Les médecins spécialistes nombreux en renfort pour l’opération vaccination

Québec réclame les ressources humaines «et possiblement matérielles» de l’armée ainsi que celles «d’autres organisations fédérales disponibles», comme la Croix-Rouge, pour accélérer la vaccination de masse.
Photo: Marie-France Coallier Le Devoir Québec réclame les ressources humaines «et possiblement matérielles» de l’armée ainsi que celles «d’autres organisations fédérales disponibles», comme la Croix-Rouge, pour accélérer la vaccination de masse.

La réponse des médecins spécialistes à l’opération de recrutement de vaccinateurs a dépassé les attentes de Québec, mais le gouvernement Legault a également demandé l’aide de l’armée et de la Croix-Rouge au fédéral pour contribuer à l’effort.

« Ce que je comprends des fonctionnaires du ministère [de la Santé], c’est que la réponse est au-delà de leurs attentes », a déclaré mardi le président de la Fédération des médecins spécialistes du Québec (FMSQ), le Dr Vincent Oliva, qui attend des données plus précises à ce sujet de la part du gouvernement. Lundi après-midi, la FMSQ avait lancé un appel à « tous les médecins spécialistes » pour l’opération vaccination.

Le ministre de la Santé a déjà affirmé la semaine dernière qu’il manquait 500 vaccinateurs dans le réseau pour administrer la troisième dose au Québec. La FMSQ compte 10 000 membres répartis dans 35 associations médicales.

Le Dr Oliva souligne toutefois que les besoins varient beaucoup d’une région à l’autre. Ainsi, certains médecins se sont fait dire par des centrales de vaccination qu’elles n’avaient pas besoin d’eux. À l’inverse, il manquait la moitié des vaccinateurs requis sur le territoire du Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux du Centre-Sud-de-l’Île-de-Montréal mardi. Le porte-parole, Danny Raymond, a indiqué qu’une centaine de vaccinateurs sont à l’œuvre, mais qu’il en faudrait le double. Dix vaccinateurs se sont ajoutés depuis l’appel au recrutement lancé la semaine dernière par M. Dubé.

Dès lors, il faudrait possiblement plus que 500 volontaires en raison de leur répartition géographique.

 

Le gouvernement Legault a par ailleurs confirmé mardi en fin de journée qu’il avait demandé l’aide des Forces armées canadiennes pour inoculer une troisième dose de vaccin au plus grand nombre de Québécois possible.

« Le gouvernement du Québec demande l’assistance du gouvernement fédéral pour soutenir la campagne de vaccination », peut-on lire dans une lettre transmise par la ministre de la Sécurité publique, Geneviève Guilbault, à son vis-à-vis fédéral, le ministre Bill Blair.

Concrètement, la ministre réclame les ressources humaines « et possiblement matérielles » de l’armée ainsi que celles « d’autres organisations fé dérales disponibles », comme la Croix-Rouge, pour accélérer la vaccination de masse.

À Ottawa, on prévenait toutefois, en attendant la demande officielle de Québec, que moins d’une cinquantaine des centaines de soldats disposant d’une formation médicale étaient disponibles à temps plein en ce moment.

Les autres sont en mission ou travaillent déjà dans les réseaux de la santé, dit-on dans les coulisses fédérales.

L’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ) devait en outre présenter lundi soir au gouvernement Legault une série de scénarios (du meilleur au pire), dont le contenu n’a pas encore été rendu public. Mardi, le premier ministre Legault a prévenu qu’il ferait le point sur la situation mercredi, alors que le cap des 6000 cas devait être franchi.

Le ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS) a aussi demandé à la Croix-Rouge canadienne de prêter main-forte au Québec, a affirmé la directrice des communications de l’organisme humanitaire, Carole Du Sault. « Nous avons effectivement eu une demande du MSSS pour accroître notre soutien », a-t-elle écrit au Devoir, confirmant des informations d’abord rapportées par Radio-Canada.

Près d’une centaine d’employés de la Croix-Rouge, « sans compter les bénévoles », agissent toujours sur le terrain en ce moment même. Or, environ 1100 personnes avaient soutenu l’effort de guerre au printemps, généralement dans les CHSLD.

« C’est sûr qu’on est moins présents. Nous, on intervient à la demande des autorités », a dit Mme Du Sault mardi. La Croix-Rouge n’avait toujours pas répondu à la requête de Québec mardi après-midi. « C’est en pourparlers », a-t-on indiqué au Devoir.

Interventions urgentes

 

Tandis qu’on recrute des vaccinateurs, le réseau hospitalier, lui, se prépare au délestage. Par contre, il n’est pas question que des médecins « délaissent leurs pratiques » pour aller aider, selon le Dr Oliva.

Ainsi, les médecins appelés à participer à l’opération vaccination sont soit à la retraite, soit dans des spécialités dont les activités ont été interrompues. « C’est clair qu’on va s’assurer qu’ils ne délaissent pas leurs activités médicales pour aller vacciner », précise le président de la FMSQ, qui compte lui-même se rendre disponible pour l’opération vaccination au CHUM où il travaille.

De toute façon, même en temps normal, plusieurs activités non urgentes, comme les chirurgies électives, sont au ralenti pendant la période des Fêtes, fait-il remarquer.

 

« Actuellement, le problème, c’est l’occupation des lits d’hospitalisation. Il y a des médecins qui vont être moins occupés parce que les lits d’hospitalisation vont être occupés par des patients COVID », ajoute-t-il.

Dans l’ensemble, le plan de délestage s’annonce sans « surprises » et devrait ressembler à celui qui avait été déployé en 2020, précise le Dr Oliva. « Il n’y a pas beaucoup de côtés positifs à cette crise, mais s’il y en a un, c’est qu’on a déjà vécu cette situation-là. »

Lors de la deuxième vague, l’an dernier, le ministère de la Santé avait recommandé aux établissements de réduire de 50 % les activités des blocs opératoires.

Avec Marie-Ève Cousineau et Alexandre Robillard

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