La Colombie-Britannique fracasse un nouveau record dans la crise des surdoses

Près de 80% des personnes décédées en octobre étaient des hommes et environ 71% d’entre elles étaient âgées de 30 à 59 ans.
Photo: Adil Boukind Le Devoir Près de 80% des personnes décédées en octobre étaient des hommes et environ 71% d’entre elles étaient âgées de 30 à 59 ans.

Les surdoses entraînées par des drogues toxiques fauchent la vie de plus de six personnes par jour en Colombie-Britannique, et constituent, selon la coroner en chef, la principale cause de décès non naturels dans la province.

Lisa Lapointe a déclaré qu’il y avait eu 201 décès par surdose en octobre, portant le total pour les 10 premiers mois de l’année à 1782 décès, le plus élevé jamais enregistré au cours d’une année civile en Colombie-Britannique.

«Cette crise va de mal en pis. L’approvisionnement en drogues toxiques est devenu de plus en plus toxique», a déclaré la coroner en chef.

«Et des gens meurent chaque jour à un rythme sans précédent dans chaque communauté. Donc, je pense que c’est un échec collectif», a-t-elle ajouté.

Près de 80% des personnes décédées en octobre étaient des hommes et environ 71% d’entre elles étaient âgées de 30 à 59 ans.

Plus de 8500 personnes sont décédées des suites d’une surdose de drogue depuis 2016, la même année où la province a déclaré une urgence de santé publique.

«Ce sont des jours terriblement difficiles», a déclaré Mme Lapointe, visiblement émue.

«Et c’est tellement décourageant de voir tant de vies fauchées, malgré les nombreux efforts sincères déployés pour aider. Cependant, pour dire simplement, nous échouons», a-t-elle fait valoir.

La toxicité des drogues est la principale cause de tous les décès non naturels, dépassant les accidents de véhicules, les homicides et les suicides combinés, a dit Mme Lapointe.

Tandis que le puissant opioïde fentanyl a été associé à 84 pour cent des décès par surdose cette année, Mme Lapointe a indiqué que les benzodiazépines sont un facteur dans l’augmentation du nombre de ces décès.

Les opioïdes réagissent à la naloxone, un médicament pour renverser temporairement les effets d’une surdose, mais pas d’autres substances, a-t-elle déclaré. La plupart des gens se procurent ces substances sur le marché noir, où l’approvisionnement n’est pas réglementé, a-t-elle ajouté.

«Donc, très peu de gens meurent avec une seule substance dans leur système, a dit Mme Lapointe. C’est un cocktail toxique de plusieurs substances. Nous ignorons s’ils avaient vraiment l’intention de prendre deux ou trois de ces substances.»

Depuis que la province a déclaré une urgence sanitaire en avril 2016, elle a pris plusieurs mesures pour tenter d’endiguer la crise, notamment en ouvrant des sites de consommation supervisée, en offrant un programme d’approvisionnement sûr qui permet aux médecins ou aux infirmières praticiennes de prescrire des solutions de rechange pharmaceutiques et en offrant plus d’espaces de traitement de la toxicomanie.

«Je pense qu’au début, on pensait probablement que si nous faisions quelques petites choses, quelques petites choses relativement mineures, la situation se réglerait toute seule. Cela ne s’est pas produit», a déclaré Mme Lapointe.

Alors que le plus grand nombre de décès a été enregistré dans les centres urbains tels que Vancouver, Surrey et Victoria, le service des coroners note que les taux de mortalité sont à des niveaux record dans toutes les autorités sanitaires de la province.

Mme Lapointe a déclaré que l’un des défis de la lutte contre la crise des surdoses est le manque de données concrètes, notamment sur le nombre de personnes qui consomment des drogues et de quel type.

«Nous entendons dire que le chiffre couramment utilisé est que 90 000 personnes dans notre province sont dépendantes des opioïdes», a-t-elle déclaré.

Sheila Malcolmson, ministre de la Santé mentale et des Dépendances, a déclaré que le nombre historique de décès par surdose est tragique et douloureux.

«En tant que ministre de la Santé mentale et des Dépendances, je ressens le chagrin des Britanno-Colombiens et je ressens leur frustration, a-t-elle affirmé lors d’une conférence de presse. Presque chaque personne dans cette province connaît quelqu’un dont la vie a été fauchée par la toxicité des drogues illicites. Je suis vraiment désolée pour chaque vie perdue.»

La Colombie-Britannique travaille à mettre en œuvre des programmes de traitement révolutionnaires pour freiner le nombre de décès, a déclaré la ministre.

«Nous nous battons sur plusieurs fronts pour sauver des vies et connecter plus de personnes aux services dont elles ont besoin et qu’elles méritent», a dit Mme Malcolmson.

Elle a fait valoir que la Colombie-Britannique a doublé le nombre de sites de prévention des surdoses et de consommation supervisée, qu’elle est la première province au Canada à prescrire un approvisionnement sûr et qu’elle a demandé au gouvernement fédéral une exemption pour décriminaliser la possession de petites quantités de drogues illicites.

La province ouvre également des centaines de lits de traitement et de récupération à travers la province, a-t-elle déclaré.

«Nous ressentons tous l’urgence de cette crise, a déclaré Mme Malcolmson. Nous n’acceptons pas la perte de vies, pas une minute.»

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