Québec demande à Ottawa de fermer le chemin Roxham à nouveau

Fin novembre, Ottawa a levé l’interdiction de passage, qui était en vigueur depuis un an et demi en raison de la situation sanitaire.
Photo: Ryan Remiorz Archives La Presse canadienne Fin novembre, Ottawa a levé l’interdiction de passage, qui était en vigueur depuis un an et demi en raison de la situation sanitaire.

Québec appelle Ottawa à « prendre ses responsabilités » en fermant immédiatement le chemin Roxham. Aux yeux du ministre Jean Boulet, l’entrée de migrants irréguliers en pleine crise sanitaire menace le réseau de la santé.

Dans un message publié lundi sur Twitter, le ministre de l’Immigration a formellement exigé du gouvernement fédéral qu’il interdise à nouveau le passage des réfugiés à la frontière entre l’État de New York et Saint-Bernard-de-Lacolle. « Nous devons tous nous mobiliser devant la remontée des cas de [COVID-19] afin de ne pas surcharger notre système de santé ! » a-t-il écrit.

Pour justifier sa décision, le cabinet du ministre s’appuie sur des chiffres qui démontrent que 66 % des migrants qui empruntent le chemin Roxham sont « non vaccinés ». « C’est une question d’équité avec l’ensemble des Canadiens, qui — pour traverser les frontières — doivent être doublement vaccinés », a indiqué l’attachée de presse de M. Boulet, Maude Méthot-Faniel, dans un échange de messages textes avec Le Devoir.

Devant la montée des cas liés au variant Omicron, Québec a exigé un entretien avec le ministre fédéral de l’Immigration, Sean Fraser. Durant cette rencontre par écrans interposés, qui s’est déroulée lundi, le ministre Boulet a tenté de convaincre son homologue de « prendre ses responsabilités » dans le dossier Roxham.

« Avec l’arrivée du nouveau variant, nous avons atteint un point critique, qui requiert des mesures fortes pour freiner la propagation et protéger le système de santé, a affirmé M. Boulet dans une déclaration écrite transmise au Devoir. La priorité, en ce moment, c’est de protéger la santé des Québécois. »

Rouvert le mois dernier

 

Le Québec accueille généralement chaque année des milliers de demandeurs d’asile arrivés par le chemin Roxham. Or, jusqu’à il y a un mois, le passage migratoire était fermé en raison de la situation sanitaire. Fin novembre, le gouvernement fédéral avait finalement levé l’interdiction de passage imposée depuis un an et demi.

Lundi, le bureau du ministre Fraser a confirmé avoir discuté avec son homologue québécois, sans pour autant préciser ce qui avait été décidé.

 

« Au cours des derniers mois, nous avons travaillé en étroite collaboration avec le Québec pour nous préparer aux changements des mesures frontalières qui sont entrés en vigueur en novembre. Cela comprend des mesures solides pour protéger les Canadiens, y compris des procédures de quarantaine », a écrit dans un courriel l’attaché de presse de M. Fraser, Alexander Cohen.

Depuis le début de l’année et jusqu’en octobre, un peu moins de 500 migrants avaient franchi la frontière à Roxham. Les plus récentes données — sur les mois de novembre et de décembre — n’apparaissent pas encore sur le site d’Immigration Canada.

L’Association québécoise des avocats et avocates en droit de l’immigration reprochait déjà au fédéral d’avoir tardé avant de rouvrir le passage frontalier. C’est avec stupeur que sa présidente, Stéphanie Valois, a pris connaissance de la nouvelle requête de Québec, lundi.

« J’ose espérer que le ministre ne fait pas un lien entre les demandeurs d’asile et les éclosions », a-t-elle laissé tomber, en entrevue avec Le Devoir.

L’avocate fait remarquer que les migrants ont l’obligation de passer un test à leur arrivée, même s’ils transitent par Roxham. « En sachant qu’ils ne sont pas vaccinés, on peut leur demander de faire leur confinement », a-t-elle observé.

« Attaque »

En liant l’immigration et la situation sanitaire, le ministre Boulet « s’attaque » directement aux réfugiés du chemin Roxham, s’est insurgée lundi la cheffe du Parti libéral du Québec, Dominique Anglade.

« M. [le Premier Ministre] Legault, cautionnez-vous les propos de votre ministre ? Sinon, allez-vous le [rappeler] à l’ordre ? » a-t-elle écrit sur Twitter.

En tenant ces propos « déplorables et d’une basse simplicité », Jean Boulet contribue à la stigmatisation des personnes immigrantes, a renchéri le député libéral Saul Polo.

Les propos du ministre lundi ont surpris le porte-parole de Québec solidaire en matière d’immigration, Andrés Fontecilla. « Le ministre Boulet, je l’ai toujours considéré comme très mesuré dans ses propos, a-t-il dit. Là, il fait un lien démagogique entre l’immigration et la COVID-19. »

Selon la députée péquiste Méganne Perry Mélançon, M. Boulet « doit revenir à la raison ».

« C’est un amalgame malheureux, a-t-elle signalé. C’est profondément choquant de le voir accuser les migrants d’aggraver la pandémie. »

Québec persiste à croire qu’il faut temporairement mettre fin au passage des immigrants irréguliers à la frontière. Interrogé lundi pour savoir combien de temps la mesure devrait rester en place, le cabinet du ministre Boulet n’a pas voulu répondre. « La situation épidémiologique est en évolution continue au Québec », s’est-il contenté de dire.

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