Une réponse sociale adéquate pour aider les plus vulnérables

Leïla Jolin-Dahel
Collaboration spéciale
Un homme en situation d'itinérance devant un commerce de la rue Sainte-Catherine, en plein cœur de Montréal
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Un homme en situation d'itinérance devant un commerce de la rue Sainte-Catherine, en plein cœur de Montréal

Ce texte fait partie du cahier spécial Les prix de l'Acfas

Depuis 20 ans, Céline Bellot se soucie des questions qui touchent les personnes marginalisées. Celle qui a quitté la France pour le Québec en 1993 a remporté cette semaine le prix Acfas Pierre-Dansereau pour l’engagement social.

C'est avec humilité que la professeure à l’École de travail social de l’Université de Montréal a reçu cette distinction. « C’est une reconnaissance, mais il y a plein d’autres gens qui font comme moi. Pourquoi moi, et pas d’autres ? » s’est-elle interrogée en riant.

« J’ai toujours cru que, ce que je faisais, c’est ce qu’il fallait faire », ajoute-t-elle. Elle insiste d’ailleurs sur le travail de ses collègues, de ses partenaires et des étudiants qui l’ont côtoyée dans toutes les recherches qu’elle a menées.

Le prix Acfas souligne l’excellence de ses travaux qui consistent à analyser et à trouver les politiques et les pratiques institutionnelles qui contribuent à la stigmatisation des plus vulnérables. Ses recherches se sont d’abord penchées sur les personnes en situation d’itinérance.

À l’époque, les sans-abri étaient passibles d’une peine carcérale s’ils ne payaient pas leurs contraventions. « C’était de se demander pourquoi on a des réponses pénales plutôt que sociales ? L’itinérance, ce n’est pas un crime, ce n’est pas une maladie », souligne-t-elle. En juin 2020, le gouvernement québécois a finalement adopté une loi abolissant l’emprisonnement pour un tel motif.

Au fil des années, ses travaux l’ont menée à se pencher aussi sur les personnes aux prises avec des problèmes de consommation de drogue et les jeunes autochtones. Cumulant les initiatives, elle a entre autres dirigé une vingtaine de projets de recherche et a même cocréé en 2015 le tout premier cours de deuxième cycle universitaire consacré à l’itinérance au Québec. Son portrait de la judiciarisation des Autochtones en situation d’itinérance à Val-d’Or a également été l’un des déclencheurs de la commission Viens.

Avoir une vision d’ensemble

Arrivée au Québec pour étudier en criminologie, elle estime aujourd’hui qu’elle est l’avocate qu’elle voulait devenir à l’âge de six ans. « Même si ce n’est pas avec une robe et même si ce n’est pas dans une arène judiciaire, dit-elle au sujet de sa lutte contre les injustices sociales. Et c’est ça que je fais. »

Photo: Kate Fellerath Céline Bellot

Diplômée en droit, en criminologie et en sociologie, Mme Bellot est d’avis que son expérience pluridisciplinaire lui permet d’avoir « une bonne lecture et une compréhension large des choses ».

Celle qui se dit dotée d’un optimisme naturel remarque d’ailleurs des améliorations dans les pratiques au fil des ans. « Quand on a commencé nos études, le problème, c’était les personnes itinérantes », relate-t-elle. Elle observe qu’aujourd’hui, les différentes autorités gouvernementales voient plutôt la judiciarisation comme étant la question à laquelle s’attaquer. « De toute évidence, il y a encore des problèmes et trop de constats d’infraction qui sont remis. Mais il y a quand même une reconnaissance comme quoi la voie pénale en itinérance n’est pas la bonne », précise-t-elle.

Et si le profilage racial et social est toujours présent en 2021, ces thèmes font davantage partie du débat public qu’à l’époque, souligne la chercheuse. « Les solutions ne sont pas encore mises en œuvre complètement, mais au moins, la mise à l’agenda de ces questions est acquise. »

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