Les centres de distribution du Grand Toronto menacés par Omicron

Entre mars 2020 et avril 2021, plus de 900 employés d’Amazon dans le Grand Toronto ont contracté la COVID-19, selon le «Toronto Star».
Photo: Nathan Denette La Presse canadienne Entre mars 2020 et avril 2021, plus de 900 employés d’Amazon dans le Grand Toronto ont contracté la COVID-19, selon le «Toronto Star».

Les travailleurs des usines et des centres de distribution du Grand Toronto — un rouage important de l’économie canadienne — pourraient être particulièrement menacés par la propagation du variant Omicron. Des experts en logistique estiment toutefois que les entreprises sont mieux préparées à faire face à la nouvelle vague qu’en 2020. Les consommateurs pourraient ainsi éviter d’en payer le prix, mais l’incertitude règne toujours.

La période des Fêtes, durant laquelle les achats des consommateurs montent en flèche, survient cette année alors qu’un variant de quatre à huit fois plus contagieux que le variant Delta se propage actuellement en Ontario. Le contexte préoccupe la Dre Ananya Tina Banerjee, professeure d’épidémiologie à l’Université de Toronto. « Ce qui est difficile, c’est que ces travailleurs ont un emploi précaire et un faible salaire. S’ils n’ont pas d’avantages sociaux ni de congés de maladie, on sait qu’ils rentreront travailler même malades. Et c’est ce qui m’inquiète », dit-elle.

C’est 40 % de la marchandise achetée en magasin au pays qui passe par la ville de Brampton, où des entreprises telles que Canadian Tire et Amazon sont propriétaires d’importants centres de distribution. La municipalité — qui a un PIB plus élevé que celui de la Saskatchewan et du Manitoba — compte aussi une gare de triage du CN. Près de 2 milliards de dollars de marchandises transitent de façon hebdomadaire dans la région de Peel, qui comprend les villes de Brampton et de Mississauga.

En entrevue avec le réseau CBC le 13 décembre, le Dr Peter Jüni, directeur scientifique du Groupe consultatif scientifique ontarien de lutte contre la COVID-19, a recommandé aux Ontariens d’éviter les grands rassemblements et les endroits achalandés. Mais le médecin hygiéniste en chef de la province, le Dr Kieran Moore, n’a pas annoncé de nouvelles mesures pour les usines ou les centres de distribution.

La productivité avant la santé

 

Le professeur en logistique et chaîne d’approvisionnement au collège George Brown de Toronto Sam Lampropoulos estime que ce n’est qu’une question de temps avant que le phénomène de doublement des cas tous les trois jours observé dans l’ensemble de la province fasse son chemin dans les centres de distribution.

« Les objets populaires sont dans des sections spécifiques de l’entrepôt, donc vous avez des congestions à ces endroits lorsque les cueilleurs vont les chercher », explique le professeur. L’objectif des entreprises étant de réduire les déplacements des employés, ceux-ci travaillent près des produits populaires. « L’incitatif, c’est la productivité », dit-il.

« Je crois qu’avec un bon masque et des gens vaccinés qui remplissent un questionnaire de symptômes chaque jour, on peut probablement continuer certaines activités et la transmission sera moindre », croit Jimmy Dikeakos, professeur associé au Département de microbiologie et d’immunologie de l’Université Western.

Sam Lampropoulos explique toutefois que les entreprises comme Amazon engagent normalement des employés pendant une période de quatre à six semaines pendant les Fêtes pour répondre à la demande, « donc ces personnes ne connaissent peut-être pas les règles de sécurité », dit-il. Certaines entreprises de distribution auraient doublé leurs effectifs à Brampton dans la dernière année, affirme Usha Srinivasan, la directrice de l’incubateur en logistique Ryerson Venture Zone.

Préparation depuis deux ans

Selon Usha Srinivasan, les départements des ressources humaines se sont préparés à « l’extrême » pour cette vague. « Ces entreprises ont énormément de pression, puisque les consommateurs s’attendent à recevoir leurs produits en un claquement de doigts », explique la directrice de l’incubateur.

Les entreprises de commerce de détail ont fait le plein pour prévenir des pénuries, explique Diane Brisebois, p.-d.g. du Conseil canadien du commerce de détail. « La chaîne d’approvisionnement a ralenti, mais elles [les entreprises] commandaient davantage puisqu’elles avaient prévu une situation comme celle-ci », dit-elle. La p.-d.g. est inquiète, mais il serait encore trop tôt pour déterminer l’impact du nouveau variant sur l’industrie. « Est-ce qu’Omicron change la donne ? Non », pense David Beaudet, consultant en logistique au cabinet LIDD. Mais il aggrave le problème de pénurie de main-d’œuvre, dit l’expert.

Malgré les mesures de santé publique, des éclosions majeures ont eu lieu dans les centres de distribution en 2021. Entre mars 2020 et avril 2021, plus de 900 employés d’Amazon dans le Grand Toronto ont contracté la COVID-19, selon le Toronto Star. Le 24 avril, la Santé publique de la région de Peel a ordonné la fermeture partielle de deux centres de distribution du géant américain. Trois jours plus tard, elle faisait la même chose avec le centre de tri de Postes Canada à Mississauga, causant des retards de livraison.

« Ce qui est arrivé aux centres de Postes Canada et d’Amazon, ça va arriver de nouveau », pense Sam Lampropoulos. Si elles veulent prévenir de nouvelles éclosions, les entreprises devront encourager la vaccination, affirme la Dre Ananya Tina Banerjee. Mais la situation en Ontario a changé depuis mars 2020, rappelle Jimmy Dikeakos. « Il faut rester optimiste. On va traverser une vague, mais on sait comment la gérer », dit-il.

Ce reportage bénéficie du soutien de l'Initiative de journalisme local, financée par le gouvernement du Canada.

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