Ottawa n’interdira pas la vente des pailles de plastique au Canada

« Une exception prévue dans le projet de règlement garantirait que les pailles en plastique à usage unique flexibles demeurent disponibles dans les magasins, sous certaines conditions, pour les personnes qui en ont besoin », précise la documentation publiée mardi.
Photo: Eric Baradat Archives Agence France-Presse « Une exception prévue dans le projet de règlement garantirait que les pailles en plastique à usage unique flexibles demeurent disponibles dans les magasins, sous certaines conditions, pour les personnes qui en ont besoin », précise la documentation publiée mardi.

Avec son nouveau règlement « interdisant les plastiques à usage unique », le gouvernement Trudeau compte permettre la vente des paquets de pailles en magasin et il n’interdira pas l’exportation de plusieurs produits qui seront pourtant interdits ici.

À la veille du congé des Fêtes, et alors que la crise de la COVID-19 prend énormément de place dans l’espace médiatique, le gouvernement fédéral a publié mardi le projet de « Règlement interdisant les plastiques à usage unique proposé ».

Selon le libellé du document, Ottawa prévoit d’interdire la vente, la fabrication et l’importation de six types de produits de plastique à usage unique qui sont actuellement très communs : les sacs d’emplettes, les ustensiles, les récipients alimentaires « fabriqués à partir de plastiques problématiques ou qui en contiennent », les anneaux pour emballage de boissons, les bâtonnets à mélanger et les pailles.

Le gouvernement a toutefois prévu des exceptions dans sa proposition réglementaire. Ainsi, la fabrication, l’importation et la vente des pailles de plastique à usage unique seront toujours autorisées. « Une exception prévue dans le projet de règlement garantirait que les pailles en plastique à usage unique flexibles demeurent disponibles dans les magasins, sous certaines conditions, pour les personnes qui en ont besoin », précise la documentation publiée mardi.

Il sera ainsi permis à un « magasin de vente au détail de vendre un paquet d’au moins 20 pailles flexibles en plastique à usage unique à un client ». Pour cela, il faudra que « le client demande des pailles ». Qui plus est, le paquet de pailles ne devra pas être « exposé de façon à ce que le client puisse le voir avant de l’acheter », un peu comme le sont les paquets de cigarettes en vente libre.

Par ailleurs, le projet de règlement proposé par le gouvernement Trudeau « ne s’applique pas » aux anneaux en plastique à usage unique pour emballage de boissons, aux bâtonnets à mélanger, aux pailles et aux récipients alimentaires en plastique à usage unique « qui sont fabriqués, importés ou vendus à des fins d’exportation ».

Plastique dans la nature

Avec la mise en œuvre des nouvelles mesures promises depuis 2019, le gouvernement Trudeau estime que « 23 000 tonnes de pollution plastique » n’aboutiront pas « dans l’environnement sur une période de dix ans », soit l’équivalent d’un million de sacs à ordures bien remplis.

À titre de comparaison, à l’heure actuelle, environ 29 000 tonnes de plastique sont déversées dans l’environnement chaque année au Canada. Comme le nouveau règlement retirera environ 2300 tonnes de ce décompte, cela représente une réduction de 8 % de la pollution plastique actuelle, sur une base annuelle. Les Canadiens utilisent chaque année plus de 4,6 millions de tonnes de plastique. Or, à peine 9 % de ce plastique est actuellement recyclé. Le gouvernement Trudeau s’est toutefois engagé à atteindre « une ambitieuse cible de recyclage » de 90 % d’ici 2030.

Le projet de règlement est soumis à une période de consultation publique qui doit se terminer en mars 2022. « Le gouvernement veut parachever ce règlement et instaurer l’interdiction le plus rapidement possible, soit dès la fin de 2022, après avoir examiné et tenu compte des commentaires reçus », précisent les documents officiels. Une période de « transition » est toutefois prévue, afin de permettre aux entreprises de s’adapter aux nouvelles règles.

« Nous prenons des mesures pour éliminer la pollution plastique des collectivités canadiennes et de nos cours d’eau. Le règlement proposé sur l’interdiction de plastiques à usage unique est une étape importante vers l’atteinte de notre objectif visant à réduire la pollution plastique et à passer à une économie circulaire pour les plastiques », a fait valoir mardi le ministre de l’Environnement et du Changement climatique, Steven Guilbeault, par voie de communiqué.

Risque pour la santé ?

Au moment d’annoncer sa promesse « zéro déchet de plastique » d’ici 2030, en octobre 2020, le gouvernement fédéral avait indiqué que le plastique devait demeurer « dans l’économie », et ce, même si une « évaluation scientifique » commandée par Ottawa concluait alors qu’il existe plusieurs incertitudes sur les impacts pour la santé de notre exposition chronique aux particules de plastique.

« Les humains peuvent être exposés à des microplastiques en ingérant des aliments, de l’eau embouteillée et de l’eau du robinet, ainsi qu’en inhalant de l’air intérieur ou extérieur. Toutefois, les renseignements sur les effets de ces microplastiques sur la santé humaine sont limités, et des recherches supplémentaires sont requises pour mieux déterminer les tissus cibles, les doses seuils et les modes d’action », soulignait le document.

L’analyse indiquait aussi que la pollution par les particules de plastique est très présente dans notre quotidien. « Les sources de pollution de l’air intérieur par les microplastiques incluent la perte de fibres par les vêtements, l’ameublement, les tapis et des biens domestiques, alors que les microplastiques polluant l’air extérieur proviennent de diverses sources, dont l’usure des pneus des véhicules. »

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