Les Montréalais conviés à annuler fêtes et rassemblements d’ici Noël

Avec plus de 844 nouveaux cas déclarés en 24 heures, dont 95 liés au variant Omicron, les autorités de santé publique de Montréal sont sur un pied d’alerte et n’excluent pas le retour de certaines restrictions sanitaires à court terme. La population est invitée à éviter toute fête et tout rassemblement d’ici Noël.

En conférence de presse, mercredi, la directrice régionale de santé publique de Montréal, la Dre Mylène Drouin, a affirmé être « bousculée » par l’évolution rapide des cas observée dans tous les milieux et tous les groupes d’âge sur le territoire montréalais, notamment causée par le nouveau variant, Omicron.

Le Noël des Montréalais ne sera probablement pas celui auquel ils s’attendaient, a-t-elle déploré.

Sans contredire le gouvernement Legault, qui maintient le feu vert pour des regroupements privés de 20 personnes doublement vaccinées à Noël, la Dre Drouin a de son côté fortement pressé les Montréalais à éviter toute fête, tout party et tout rassemblement public « d’ici à Noël ».

« Il est possible […] de revoir certains plans que l’on avait en tête. […] Et c’est décevant. Si Omicron prend le dessus, il va falloir […] éviter des événements de propagation par des mesures populationnelles », pour limiter les répercussions de la vague actuelle sur le système de santé, a-t-elle expliqué.

Si cette progression « exponentielle » continue, la capacité d’accueil de certains lieux pourrait être revue à la baisse, et le port du masque de nouveau imposé dans les écoles.

Le nombre de cas de COVID-19 a presque doublé en 24 heures mardi, et le taux de positivité atteint maintenant 8 % dans la métropole, selon la Direction régionale de la santé publique de Montréal (DRSPM). L’île de Montréal essuie une double vague : l’une nourrie par le variant Delta, qui circule abondamment chez les enfants non vaccinés de moins de 12 ans et leurs parents, l’autre générée par le variant Omicron, dont on rapporte déjà 95 cas d’infection, confirmés par criblage ou par lien épidémiologique.

Une opération de criblage élargie permettra d’avoir un portrait plus précis de l’avancée d’Omicron dans la métropole d’ici quelques jours, mais la DRSPM prévoit que les cas doubleront tous les 2 à 3 jours.

Pas moins de 90 % des personnes qui ont contracté le variant Omicron étaient doublement vaccinées. Aucun de ces cas n’a nécessité à ce jour une hospitalisation. « À deux doses, on n’y échappe pas. On peut très facilement attraper ce variant », a insisté la Dre Drouin.

De ces 95 cas rapportés, 50 % étaient liés à un retour de voyage, notamment aux États-Unis, 25 %, à un contact domestique, et le reste, à la transmission communautaire. Ces cas, dont l’âge moyen est de 32 ans, ont été recensés dans deux écoles (des Coquelicots, à Verdun, et Sainte-Geneviève Sud, à LaSalle, fermées jusqu’aux Fêtes), deux universités, un service de garde, au centre sportif Buzzfit de Kirkland et au centre culturel et communautaire Henri-Lemieux, à LaSalle. 

« Ça va nous demander tous une grande […] résilience pour faire face à cette situation », affirme la Dre Drouin. Les capacités de recherche de contacts et de dépistage de la Santé publique finiront par être dépassées, prédit-elle, et Omicron deviendra rapidement prédominant. Elle a pressé les personnes admissibles à aller chercher rapidement leur troisième dose et les parents à faire vacciner leurs enfants.

Un système sous pression

 

La pression attendue sur le système de santé pourrait être très forte, a ajouté de son côté Sonia Bélanger, p.-d.g. du CIUSSS du Centre-Sud-de-l’Île-de-Montréal, alors que Montréal compte déjà 79 personnes hospitalisées pour la COVID, dont 34 aux soins intensifs. Cinq décès ont été déplorés depuis une semaine. « On se prépare à une hausse importante des hospitalisations », a-t-elle indiqué, précisant qu’une capacité de 500 lits a été réservée aux patients COVID dans les 21 hôpitaux de la métropole.

Pour prévenir les éclosions dans le réseau de la santé, toutes les fêtes entre employés prévues avant Noël ont été annulées. Juste à Montréal, 140 employés manquent déjà à l’appel en raison de la COVID, a précisé Mme Bélanger.

La capacité de dépistage dans la métropole est aussi rudement mise à l’épreuve depuis quelques jours, avec quelque 10 000 tests réalisés quotidiennement. Les files d’attente s’allongent indûment en raison de personnes souhaitant être dépistées avant de participer à un party ou un rassemblement, déplore Mme Bélanger, rappelant que les tests doivent être réservés aux personnes symptomatiques ou ayant été en contact étroit avec un cas positif.

« On doit tous admettre qu’il y a un sentiment de déjà-vu », a conclu la Dre Drouin, comparant la situation actuelle à celle vécue lors de la deuxième vague, à Noël 2020. Seule la réduction des contacts, un facteur qui est entre les mains des Montréalais, pourrait renverser la vapeur, croit-elle. Pour le reste, la DRSPM reste à l’affût des décisions du gouvernement sur le retour ou non d’autres mesures sanitaires. Selon la Dre Drouin, un reconfinement est peu probable. « J’espère que non, parce que nous en connaissons tous les conséquences. »

Par ailleurs, plusieurs médecins affiliés au collectif COVID-Stop, réunis sous le nom de Pop Québec, ont fait une sortie publique mercredi pour déplorer le laxisme des balises sanitaires proposées par le gouvernement Legault en prévision des Fêtes et proposer un guide pratique destiné à la population. « Se fier uniquement aux deux doses, ce n’est pas assez », a indiqué mercredi la Dre Marie-Michelle Bellon, dont le groupe préconise des approches multiples pour éviter l’infection, notamment par la transmission par aérosol.

Contrairement au gouvernement Legault, ces médecins prônent de procéder à des tests rapides avant toutes retrouvailles familiales, chez toutes les personnes sans symptômes. « C’est justement les asymptomatiques qui posent problème, souligne la Dre Bellon. Car la contagion débute 48 heures avant les premiers symptômes. C’est la façon dont on va se sortir de cette pandémie ! »



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