Le DPCP préoccupé par la diffusion de «La parfaite victime»

Lundi, quatre associations d’avocats et avocates de la défense du Québec ont aussi transmis à Radio-Canada et son ombudsman leurs inquiétudes sur la diffusion de «La parfaite victime», demandant carrément son retrait de la programmation.
Photo: Les Films Séville Lundi, quatre associations d’avocats et avocates de la défense du Québec ont aussi transmis à Radio-Canada et son ombudsman leurs inquiétudes sur la diffusion de «La parfaite victime», demandant carrément son retrait de la programmation.

Après les avocats de la défense, c’est au tour du Directeur des poursuites criminelles et pénales (DPCP) de faire valoir ses inquiétudes sur la diffusion du documentaire La parfaite victime sur ICI Télé mardi soir. Il demande que des correctifs ou une mise en garde soient apportés. Une demande rejetée par Radio-Canada.

« Le DPCP est préoccupé que certaines inexactitudes qui s’y retrouvent renforcent le préjugé selon lequel il est difficile pour une victime d’obtenir justice et que l’exercice conduise à décourager davantage les victimes de porter plainte », peut-on lire dans une lettre envoyée par le DPCP à la haute direction de Radio-Canada, dont Le Devoir a obtenu copie.

Le DPCP donne en exemple le taux d’autorisation des dossiers de violences sexuelles transmis par le Service de police de la Ville de Montréal qui s’élèverait à 18 % selon le documentaire. « La procureure en chef adjointe responsable de l’équipe des violences sexuelles à Montréal, Me Rachelle Pitre, a procédé elle-même au recensement manuel de tous les dossiers et confirme qu’il s’agit plutôt de 7 dossiers sur 10, soit 70 % », précise-t-on.

Contactées par Le Devoir, les réalisatrices Émilie Perreault et Monic Néron ont renvoyé le quotidien à un message publié sur les réseaux sociaux en juillet dans lequel elles détaillaient leurs démarches pour en arriver à cette statistique controversée.

Au début du processus de recherche en 2019, expliquent-elles, le DPCP leur avait indiqué qu’aucune donnée sur le sujet n’existait. Un an plus tard, ayant finalement obtenu par demandes d’accès à l’information les dernières statistiques disponibles, elles ont de nouveau rencontré le DPCP. « Si des chiffres différents devaient exister, il était primordial que nous puissions y avoir accès. Si la compréhension que nous avions de ces données n’était pas juste ou suffisamment précise, il appartenait au DPCP de le préciser. Il n’en fut rien. Silence radio », indiquent-elles dans leur message, précisant qu’il aura fallu attendre le lendemain de la première médiatique du film pour que des données soient rendues publiques.

D’autres critiques

Lundi, quatre associations d’avocats et avocates de la défense du Québec ont aussi transmis à Radio-Canada et son ombudsman leurs inquiétudes sur la diffusion de La parfaite victime, demandant carrément son retrait de la programmation. Le documentaire contient plusieurs autres faussetés, ont-ils fait valoir.

« Si sa démonstration n’est pas sans faille, ce film controversé fournit l’occasion d’une discussion qui s’impose dans notre société », avait indiqué dans la foulée Radio-Canada, refusant de retirer le documentaire de sa programmation.

La société d’état a également refusé mardi d’apporter des correctifs ou une mise en garde — tel que demandé par le DPCP — lors de la diffusion du documentaire mardi soir.

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