Profilage racial: un résident de Saint-Constant prêt à se battre en cour

Malik Smith entend poursuivre sa lutte devant la Cour du Québec afin d’obtenir un dédommagement financier de plus de 60 000 $.
Photo: Marie-France Coallier Le Devoir Malik Smith entend poursuivre sa lutte devant la Cour du Québec afin d’obtenir un dédommagement financier de plus de 60 000 $.

Plus de quatre ans après avoir été arrêté à tort devant son domicile et détenu pendant plusieurs heures dans un poste de police, un résident de Saint-Constant aujourd’hui âgé de 25 ans entend poursuivre sa lutte devant la Cour du Québec afin d’obtenir un dédommagement financier de plus de 60 000 $ pour le profilage racial qu’il allègue avoir subi.

Le matin du 21 juin 2017, Malik Smith, alors âgé de 20 ans, est monté dans sa voiture pour aller stationner celle-ci à quelques rues de la maison de ses parents, afin de pouvoir fumer une cigarette sans que ceux-ci puissent l’apercevoir. Il a alors immobilisé sa voiture devant la résidence d’un agent de la Régie intermunicipale de police Roussillon. L’homme, qui n’était alors pas dans l’exercice de ses fonctions, est venu à la rencontre du jeune homme tandis qu’il fumait et discutait avec un ami sur son téléphone portable. Après avoir demandé à M. Smith ce qu’il faisait là, il a pris en note son numéro de plaque d’immatriculation.

« Je me suis senti vraiment mal à l’aise », s’est remémoré samedi Malik Smith, en entrevue au Devoir.

Le policier en question est ensuite entré dans sa demeure et a entendu un bruit assourdissant qu’il a associé à un coup de feu. Il a alors appelé les forces de l’ordre pour leur décrire la situation et leur fournir le numéro de plaque d’immatriculation de la voiture conduite par Malik Smith. Peu de temps après, vers 11 h, de nombreux agents armés ont débarqué devant le domicile du jeune homme noir pour arrêter celui-ci, lui passer les menottes et l’amener à un poste de police, où il a été interrogé et détenu pendant neuf heures avant d’être libéré sans qu’aucune accusation n’ait été portée contre lui.

Il a par la suite été démontré que le bruit entendu par l’homme ayant appelé les policiers était plutôt relié à un bris dans un transformateur d’Hydro-Québec dans ce secteur.

« Je ne vois pas pourquoi un jeune homme noir, seulement en étant dans l’espace public, peut être associé automatiquement à un membre d’un gang », déplore M. Smith, qui raconte que plusieurs de ses amis se font souvent interpeller par des agents de la Régie intermunicipale de police Roussillon en raison de la couleur de leur peau. « J’ai des amis qui se sont fait interpeller plusieurs fois en un mois », confie le jeune homme.

61 000 $ réclamés

Après cet événement, M. Smith et sa mère, Suzette Spaulding, ont reçu le soutien du Centre de recherche-action sur les relations raciales (CRARR), qui a déposé une plainte à la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse (CDPDJ), qui a rendu sa décision le 3 novembre. Celle-ci confirme que M. Smith aurait été victime de « discrimination et de profilage fondés » notamment sur la race de la part d’un policier de la Régie intermunicipale de police Roussillon. Celui-ci n’est pas nommé dans la décision de la Commission.

Cette dernière a ainsi proposé certaines « mesures de redressement » à l’homme visé dans cette affaire, afin d’éviter d’avoir à porter ce dossier devant les tribunaux. Celles-ci prévoyaient la remise de 44 000 $ à Malik Smith ainsi que 17 000 $ à sa mère, Suzette Spaulding, puisque celle-ci aurait été « victime par ricochet de la conduite discriminatoire de la partie mise en cause ». L’enquête de la CDPDJ indique notamment que la maison familiale a fait l’objet d’une fouille policière pendant de nombreuses heures le jour de l’arrestation de M. Smith.

« La mère de Malik et sa famille n’ont pu accéder à leur résidence avant 20 h 30 alors que les agents ont levé l’interdiction d’accès à la suite du résultat de leur enquête », indique la décision de la Commission, qui ajoute que la mère de famille « a déclaré avoir vécu des heures d’angoisse et d’anxiété pendant toute la période où son fils a été détenu ».

En plus de ce dédommagement financier, qui s’élève en tout à 61 000 $, la CDPDJ réclamait que le policier en question suive une formation sur la discrimination et le profilage racial. Or, le policier a refusé de se conformer à ces demandes dans le délai imparti par la Commission.

« Selon la Commission, la personne avait jusqu’au 3 décembre pour se conformer à sa décision, et ce de manière volontaire. Puisque [le policier concerné] n’a pas voulu le faire, on doit aller devant la Cour du Québec pour faire appliquer la décision », a expliqué samedi au Devoir le directeur général du CRARR, Fo Niemi.

M. mith et sa mère annonceront d’ailleurs leur intention de défendre leur cause devant les tribunaux lors d’une conférence de presse qui aura lieu à 10 h 30 dimanche devant leur domicile, à Saint-Constant.

« C’est beaucoup de stress, mais j’ai attendu quatre ans pour en arriver là », souligne M. Smith, qui entend défendre sa cause jusqu’au bout. « Je veux que justice soit faite, c’est mon droit. »

La Régie intermunicipale de police Roussillon commentera en début de semaine prochaine.

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