Omicron et l’hypothèse d’une vague extrême mais courte

Au moment où les infections liées au variant Omicron montent en flèche partout à travers le monde, la province de Gauteng, la plus urbanisée d’Afrique du Sud, enregistre plutôt une baisse de ses cas quotidiens de COVID-19. Serait-ce un signe avant-coureur que la vague menée par le nouveau variant s’affaissera plus rapidement que les précédentes ?

Si les données actuelles sont encourageantes, plusieurs bémols doivent être pris en compte avant de comparer l’avenir de la situation épidémiologique du Québec et celle de l’Afrique du Sud, souligne le Dr Alain Lamarre, professeur et chercheur en immunologie et virologie à l’Institut national de la recherche scientifique (INRS).

Selon des données préliminaires, les nouvelles infections auraient déjà culminé à Gauteng, l’un des premiers endroits au monde où le variant Omicron a fait surface. Après avoir dénombré 16 000 nouvelles infections le 12 décembre, le Gauteng n’en rapportait plus qu’environ 3300 ce mardi, et ce, même si 90 % des nouvelles infections depuis la mi-novembre sont attribuables au variant Omicron. Trois autres des neuf provinces d’Afrique du Sud ont également signalé des baisses.

À travers le pays, la situation s’améliore tout autant : le bilan est retombé à 15 423 nouvelles infections mercredi, après avoir atteint un sommet de près de 24 000 nouveaux cas à travers tout le pays jeudi dernier.

Devant cette décroissance, des scientifiques de l’Institut national des maladies transmissibles d’Afrique du Sud (NICD) ont déclaré que même si des études supplémentaires étaient nécessaires, ces données illustrent une « histoire positive » sur le nouveau variant extrêmement contagieux.

Or, il vaut mieux redoubler de prudence avant de s’emballer, avertit le Dr Lamarre. Les réalités démographiques du Québec et de l’Afrique du Sud sont, d’entrée de jeu, bien différentes : l’Afrique du Sud a une population assez jeune, avec un âge médian de 27,6 ans, comparativement à 42,7 ans au Québec.

« Le constat le plus important, c’est qu’en Afrique du Sud, c’est le début de l’été. Les gens sont à l’extérieur, dans des conditions qui, comme nous lors de nos étés, ne sont pas propices à la propagation des virus respiratoires. Ça peut expliquer la courte durée de leur pic épidémique », ajoute le chercheur.

La Dre Groome, du NICD, a également averti que certains des résultats avec des nombres de cas à la baisse pourraient être dus à des niveaux de tests inférieurs pendant la période des vacances.

Afin d’établir des comparaisons plus réalistes, le Québec pourrait se référer à la situation de la Grande-Bretagne, croit le Dr Lamarre. « Il faudra encore attendre un peu pour voir si ça va diminuer aussi en Grande-Bretagne, car après l’Afrique du Sud, c’est sûrement là où l’épidémie a été la plus rapide avec l’Omicron ».

Comme au Québec, la Grande-Bretagne fracasse des records de cas d’infections depuis l’arrivée du variant Omicron. Elle a dépassé mercredi les 100 000 nouveaux cas de COVID-19 pour la première fois depuis le début de la pandémie. Le nombre de nouveaux cas est en augmentation de près de 60 % depuis une semaine, selon les données du gouvernement.

Espoir et précautions

Après une quatrième vague de cas importante au mois de novembre, plusieurs pays, comme les Pays-Bas, la Belgique ou l’Autriche, voient maintenant le nombre de nouveaux cas de COVID-19 s’affaisser. Malgré sa progression dans les différents territoires, le nouveau variant ne provoque pas, pour le moment, de nouveaux sommets.

« Le fait qu’ils ont eu un plus gros pic de Delta, et donc une quatrième vague très importante, ça les a forcés à être très agressifs dans leurs mesures de santé publique », explique le Dr Lamarre. L’Autriche avait notamment imposé un confinement aux citoyens non vaccinés à la mi-novembre.

« Beaucoup de mesures assez draconiennes ont été faites dans ces pays-là, ce qui pourrait expliquer pourquoi l’Omicron s’est moins implanté. C’est une bonne nouvelle en soi, ça veut dire que les mesures de prévention fonctionnent », ajoute-t-il.

Malgré les nouvelles contaminations en baisse, un confinement est en vigueur depuis dimanche aux Pays-Bas. La mesure stricte, qui prévoit la fermeture des commerces non essentiels, des restaurants, des salons de coiffure et des salles de sport devrait perdurer jusqu’au 14 janvier.

Le gouvernement autrichien n’a également pas attendu une remontée des cas pour durcir les mesures sanitaires, même après avoir recensé un nombre de nouveaux cas quotidiens le plus bas depuis octobre.

Depuis lundi, les voyageurs doivent présenter une preuve de vaccination ou de rétablissement pour entrer dans le pays. De plus, deux doses de vaccin ne sont plus considérées comme suffisantes pour entrer : les voyageurs doivent soit se prévaloir d’une troisième dose, soit d’un test PCR.

Avec Reuters

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