Une fin de session marquée au fer rouge par les CHSLD

Lors des onze dernières périodes des questions, François Legault aura été interpellé 99 fois. À 65 reprises, il a dû s’expliquer sur la stratégie de son gouvernement dans les CHSLD.
Photo: Jacques Boissinot La Presse canadienne Lors des onze dernières périodes des questions, François Legault aura été interpellé 99 fois. À 65 reprises, il a dû s’expliquer sur la stratégie de son gouvernement dans les CHSLD.

L’hécatombe dans les centres de soins de longue durée a pris toute la place au Salon bleu ces dernières semaines, à l’occasion de la fin de session parlementaire. Les partis d’opposition ont pilonné le premier ministre de questions sur sa gestion de la crise, une « dure » période de l’avis du principal intéressé.

Le Devoir a compilé et analysé les 283 questions posées en Chambre au gouvernement entre la reprise des activités parlementaires, le 23 novembre, et la relâche des Fêtes, vendredi. Parmi elles, 165 portaient sur les centres d’hébergement et de soins de longue durée (CHSLD), soit 58 % du bilan total.

Fait assez rare au parlement, les séances du 23 novembre et du 7 décembre n’ont porté que sur un seul et même sujet : la gestion de la crise dans les foyers pour aînés. « Je ne vous cacherai pas que j’ai trouvé ça dur, a convenu le premier ministre vendredi, au moment de revenir sur la session. Ça m’a rappelé des moments difficiles. L’époque où on avait à annoncer chaque jour le nombre de morts, les nuits à se demander ce qu’on aurait pu faire de plus. »

« Ça fait, évidemment, toujours mal », a signifié le chef du gouvernement, qui continue à « prendre [sa] part de responsabilité » dans la crise, qui a fait plus de 4000 morts au printemps 2020.

Sur la sellette

 

Lors des onze dernières périodes de questions, François Legault aura été interpellé 99 fois. À 65 reprises, il a dû s’expliquer sur la stratégie de son gouvernement dans les CHSLD. À sa dernière prise de parole de la session, vendredi, le premier ministre a convenu qu’il avait vécu une session « corsée ».

« C’est normal, quand on est passionné, quand on défend des dossiers, c’est normal. Ça fait partie de la démocratie », a-t-il souligné dans ses vœux de fin d’année au Salon bleu.

Mais l’opposition estime avoir pu l’ébranler. « On a vu que c’était un talon d’Achille, les CHSLD », a lancé Jeremy Ghio, directeur des communications de la cheffe libérale Dominique Anglade, en entrevue avec Le Devoir.

Ce dernier ne s’en cache pas : l’opposition officielle voulait placer la Coalition avenir Québec au pied du mur à la suite des révélations du coroner et de la protectrice du citoyen sur la crise printanière. Sur les 171 questions posées par les députés libéraux depuis le 23 novembre, 120 portaient sur l’hécatombe en CHSLD. À plusieurs reprises, des élus de la formation se sont échangé la balle en Chambre pour maintenir la pression sur le gouvernement.

En onze jours, Dominique Anglade aura interpellé M. Legault à 40 reprises au sujet des CHSLD. « Est-ce que le premier ministre, qui était chef de la cellule de crise, était le seul à ne pas être au courant qu’on allait à l’abattoir ? » a-t-elle tonné mercredi.

« On l’avait, avec les CHSLD. M. Legault se fâchait plus souvent », a observé Jeremy Ghio au bout du fil.

Attaques tricéphales

 

C’est à une fronde tricolore qu’a dû faire face François Legault cet automne. Dans les trois dernières semaines, les chefs parlementaires solidaire et péquiste, Gabriel Nadeau-Dubois et Joël Arseneau, ont posé respectivement 7 et 18 questions sur la crise des soins pour aînés.

« J’ai une mauvaise nouvelle pour [la CAQ] : les Québécois et Québécoises ne vont pas oublier. […] Ils ne vont pas oublier ce qui s’est passé dans les CHSLD et le refus de déclencher une enquête publique et indépendante sur leur gestion de la crise sanitaire », a martelé la co-porte-parole de Québec solidaire, Manon Massé, vendredi, à l’occasion du bilan de session de sa formation.

Plus tôt cette semaine, les trois principaux groupes d’oppositions y allaient d’une rare sortie commune pour exhorter Québec à lancer au plus vite une enquête publique. Cette demande, qu’ils répétaient chacun de leur côté jusqu’alors, a monopolisé la dernière séance parlementaire de l’année, vendredi.

« Au-delà du discours, qu’est-ce que vous proposez ? » a rétorqué un François Legault agacé, derrière son pupitre du Salon bleu.

« Pas terminé »

Le leader parlementaire du Parti québécois, Martin Ouellet, souhaite que la nouvelle approche des oppositions dans les derniers jours ait fait une faille dans l’armure primoministérielle de François Legault. « On espère qu’avant Noël, il fasse ce cadeau-là aux Québécois, aux Québécoises : que toute la lumière puisse être faite, pour que ceux et celles qui ont eu à vivre un deuil puissent un jour tourner la page », a-t-il dit, vendredi.

D’après le directeur du Département de science politique de l’Université Laval, Thierry Giasson, rien n’exclut que la fin de session ait eu ses effets sur un gouvernement encore solide dans les sondages.

« Ils sont rattrapés par les événements. Là, ils ont à rendre des comptes, et ils semblent avoir un peu de difficulté à le faire », analyse-t-il.

En étant ainsi « assaillie », l’équipe de François Legault aura de plus en plus de difficultés à justifier son refus de déclencher une enquête publique et indépendante, affirme l’expert en communication politique. Surtout si les oppositions continuent de taper sur le clou en début de session prochaine.

« Ce n’est pas terminé, cette histoire-là, souligne-t-il. Les Québécois vont continuer d’en entendre parler. Et ça, ce n’est peut-être pas une bonne nouvelle pour le gouvernement. »



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