Une marche pour que cesse la violence à Anjou

Vers 11h, les manifestants se sont rassemblés au parc du Bocage avant d’entamer une marche dans quelques rues du secteur et d’aboutir dans un autre parc de l’arrondissement.
Photo: Zacharie Goudreault Le Devoir Vers 11h, les manifestants se sont rassemblés au parc du Bocage avant d’entamer une marche dans quelques rues du secteur et d’aboutir dans un autre parc de l’arrondissement.

Près d’une centaine de personnes ont défilé samedi dans les rues du quartier d’Anjou où une fusillade a fait un mort et un blessé le 2 décembre afin de réclamer la mise en place de ressources communautaires et de programmes en prévention du crime afin que « cesse » la violence dans ce secteur du nord-est de Montréal.

« Je suis très inquiète pour les élèves de l’école, qui vivent tous les jours avec de plus en plus de violence, qui en sont témoins […] Il faut absolument que ça cesse », a martelé au Devoir en fin d’avant-midi Chantal Poulin, une des organisatrices de cette marche, qui est également enseignante à l’école primaire Des Roseraies.

Cet établissement se situe d’ailleurs tout près de la place Cointerel, où un jeune de 20 ans, Hani Ouahdi, a perdu la vie le 2 décembre, vers 19 h, après avoir été atteint par balle. Son décès a été constaté à l’hôpital. Un peu plus loin, un jeune de 17 ans a été blessé le soir même en raison d’une fusillade sur le boulevard des Galeries d’Anjou. Aucun suspect n’a encore été arrêté par le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM), qui poursuit son enquête sur cette affaire.

« L’école est très sécuritaire, mais dès qu’on en sort, on est très inquiets. Il y a des enseignants qui vont reconduire des élèves jusqu’à la maison parce qu’ils sont trop inquiets pour les jeunes », a ajouté l’enseignante, tandis que les manifestants autour d’elle défilaient dans l’arrondissement en scandant « Pas de violence dans notre quartier, on veut la sécurité ».

Des « solutions immédiates » réclamées

Des résidents d’Anjou et d’autres arrondissements limitrophes se sont d’abord rassemblés au parc du Bocage vers 11 h avant d’entamer une marche sous supervision policière dans quelques rues du secteur pour aboutir finalement dans un autre parc de l’arrondissement. En cours de route, les manifestants, parmi lesquels se trouvaient plusieurs enfants en présence de leurs parents, ont respecté une minute de silence près de la place Cointerel en hommage à M. Ouahdi.

« Il faut prendre des solutions immédiates pour empêcher d’autres événements malheureux qui pourraient arriver », estime Cynthia Charland. La mère de trois enfants de 4 à 11 ans affirme avoir constaté dans les dernières années une hausse du nombre de crimes commis dans le quartier, comme des actes de vandalisme et des « crevaisons de pneus ».

« En ce moment, on voit qu’il y a vraiment plusieurs problématiques au niveau de la violence à Anjou. Il vaut mieux intervenir maintenant que d’attendre que ça dégénère », a aussi martelé Mathieu Carignan, un père de famille qui demeure à Anjou depuis 2017.

Parmi les marcheurs se trouvaient d’ailleurs plusieurs élus de tous les paliers de gouvernement, incluant le ministre du Patrimoine et lieutenant du Québec pour le gouvernement Trudeau, Pablo Rodriguez. Ce dernier avait d’ailleurs pris part le 20 novembre à une marche dans le quartier Saint-Michel en hommage à Thomas Trudel, un jeune de 16 ans décédé après avoir été atteint par balle. Il se désole que l’histoire se répète.

« Je me sens d’une tristesse profonde. Ma fille de 20 ans a le même âge que ce jeune [Hani Ouahdi]. C’est inimaginable la douleur », a réagi l’élu fédéral samedi. Il a alors rappelé qu’Ottawa a resserré ses contrôles aux frontières pour prévenir l’entrée d’armes illégales au pays, tandis que des fonds ont été débloqués pour financer des initiatives culturelles et communautaires afin que « les jeunes puissent jouer de la musique, au soccer ou au hockey au lieu de traîner dans la rue et d’être plus vulnérables aux gangs de rue ».

Le maire d’Anjou, Luis Miranda, brillait quant à lui par son absence samedi, ce qu’ont déploré plusieurs manifestants au Devoir. L’arrondissement a toutefois assuré par voie de communiqué, vendredi, qu’Anjou demeure un secteur sécuritaire. La déclaration ajoute que des gardiens surveillent « tous les parcs » du secteur, tandis que six cadets du SPVM « circulent dans l’arrondissement à partir du printemps jusqu’à l’automne ».

Le responsable de la sécurité publique au comité exécutif, Alain Vaillancourt, assure lui aussi que Montréal demeure une ville sécuritaire. Il reconnaît cependant que l’inquiétude est grandissante chez les citoyens de plusieurs arrondissements, incluant celui d’Anjou.

« Il faut s’attarder à ça, les gens sont inquiets. On voit des incidents accrus depuis six mois, je dirais, surtout avec des armes de poing, des armes à feu », a déclaré l’élu samedi.

Prévention du crime

 

L’événement de samedi, organisé par un groupe de citoyens, visait tant à honorer la mémoire de M. Ouahdi qu’à réclamer des actions concrètes en prévention du crime, comme la mise en place d’un budget annuel dédié à la lutte contre la pauvreté et la construction d’une maison des jeunes dans le secteur. La seule ressource de ce type dans l’arrondissement se trouve à 30 minutes de marche du quartier résidentiel où cette fusillade a eu lieu. Les enfants doivent par ailleurs traverser l’autoroute 25 pour s’y rendre.

« Il n’y a absolument rien ici pour les jeunes. C’est un désert de services », a déploré l’enseignante. Le regroupement de citoyens dont elle est membre réclame d’autre part « un investissement rapide » dans l’offre d’activités culturelles et sportives dans l’arrondissement dans une optique de prévention du crime.

« On voit que les jeunes tournent dans les parcs. Ils n’ont pas nécessairement d’encadrement, d’activités. Peut-être que ça contribue [à la criminalité] », a d’ailleurs évoqué Nouara Belkacemi. L’enseignante, qui habite dans ce secteur, a pris part à cette marche en compagnie de ses enfants.

Mme Poulin fait d’ailleurs état d’une pauvreté croissante dans ce secteur, où les inégalités sociales augmentent par le fait même. « À l’école, on le voit, les élèves sont de plus en plus pauvres, l’école est de plus en plus défavorisée. Donc, les gens ont de la difficulté à joindre les deux bouts et nécessairement, la criminalité est de plus en plus tentante », a-t-elle dit.

Depuis le début de l’année, le SPVM a recensé 32 homicides survenus dans la métropole.

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