Une triste mort pour la «fillette de Granby», mais pas de meurtre, plaide la défense

Selon la théorie de la Couronne, la petite fille a été entourée de ruban adhésif sur tout son corps, ainsi que sur son nez et sa bouche, et son décès en a résulté car elle a manqué d’oxygène.
Photo: Jacques Nadeau Archives Le Devoir Selon la théorie de la Couronne, la petite fille a été entourée de ruban adhésif sur tout son corps, ainsi que sur son nez et sa bouche, et son décès en a résulté car elle a manqué d’oxygène.

Une enfant est morte, mais l’accusée n’a pas commis de meurtre dans cette triste histoire, a plaidé l’avocat de la belle-mère de la « fillette de Granby », qui subit actuellement son procès criminel.

Elle n’a jamais eu l’intention de tuer l’enfant de 7 ans, et n’a jamais pensé que l’entourer de ruban adhésif pouvait causer sa mort, a dit Me Alexandre Biron dans sa plaidoirie livrée lundi.

Il s’est servi de la journée entière pour convaincre le jury de prononcer ces deux mots ultimes : « non coupable ».

La femme de 38 ans est accusée de séquestration et de meurtre au second degré. Le procès a entamé sa dernière ligne droite lundi avec le début des plaidoiries.

« Vous êtes là pour décider du sort de l’accusée », a indiqué son avocat aux 14 jurés présents dans une salle du palais de justice de Trois-Rivières, où se déroule le procès.

Me Biron a ainsi rappelé que tous les accusés sont présumés innocents jusqu’à preuve du contraire : sa cliente « n’a pas à prouver son innocence ».

À noter que des ordonnances de non-publication empêchent les médias de rapporter certains témoignages : cela s’applique aussi aux portions des plaidoiries des avocats qui en font état.

La Couronne a soutenu dans sa théorie de la cause que la petite fille avait été entourée de ruban adhésif sur tout le corps, le 29 avril 2019, et que son décès en avait résulté, l’enfant ayant été privée d’oxygène.

Mais lundi matin, Me Biron y est allé sans détour : si l’accusée a admis au procès avoir ajouté du ruban adhésif autour de l’enfant pour la retenir — une autre personne qu’on ne peut nommer en avait mis avant elle —, elle n’a jamais pensé que cela pouvait la tuer, ni même constituer un danger pour elle. Puisque la fillette faisait une grave crise, l’accusée cherchait une solution pour éviter qu’elle se sauve une fois de plus — elle avait fait plusieurs tentatives dans un court laps de temps — et qu’elle se blesse. Pour elle, l’idée était de garder la petite fille dans sa chambre jusqu’au rendez-vous avec la pédopsychiatre, qui devait avoir lieu le jour même.

« Personne ici ne veut vous dire que ses décisions […] le matin du 29 avril étaient de bonnes décisions », a rappelé l’avocat.

Et l’accusée l’a dit dans un témoignage rempli « d’émotions et de regrets », a soutenu Me Biron en regardant les jurés, qualifiant pour sa part son récit de « fiable et crédible ».

Pourquoi avoir utilisé de l’eau pour ranimer l’enfant si on a en tête que le ruban adhésif va probablement causer sa mort ? a demandé l’avocat pour appuyer sa thèse.

Médicament

 

La consultante en pathologie judiciaire Annie Sauvageau a été appelée à la barre par la défense. Selon elle, un médicament que prenait la fillette a possiblement joué un rôle dans son décès en augmentant sa température corporelle, menant à l’hyperthermie par enveloppement corporel, qu’elle soupçonne d’avoir tué l’enfant en combinaison avec la suffocation.

« C’est clair qu’il est impossible que l’accusée ait connu ce fait » au sujet du médicament, pas plus qu’elle ne pouvait savoir quelle quantité de ruban adhésif et de contention était nécessaire pour causer la mort de l’enfant, a soutenu Me ​Biron.

Pour faire acquitter sa cliente, il a tenté de miner la crédibilité de divers témoins, tout en dessinant un portrait plus flatteur de l’accusée, rappelant qu’elle a dit aimer la fillette, gardait des photos d’elle dans son téléphone et soulignant qu’elle allait même à ses rendez-vous chez la pédopsychiatre pour être en mesure de mieux l’aider.

Me Biron doit terminer sa plaidoirie mardi matin et ce sera ensuite au tour des avocats de la Couronne.

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