La consommation d’eau des foyers a grimpé avec la pandémie

Le bilan 2020 de l’usage de l’eau montre que les fuites sont encore importantes dans la métropole.
Photo: Annik MH de Carufel Le Devoir Le bilan 2020 de l’usage de l’eau montre que les fuites sont encore importantes dans la métropole.

Le télétravail a eu un effet direct sur l’utilisation de l’eau potable à Montréal. Ainsi, la consommation de l’eau a augmenté de 22 % l’an dernier dans les domiciles, alors que dans les commerces, les industries et les institutions, elle a diminué de 23 %, indique le bilan 2020 de l’usage de l’eau de la Ville de Montréal. Au-delà de cette anomalie attribuable à la pandémie, un constat demeure : des centaines de millions de litres d’eau sont gaspillés chaque jour à Montréal.

En 2020, malgré les investissements massifs consentis depuis des années pour retaper les infrastructures souterraines, un peu plus du quart de l’eau produite par les usines de filtration d’eau, soit 26,2 %, s’est perdu en raison des fuites dans le réseau d’aqueduc, ce qui correspond à environ 361 millions de litres par jour. Il s’agit tout de même d’une amélioration puisqu’en 2001, ce taux atteignait 40 %.

Montréal n’a cependant pas réussi à atteindre les objectifs fixés par Québec. La Stratégie québécoise d’économie d’eau potable 2011-2017 visait une réduction du taux de pertes à 20 % de volume d’eau distribué. Directrice générale de la coalition Eau Secours, Rébecca Pétrin s’étonne des faibles progrès enregistrés compte tenu de tous les efforts consacrés à la réhabilitation du réseau souterrain et à la détection des fuites. « C’est là qu’on se rend compte que le réseau est vraiment vieillissant. Il faut maintenir la cadence de ce qu’on a commencé à faire sur l’entretien du réseau. Il ne faut absolument pas ralentir », insiste-t-elle.

En 2020, les dépenses des services d’eau ont atteint 776 millions de dollars, soit 4 % de plus qu’en 2019, dont 400 millions en investissements dans les infrastructures d’eau. Le ministère des Affaires municipales considère toutefois qu’un montant de 1,2 milliard serait requis, dont 800 millions en investissements.

De grands consommateurs

 

Depuis 2001, la quantité d’eau produite dans les usines de traitement de la métropole a graduellement baissé, mais les Montréalais demeurent de grands consommateurs d’eau, davantage que la moyenne des Québécois et des Canadiens.

En 2020, la production d’eau potable de l’agglomération a atteint 552 millions de mètres cubes, ce qui représente l’équivalent de 729 litres par personne par jour, soit une baisse de 3 % par rapport à 2019. Si l’on tient compte uniquement de la consommation du secteur résidentiel, en éliminant la part attribuable aux fuites et aux industries, commerces et institutions, c’est 367 litres d’eau qui sont utilisés quotidiennement par chaque Montréalais. Cette consommation est bien supérieure à la moyenne québécoise de 262 litres par personne par jour, et à la moyenne canadienne de 215 litres par personne par jour, selon les données de Statistique Canada de 2019.

Le bilan mentionne que ce constat est notamment attribuable à l’utilisation illégale de climatiseurs refroidis à l’eau dans certains commerces et de résidences.

Rébecca Pétrin estime que les mesures mises en place par la Ville sont bien insuffisantes pour contrer le gaspillage d’eau. Il faut dire qu’en 2020, en raison de la pandémie, les activités de la Patrouille bleue, chargée de mener des opérations de sensibilisation auprès des citoyens, ont été suspendues. De même, les inspections menées par les arrondissements ont été limitées, ce qui a fait passer le nombre d’infractions de 680 à 70 entre 2019 et 2020. « Non seulement on a fait moins de sensibilisation, mais on a donné moins de constats d’infraction, constate-t-elle. Ça n’aide pas à corriger la situation. Il ne faut surtout pas lâcher là-dessus parce que les récalcitrants, il faut continuer à les pénaliser. »

Pour améliorer son bilan, la Ville devrait envisager certains incitatifs, comme offrir des subventions pour des électroménagers ou des toilettes qui consommeraient moins d’eau, croit Mme Pétrin.

Montréal devra aussi aller de l’avant avec la tarification volumétrique de l’eau dans le secteur non résidentiel, un projet qui tarde à se réaliser. Jusqu’à maintenant, un peu plus de 20 000 compteurs ont été installés sur les 23 500 prévus. « Les industries, commerces et institutions utilisent près de la moitié de l’eau consommée à Montréal. Mis à part la tarification volumétrique, il n’y a pas grand-chose d’autre qui est proposé pour réduire leur consommation », déplore Rébecca Pétrin.

Et lorsque la Ville aura déterminé les tarifs à imposer, il faudra s’assurer que pour les industries les plus gourmandes en eau, ceux-ci correspondent au coût réel du traitement de l’eau, soit 5 $ par mètre cube, dit-elle : « Si c’est moins, ça veut dire que ce sont les citoyens qui vont payer pour ça. »

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