La belle-mère de la «fillette de Granby» reconnue coupable de séquestration et de meurtre non prémédité

«Si ce verdict-là rend un peu de dignité à cette jeune fille, c’est déjà énorme», a déclaré avec émotion Me Jean-Sébastien Bussières.
Photo: Paul Chiasson (Archives) La Presse canadienne «Si ce verdict-là rend un peu de dignité à cette jeune fille, c’est déjà énorme», a déclaré avec émotion Me Jean-Sébastien Bussières.

Après des délibérations éclair, le verdict est tombé jeudi : la belle-mère de la « fillette de Granby » a été reconnue coupable de séquestration et du meurtre non prémédité de l’enfant de 7 ans.

« Si ce verdict-là rend un peu de dignité à cette jeune fille, c’est déjà énorme », a déclaré avec émotion Me Jean-Sébastien Bussières, l’un des deux procureurs de la Couronne, en sortant de la salle de cour au palais de justice de Trois-Rivières.

La mort de cette fillette a été l’élément déclencheur de la commission d’enquête spéciale Laurent, qui s’est penchée sur les failles possibles des services de la protection de la jeunesse. Ce fait n’ayant pas été porté à la connaissance des jurés, les médias ne pouvaient faire le lien jusqu’à maintenant. L’enfant était connue de la DPJ depuis son tout jeune âge et a connu cette horrible fin malgré l’implication d’intervenants sociaux dans sa vie.

Confiné jeudi matin, le jury a eu besoin de moins de cinq heures pour trancher de la responsabilité criminelle de la femme de 38 ans, qui ne peut être nommée par ordre de la Cour.

« On est très satisfaits », a laissé tomber avec le sourire l’autre procureur de la Couronne, Me Claude Robitaille, notant qu’il n’a jamais vu de verdict aussi rapide dans sa carrière.

« Le court délai témoigne peut-être de la clarté de la preuve », a renchéri Me Bussières, ajoutant que sa plaidoirie, articulée autour de « l’état d’esprit qui animait l’accusée dans sa relation avec cette enfant-là », a probablement « joué un certain rôle ».

Le procureur avait détaillé comment, selon lui, la belle-mère avait développé un « sentiment d’aversion » et un « dégoût » pour la petite fille.

Mais on ne saura pas ce que les 12 jurés ont réellement pensé des gestes de l’accusée : leurs délibérations sont secrètes, et ils n’ont pas à expliquer pourquoi ils ont rendu ce verdict plutôt qu’un autre.

Mais le leur, tombé lorsque le président du jury a prononcé deux fois le mot « coupable », signifie toutefois qu’aux yeux des jurés, la Couronne a réussi à prouver « hors de tout doute raisonnable » que l’accusée savait que d’enrouler la fillette de ruban adhésif de la sorte posait un risque et qu’il était probable que sa mort s’ensuive.

Pour Me Alexandre Biron, l’avocat de l’accusée, cette conclusion n’est pas celle espérée : « On n’est pas d’accord avec le résultat », a-t-il déclaré à froid, juste devant la salle de cour. Il peut évidemment porter le verdict en appel.

C’est le plus beau cadeau de Noël

Se trouvait aussi au palais de justice une femme qui a suivi le procès avec assiduité : la grand-mère paternelle de la fillette s’est exclamée que c’est « le plus beau cadeau de Noël » qu’elle pouvait espérer, après avoir « vécu beaucoup d’émotions » au cours des dernières semaines.

Le procès avait débuté le 18 octobre, et plus d’une vingtaine de témoins ont été entendus.

Preuve derrière la condamnation

 

Selon la théorie de la Couronne, la belle-mère de l’enfant l’avait séquestrée en l’entourant de ruban adhésif le 29 avril 2019, ce qui a ultimement causé sa mort. Un amas de papier collant avait été retrouvé près du corps de la fillette, qualifié par un témoin de « carapace ». Le propre fils de l’accusée, qui n’avait que 14 ans lors du drame, avait décrit la scène de cette façon : elle avait du ruban adhésif partout sur le corps, « des pieds à la tête », comme une « momie ».

Les deux expertes entendues au procès, dont la pathologiste qui a réalisé l’autopsie, ont conclu que la petite fille est morte par suffocation, même si elles ne s’entendent pas sur la façon exacte dont elle a manqué d’oxygène.

Lorsqu’elle a témoigné au procès, l’accusée a reconnu avoir fait une dizaine de tours de gros ruban adhésif autour du torse de l’enfant, et plus tard, deux tours des pieds à la tête, mais pas sur le nez ni la bouche. « Je l’ai attachée ben comme il faut », a-t-elle écrit dans un texto envoyé quelques heures avant que la petite fille soit retrouvée inconsciente sur le plancher de sa chambre.

L’accusée a répété maintes fois au procès qu’elle n’avait jamais voulu faire mal à la fillette, qu’elle ne cherchait qu’à l’immobiliser pour éviter qu’elle se blesse, soutenant qu’elle était en crise depuis la veille.

« À ce moment, je n’ai jamais pensé que c’était dangereux [de mettre du ruban]. Je n’ai jamais pensé qu’elle allait mourir », avait déclaré la femme en sanglotant.

Le jury ne semble pas avoir retenu ses explications.

 

Le meurtre non prémédité — aussi appelé meurtre au 2e degré — entraîne automatiquement une peine de prison à vie.

Il ne reste qu’au juge Louis Dionne, de la Cour supérieure, à déterminer combien d’années au minimum — entre 10 et 25 — la femme devra passer derrière les barreaux avant de pouvoir demander une libération conditionnelle.

Une date sera bientôt déterminée pour l’audience où les procureurs feront leurs observations sur la durée minimale de la peine d’incarcération. Quant au père de la fillette, il doit bientôt subir à son tour un procès pour son rôle dans cette affaire.



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