32 ans après Polytechnique, les féminicides et l'accès aux armes à l'avant-plan

En début de soirée lundi, les premiers ministres Justin Trudeau et François Legault, la mairesse Valérie Plante ainsi que des proches des victimes se sont recueillis au sommet du mont Royal, lors d’une cérémonie à la mémoire des 14 victimes de Polytechnique.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir En début de soirée lundi, les premiers ministres Justin Trudeau et François Legault, la mairesse Valérie Plante ainsi que des proches des victimes se sont recueillis au sommet du mont Royal, lors d’une cérémonie à la mémoire des 14 victimes de Polytechnique.

Trente-deux ans ont passé depuis le drame de Polytechnique. La violence faite aux femmes et le contrôle des armes à feu demeurent au cœur des préoccupations. Lundi, comme chaque 6 décembre depuis la terrible journée de 1989 au cours de laquelle 14 jeunes femmes ont été tuées, l’heure était à la réflexion.

En début de soirée lundi, les premiers ministres Justin Trudeau et François Legault, la mairesse Valérie Plante ainsi que des proches des victimes se sont recueillis au sommet du mont Royal, lors d’une cérémonie à la mémoire des 14 victimes de Polytechnique. Quatorze faisceaux lumineux installés au belvédère Kondiaronk ont illuminé le ciel de Montréal, en souvenir de chacune des victimes.

« Nous avons promis d’être les gardiens vigilants de la place des femmes dans la société », a indiqué Catherine Bergeron, présidente du Comité mémoire et sœur de l’une des victimes, Geneviève Bergeron. « Mais beaucoup reste à faire. »

Nommer les féminicides

Présidente de la Fédération des femmes du Québec, Mélanie Ederer n’était pas née quand Marc Lépine est entré dans le bâtiment de Polytechnique avec son arme à feu le 6 décembre 1989 pour y semer la mort. « Ça a laissé des traces dans la mémoire collective. Trente-deux ans plus tard, on se rend compte que les discours ont changé. Ç’a pris presque 30 ans avant qu’on parle d’attentat antiféministe », souligne-t-elle. « Il commence à y avoir une meilleure compréhension de la provenance des violences faites aux femmes, du fait que c’est systémique, parce qu’elles sont femmes, à cause des normes liées au genre. »

Survivante du drame de Polytechnique, Nathalie Provost perçoit elle aussi le changement dans le discours. « La violence faite aux femmes n’est pas une histoire nouvelle, mais ce qui est marquant, c’est qu’on nomme les féminicides pour ce qu’ils sont. Il y a cinq ans, ils étaient noyés dans les statistiques », dit-elle. « Ça ne me fait pas pour autant plaisir d’apprendre qu’il y en a 18 [féminicides depuis le début de l’année au Québec]. J’espère qu’un jour, il n’y en aura aucun. Mais à cet égard-là, il faut aussi qu’on agisse comme société. »

L’accès aux armes, encore

Nathalie Provost a multiplié les entrevues lundi, comme elle le fait chaque année. Elle prend la parole parce qu’il lui importe que les politiciens entendent son message en faveur d’un meilleur contrôle des armes à feu. « Il y a un momentum incroyable pour le contrôle des armes à feu de la part de la population », dit-elle.

Reste que selon elle, le gouvernement fédéral n’en fait pas suffisamment pour restreindre la circulation des armes de poing qui ont fait plusieurs victimes à Montréal depuis le début de l’année. Le fédéral doit prendre ses responsabilités et cesser de lancer la balle dans le camp du gouvernement provincial et dans celui des municipalités, répète-t-elle.

La banalisation des armes à feu aux États-Unis l’exaspère, et la tuerie perpétrée dans une école du Michigan par un adolescent le 30 novembre dernier la trouble particulièrement. On ne peut laisser cette banalisation prendre de l’ampleur ici, croit-elle : « Je pense qu’il y a une réelle montée de l’envie d’avoir des armes pour se protéger. C’est urgent que les gouvernements fassent preuve de rigueur. »

« Ce n’est pas juste l’accès à l’arme à feu qui fait qu’il y a des meurtres ou qu’il y a des homicides envers les femmes », note pour sa part Mélanie Ederer. « C’est tout le contexte qui mène à ces violences. » Il y a tout de même eu des avancées avec les ressources supplémentaires mises à la disposition des femmes, mais c’est encore insuffisant, dit-elle.

Nathalie Provost hésite à parler d’optimisme. « Les années qui s’en viennent ne seront pas un champ de roses. Je ne pense pas que l’avenir va être facile pour personne. Mais si on cherche des solutions ensemble, peut-être qu’on va traverser ces années-là de manière plus positive. » À cet égard, les jeunes, qui sont mobilisés contre la violence, doivent être mis à contribution, indique-t-elle. « Ils peuvent nous donner des leçons. »

Avec Marco Bélair-Cirino

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