Le père de la «fillette de Granby» plaide coupable

Photo: Paul Chiasson Archives La Presse canadienne

Le père de l’enfant de sept ans tristement connue comme la « fillette de Granby » a évité son procès en plaidant coupable, en début de semaine, de l’avoir séquestrée le 29 avril 2019.

De plus, un arrêt conditionnel des procédures a été prononcé pour le chef d’accusation de négligence criminelle ayant causé la mort de l’enfant.

Cette volte-face fait suite à une entente survenue entre la Couronne et la défense, quelques jours seulement après qu’un jury eut trouvé la belle-mère de l’enfant — conjointe du père à l’époque — coupable de séquestration et de meurtre non prémédité de la petite fille.

Si l’homme de 32 ans ne peut être nommé, c’est uniquement pour protéger l’identité de la petite victime et des autres enfants qui habitaient dans la maison où le drame est survenu.

Ce revirement de situation s’est déroulé discrètement au palais de justice de Trois-Rivières lundi, mais la divulgation des informations ne pouvait être faite avant mercredi, le tribunal ayant jugé préférable que la famille de la victime en soit d’abord informée. Le procès de plusieurs semaines qui devait se dérouler à partir du 10 janvier n’aura donc pas lieu.

Témoignage

 

Le père avait témoigné pendant trois jours au procès de sa conjointe, mais à huis clos, c’est-à-dire sans la présence des médias et du public.

De plus, une ordonnance de non-publication empêchait les journalistes d’indiquer qu’il avait témoigné et de rapporter sa version des faits, tout comme ils ne pouvaient écrire ce que les divers témoins avaient relaté à son sujet. Son plaidoyer enregistré lundi fait en sorte que l’ordonnance est levée.

Le juge Louis Dionne, de la Cour supérieure, avait toutefois résumé son témoignage en fin de procès, ce qui permet d’en savoir un peu plus sur ce qui s’est réellement passé le 29 avril 2019.

Ainsi, il a été rapporté au procès de la belle-mère que c’est le père qui avait mis du ruban adhésif le premier autour de l’enfant, après sa tentative de fugue de la nuit précédente. Une solution de dernier recours, alors qu’il était « désespéré » et ne savait plus quoi faire, a résumé le magistrat. La femme l’avait aidé en tenant les jambes de la fillette, qui se débattait. Elle a dit aux jurés qu’il avait « disjoncté » cette nuit-là.

L’homme est parti travailler le lendemain matin. Selon son témoignage, quand sa conjointe lui a texté de revenir au plus vite — c’était le « Casablanca » auquel les messages de la mère étaient adressés —, ce qu’il a fait, vers 10 h, l’enfant avait plus de ruban adhésif que lorsqu’il avait quitté la maison.

Il a affirmé ne pas être immédiatement entré dans la chambre de la fillette : il n’y est allé, selon sa version, que vers 11 h 30 pour lui donner son repas du midi. C’est là que l’enfant a été découverte inconsciente sur le plancher de sa chambre. C’est lui qui a parlé aux opérateurs du 911 puis aux ambulanciers, qu’il a suppliés d’arriver au plus vite pour sauver son enfant. Celle-ci est morte le lendemain à l’hôpital.

La belle-mère de la fillette avait déclaré que l’enfant avait été immobilisée avec le ruban parce qu’elle faisait une grave crise et cherchait à se sauver. Cette contention aurait été faite, selon elle, pour éviter qu’elle se blesse en sautant de la fenêtre de sa chambre comme elle l’avait fait la nuit précédente.

Elle avait aussi déclaré au jury qu’elle ne savait pas que d’entourer la fillette de ruban pourrait causer sa mort. Le jury n’a vraisemblablement pas retenu sa version des faits en la condamnant pour meurtre au second degré jeudi dernier.

Si ce dénouement devrait mettre fin aux procédures criminelles intentées pour les traitements infligés à la fillette et pour sa mort, il ne permet pas de comprendre pleinement maintes choses, qui resteront dans l’ombre, sur sa courte vie.

Le père devra se présenter de nouveau devant le juge François Huot, de la Cour supérieure, le 7 janvier. Les avocats feront à ce moment leurs plaidoiries sur la peine à lui imposer.

Mais avant, la belle-mère de l’enfant doit revenir vendredi devant la Cour, qui débattra de la durée minimale de sa peine de prison.

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