Un professeur poignardé par un élève dans une école de Saint-Michel

L’élève de 3e année du secondaire suspecté d’être à l’origine de cette altercation, qui n’a pas d’antécédents criminels, a été arrêté rapidement par les policiers à l’extérieur de l’école John F. Kennedy et mené dans un centre d’enquête, où il collabore avec les policiers.
Photo: Marie-France Coallier Le Devoir L’élève de 3e année du secondaire suspecté d’être à l’origine de cette altercation, qui n’a pas d’antécédents criminels, a été arrêté rapidement par les policiers à l’extérieur de l’école John F. Kennedy et mené dans un centre d’enquête, où il collabore avec les policiers.

Un professeur d’arts visuels et de musique d’une école secondaire du quartier Saint-Michel a été poignardé par un élève de 16 ans jeudi matin, causant l’émoi parmi de nombreux parents et élèves de l’établissement.

L’enseignant d’une quarantaine d’années donnait un cours devant les élèves de sa classe de l’école secondaire anglophone John F. Kennedy, située sur la rue Villeray, lorsqu’un élève de 16 ans a fait irruption dans la salle peu après 10 h et l’a poignardé au haut du corps avec un objet tranchant.

L’enseignant a ensuite été transporté dans un centre hospitalier et soigné pour des blessures sérieuses, mais on ne craint pas pour sa vie. La police ne l’avait toujours pas rencontré en fin d’après-midi. L’élève de 3e secondaire, qui n’a pas d’antécédents criminels, a pour sa part été arrêté rapidement par les policiers à l’extérieur du bâtiment. Il devait être rencontré par des enquêteurs jeudi soir, a indiqué le Service de police de la Ville de Montréal. Ce dernier décidera ensuite si des accusations seront portées contre lui, possiblement vendredi.

« Il y a des problèmes de discipline avec cet élève », a soulevé jeudi le porte-parole de la Commission scolaire English-Montréal (CSEM), Michael Cohen, rencontré sur place en fin de matinée. Mais jamais la direction n’aurait imaginé que cet élève puisse agir de façon « dangereuse ou violente », a-t-il ajouté.

À la suite de cette agression, l’alarme a été déclenchée dans l’établissement scolaire et les élèves ont été confinés pendant plusieurs heures à l’intérieur du bâtiment, tandis que des parents inquiets attendaient à l’extérieur de celui-ci. « Pourquoi garder les enfants ? Nous, on est inquiets, on veut que les enfants sortent », pressait notamment Rui Pereira, qui attendait alors son fils de 14 ans à l’extérieur de l’école. L’adolescent a finalement pu quitter l’établissement en début d’après-midi, alors que d’autres parents avaient progressivement l’autorisation d’entrer dans le bâtiment, sous supervision policière, pour aller chercher leurs enfants. La plupart des élèves ont ensuite quitté les lieux vers 15 h.

Des élèves sous le choc

 

Giuliano Bizdikian, un étudiant de 5e secondaire, n’était pas dans la même classe que celle où cette agression a eu lieu, mais il se remémore avoir entendu « des cris et des hurlements ».

« Je pense que c’est horrible ce qui s’est passé. C’est mon professeur de musique qui a été attaqué et c’est terrible », a confié le jeune homme, qui s’est dit ébranlé qu’un de ses « professeurs préférés » ait ainsi été attaqué. Plusieurs élèves ont d’ailleurs raconté s’être ensuite cachés sous leur bureau pendant des dizaines de minutes.

« On a verrouillé la porte, on a mis quelque chose contre la porte et tout le monde pleurait », a pour sa part confié Lorenzo, un autre élève de cette école secondaire.

Afin de soutenir les élèves de l’établissement, qui en compte plus de 400, une équipe de psychologues et de travailleurs sociaux a été rapidement déployée sur place, a indiqué M. Cohen. Ce dernier s’est d’ailleurs lui-même dit ébranlé par cet événement.

« C’est une réaction de choc. C’est la première fois depuis 23 années que je travaille à la commission scolaire et qu’il y a quelque chose comme ça », a déclaré le porte-parole de la CSEM. Ce triste événement survient d’ailleurs un mois et demi après que Jannai Dopwell-Bailey, un élève de 16 ans, a été poignardé à mort devant une autre école de la CSEM, dans le quartier Côte-des-Neiges.

Un quartier moins sécuritaire

 

Plusieurs parents ont d’ailleurs remarqué avec inquiétude que leur quartier leur apparaît de moins en moins sécuritaire.

« Jamais dans ma vie, je n’aurais pensé vivre une situation comme celle-là, pas dans cette école », a soulevé Giovanna Figliuolo, dont la fille étudie en 1re secondaire à l’école John F. Kennedy, où elle-même a effectué une partie de son parcours scolaire.

Cette agression survient d’ailleurs moins d’un mois après la mort de Thomas Trudel, un jeune de 16 ans qui a perdu la vie après s’être fait tirer dessus près de l’intersection de la 20e Avenue et de la rue Villeray, à quelques coins de rue de l’école John F. Kennedy,dans le quartier Saint-Michel.

Lors d’un point de presse en fin d’après-midi devant l’hôtel de ville, la mairesse de Montréal, Valérie Plante, a évoqué la possibilité de renforcer la présence de la police communautaire dans ce quartier.

« Est-ce qu’il doit y avoir un meilleur alignement entre les travailleurs de rue des organismes communautaires et l’école, qui a ses propres ressources ? Peut-être. Je crois qu’à ce moment-ci, on doit tout mettre sur la table », a déclaré l’élue, qui a assuré prendre cette situation « très au sérieux ».

À l’Assemblée nationale, le ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge, s’est pour sa part montré rassuré d’apprendre que la vie de l’enseignant n’était pas en danger.

« On a un incident qui est très grave, qui aurait pu être dramatique, a dit le ministre. Il ne faut pas penser que les armes circulent dans les écoles plus que jamais et que c’est dangereux d’envoyer notre enfant à l’école. »

M. Roberge a par ailleurs affirmé qu’il n’y a pas, pour le moment, de courbe ascendante dans la présence d’armes en milieu scolaire. « Il peut y avoir des élèves, cette semaine comme il y a deux ans ou trois ans, qui tentent d’en apporter, ce que je sais, c’est que les écoles combattent ça », a-t-il dit sans pouvoir donner de chiffres sur le phénomène.

Avec Alexandre Robillard et Jeanne Corriveau

Photo: Marie-France Coallier Le Devoir
Photo: Marie-France Coallier Le Devoir

À voir en vidéo