Toronto, la gestionnaire s’est préparée à un confinement avec son équipe avant l’annonce du premier ministre Doug Ford, le 17 décembre. « On a appris vendredi qu’il fallait fermer dimanche matin — ça aurait été bien d’avoir un meilleur préavis », dit-elle.

Coup dur avant les Fêtes

 

Une demi-douzaine de célébrations de Noël étaient organisées en décembre au restaurant Farmhouse Tavern, mais la plupart ont été annulées, selon Nancy Thornhill. La préparation est « immense » pour les Fêtes, note la propriétaire. Pascal Geffroy, pour sa part, avait commandé des truffes et du foie gras pour les soupers du temps des Fêtes, mais il sent maintenant que le gouvernement lui « coupe l’herbe sous le pied ».

Billy Pachis, propriétaire du Black Swan Tavern, sur l’avenue Danforth, ne gardera que ses deux employés à temps plein. « Je ne pense pas que je vais me payer », dit-il. « Le moment est mal choisi pour les restrictions puisque nous avons habituellement un spectacle du Nouvel An », ajoute-t-il.

« C’est épuisant », dit Nancy Thornhill, qui a pensé tout fermer pendant les Fêtes, comme ont décidé de le faire au moins une dizaine de restaurants et de bars torontois. C’est le cas du restaurant Sugo, du propriétaire Conor Joerin, qui affichera « fermé » dans trois jours. « À 50 % de capacité, les marges de profit ne sont pas super et avec l’augmentation des cas, on ne voulait pas mettre les employés à risque », dit Conor Joerin. « Ça fait 22 mois qu’on vit cela, nous sommes fatigués de prendre des décisions telles que choisir de faire des plats à emporter », ajoute-t-il.

Faible pourcentage des éclosions

 

Les éclosions dans les restaurants, les bars et les boîtes de nuit — regroupées par le gouvernement — représentent 2 % des 750 éclosions actives en Ontario, d’après les données du ministère de la Santé. Selon les données de la santé publique de Toronto, il y a quatre éclosions actives dans des restaurants ou des bars de la municipalité. Un restaurant de la chaîne The Keg au centre-ville a été fermé temporairement le 11 décembre.

« Le problème avec les restaurants, c’est que ça donne l’opportunité à plusieurs foyers de se rencontrer, ce qui multiplie les contacts », prévient le Dr Santiago Perez Patrigeon, spécialiste des maladies infectieuses à l’Hôpital général de Kingston. Les contacts devaient être réduits de 50 % à partir d’aujourd’hui si la province veut limiter à 5000 le nombre de nouveaux cas quotidiens, d’après le Groupe consultatif scientifique ontarien de lutte contre la COVID-19, une équipe d’experts qui conseille le gouvernement provincial.

Nancy Thornhill et Pascal Geffroy ne baissent toutefois pas les bras. « J’ai mis toute mon énergie dans ce restaurant pendant dix ans pour bâtir sa réputation. Je vais tout perdre pour rien ? », lance le propriétaire du Batifole. « J’ai 53 ans, ma carrière est finie en restauration. Si je me retrouve au chômage demain, ce sera difficile de trouver un travail », dit-il. « Nous allons passer au travers, j’en suis sûre », conclut Nancy Thornhill.

Ce reportage bénéficie du soutien de l'Initiative de journalisme local, financée par le gouvernement du Canada.

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