Hausse de 15% des plaintes à la commissaire aux services en français de l’Ontario

« L’expérience des francophones qui utilisent les services [en personne] du gouvernement est négative, voire très négative. Des francophones étaient inconfortables, humiliés, frustrés » a expliqué Kelly Burke mardi matin.
Photo: Adrian Wyld Archives La Presse canadienne « L’expérience des francophones qui utilisent les services [en personne] du gouvernement est négative, voire très négative. Des francophones étaient inconfortables, humiliés, frustrés » a expliqué Kelly Burke mardi matin.

La commissaire aux services en français de l’Ontario, Kelly Burke, a rapporté une hausse de 15 % des plaintes en 2020-2021, comparativement à l’année précédente. Les communications gouvernementales demeurent encore cette année la source principale des doléances, selon le rapport de 50 pages déposé par la commissaire mardi.

Le nombre absolu de plaintes est passé de 431 à 351, mais l’étude précédente de la commissaire couvrait une période de 17 mois, au lieu de 12 mois comme cette année, ce qui deviendra la norme à partir de maintenant.

Les plaintes concernant les communications gouvernementales relèvent surtout des communications et des services relatifs à la pandémie. Au début de celle-ci, en mars 2020, les points de presse gouvernementaux n’étaient notamment pas traduits en français. Des communiqués de presse étaient parfois envoyés en français plusieurs heures après la version anglaise.

Mais les communications directes avec les citoyens font aussi défaut. « L’expérience des francophones qui utilisent les services [en personne] du gouvernement est négative, voire très négative. Des francophones étaient inconfortables, humiliés, frustrés », a expliqué la commissaire mardi.

Les services gouvernementaux directs ou en personne représentent près de 40 % des plaintes traitées par l’Unité des services en français en 2020-2021. « Le message que ça envoie, c’est qu’on ne veut pas de nous autres », a laissé tomber France Gélinas, députée néo-démocrate de Nickel Belt, en entrevue avec Le Devoir.

Les rapports de l’ex-commissaire François Boileau regardaient vers le futur, dit la députée, alors que ceux de Kelly Burke portent sur le passé. Pour sa part, François Larocque, titulaire de la Chaire de recherche sur la francophonie canadienne en droits et enjeux linguistiques, à l’Université d’Ottawa, observe que la nouvelle commissaire est plus « proactive » qu’à son arrivée en poste en janvier 2020.

Climat néfaste ?

Il y a quelques mois seulement, des membres de la communauté francophone de l’Université d’Ottawa faisaient état d’une francophobie sur le campus. La commissaire Burke n’a néanmoins pas voulu commenter l’état de la francophonie ontarienne, à la lumière de l’expérience des francophones qui utilisent des services gouvernementaux en personne.

« Nous avons eu une augmentation de 15 % des plaintes, ce qui signifie que la communauté francophonie reconnaît nos services, qu’ils exercent leurs droits linguistiques de plus en plus et qu’il y a une satisfaction chez les francophones de notre service », a souligné la commissaire, en poste depuis janvier 2020. L’augmentation des cas, selon Kelly Burke, « peut être attribuée à plein de choses ».

Au cours de la dernière année, 60 plaintes ont par contre été formulées contre l’Université Laurentienne, à Sudbury, qui s’est mise à l’abri de ses créanciers au début de l’année 2021. Les plaintes ont incité la commissaire à lancer une enquête formelle sur l’université et ses obligations envers la Loi sur les services en français, dont les résultats seront connus l’année prochaine. « Cela démontre une fois de plus que la Laurentian University n’a plus la légitimité de se définir comme bilingue », a réagit le président de l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario, Carol Jolin, dans un communiqué.

« Je m’attends à ce que l’enquête nous donne des éléments de réponses et qu’on passe au mode proactif de sorte qu’on ne se retrouve plus dans cette situation », dit François Larocque, faisant référence au processus de restructuration dans lequel se trouve l’université.

La semaine dernière, la vérificatrice générale de l’Ontario, qui enquête elle-même sur les déboires financiers de l’université sudburoise, a récemment critiqué l’établissement postsecondaire pour son manque de transparence. L’université ne lui aurait pas partagé certains documents privilégiés, importants pour l’enquête. La commissaire n’a pas précisé si elle avait de tels problèmes. « L’enquête suit son cours, ça avance bien », dit-elle.

L’accent sur la planification

Le manque de planification était au cœur du dernier compte-rendu de la francophonie ontarienne de Kelly Burke. L’officière du bureau de l’Ombudsman a remarqué des progrès à cet égard, notamment en vertu du projet de modernisation de la Loi sur les services en français de l’Ontario, proposé par le gouvernement progressiste-conservateur en novembre.

La nouvelle loi, qui n’a pas encore été adoptée, exigerait que tous les ministres fassent rapport sur la mise en œuvre de la Loi et sur la qualité des services en français, de manière à appuyer un rapport annuel rédigé par la ministre des Affaires francophones. Kelly Burke recommandait l’année dernière que le gouvernement exige que chaque ministère produise un plan pour l’amélioration des services en français.

Kelly Burke a assuré, lors d’un point de presse à Queen’s Park, mardi, que le gouvernement ontarien avait pris la planification « au sérieux ». Mais les plans des différents ministres pour l’amélioration des services en français ne sont dus qu’en 2022.

Le rapport 2020-2021 introduit cette année la Boussole CSEF (communication, services, équivalence et facilité d’accès) pour aiguiller davantage le gouvernement. Ce dernier devra s’autoévaluer en fonction des quatre aspects de la boussole. « Cette évaluation permet […] au gouvernement d’avoir des données probantes qui lui indiquent là où sa planification remplit ses objectifs et là où elle doit être améliorée », dit le rapport.

Ce reportage bénéficie du soutien de l’Initiative de journalisme local, financée par le gouvernement du Canada.

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