Plus de besoins, mais moins de services en santé mentale

Plusieurs ressources en santé mentale entrevoient une hausse de la demande en raison des restrictions sanitaires annoncées jeudi soir par le gouvernement Legault.
Photo: iStock Plusieurs ressources en santé mentale entrevoient une hausse de la demande en raison des restrictions sanitaires annoncées jeudi soir par le gouvernement Legault.

L’annonce de nouvelles restrictions sanitaires dans la foulée de la montée du variant Omicron du virus de la COVID-19 accentue la pression sur les ressources en santé mentale à l’approche du temps des Fêtes, au moment même où celles-ci doivent faire des choix déchirants en raison de la pénurie d’employés.

Le Centre de crise de l’Ouest de l’île, situé dans l’arrondissement de Pierrefonds-Roxboro, n’aura d’ailleurs d’autre choix que de fermer ses portes du 24 décembre au 3 janvier en raison d’un manque aigu de personnel. « Je suis vraiment en rupture de personnel. J’ai plein de gens en [congé de] maladie », explique au Devoir la directrice générale du centre, Christine Richard, qui compte actuellement 15 intervenants, soit la moitié du nombre habituel. La fermeture de l’établissement pendant une dizaine de jours devenait ainsi inévitable pour permettre à ces employés, épuisés à force de travailler pour deux, de se reposer un peu.

« On prend ça très au sérieux », assure toutefois Mme Richard, qui indique que pendant cette fermeture, les personnes dans le besoin seront orientées vers d’autres ressources, notamment du milieu communautaire.

« Il faut absolument qu’il se passe quelque chose », presse la présidente du Regroupement des services d’intervention de crise du Québec, RoxaneThibeault. Elle réclame un meilleur financement des centres de crise par le gouvernement du Québec, d’autant plus que ceux-ci ont comme mission de réduire les hospitalisations reliées à des problèmes de santé mentale. « Et s’il y a une chose qu’il faut faire en ce moment, c’est d’éviter d’envoyer des gens dans les hôpitaux », plaide-t-elle.

Dans un courriel envoyé au Devoir vendredi, le ministère de la Santé et des Services sociaux indique que des « travaux sont en cours » en vue de bonifier le financement des centres de crise du Québec, un dossier qui est pris « très au sérieux ».

Une pression accrue

Pendant ce temps, plusieurs ressources en santé mentale entrevoient une hausse de la demande en raison des restrictions sanitaires annoncées jeudi soir par le gouvernement Legault. Après des mois d’accalmie marqués par l’assouplissement de mesures sanitaires contre la COVID-19, l’annonce du passage de 20 à 10 du nombre de personnes pouvant se rassembler à l’intérieur pendant les Fêtes, du report de quelques jours de la rentrée des classes au secondaire et du retour de la capacité réduite dans les commerces a ravivé chez plusieurs de douloureux souvenirs.

« On a eu une accalmie parce qu’il y avait de l’espoir, un sentiment de normalité qui commençait à se bâtir au quotidien. Mais maintenant, on a une ombre de retour à des conditions d’insécurisation, de peur, d’anxiété et d’un possible confinement », illustre au Devoir la professeure au Département de psychologie de l’UQAM Ghayda Hassan.

Mme Thibeault évoque d’ailleurs avoir reçu plusieurs appels dans son centre de crise, situé à Châteauguay, « tout de suite après la conférence » de M. Legault, jeudi soir. Plusieurs personnes se sont dites découragées d’être « exclues » de rassemblements prévus pendant le temps des Fêtes, notamment.

« Ce que j’entends de tous les centres de crise et des intervenants, c’est de la lassitude, du découragement », ajoute-t-elle.

« Je pense qu’il y a eu des réactions posttraumatiques chez beaucoup de gens », relève également la psychologue clinicienne Nathalie Plaat, qui note une augmentation des appels à sa clinique de Sherbrooke depuis jeudi.

« Les gens arrivent au bout de leurs ressources adaptatives », affirme la psychologue, qui est aussi chroniqueuse au Devoir. Pendant le temps des Fêtes, ajoute-t-elle, les citoyens ressentent en général un « espoir de relâchement » après des mois de dur labeur. « Et là, c’est comme si on était privé de ça au moment où on en a le plus besoin », poursuit-elle. Plusieurs personnes ressentent donc un sentiment d’épuisement psychologique.

« On ne sera pas du tout surpris si dans deux ou trois semaines, on voit une hausse des demandes dans nos services », déclare le directeur des programmes en santé et en dépendances au CIUSSS de l’Ouest-de-l’Île-de-Montréal, Amine Saadi, qui s’attend à ce que la situation sévisse davantage « après les Fêtes ».

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