Des familles homoparentales en ont assez des formulaires «père» et «mère»

Des familles homoparentales dénoncent des formulaires non inclusifs.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Des familles homoparentales dénoncent des formulaires non inclusifs.

Des familles homoparentales et des parents non binaires d’un peu partout au Québec en ont assez que les formulaires des écoles ou de prise de rendez-vous pour la vaccination de leur enfant offrent seulement l’option « père » et « mère ». Ils réclament des documents plus inclusifs.

« Honnêtement, en 2021, sur un formulaire aussi récent, avec aucune possibilité de rayer ni de modifier, c’est décourageant », lance Stéphanie Ahern, qui, avec sa conjointe, a récemment pris rendez-vous sur le portail Web Clic Santé pour que leurs deux enfants aient une dose de vaccin contre la COVID-19.

Sur le formulaire, deux lignes sont affichées : une pour les informations de la mère et une autre pour celles du père. « J’ai été vraiment étonnée, ce n’est pas un vieux formulaire », lance Carole Sinou, qui a inscrit sa conjointe comme « père » sur Clic Santé. « Ce n’est pas le père, c’est la mère », lance-t-elle, un peu exaspérée.

Comme d’autres, Stéphanie Ahern a écrit à Clic Santé pour se plaindre du formulaire, qu’elle qualifie d’archaïque. « Notre conception de ce que sont une famille et un parent n’a peut-être pas tant évolué », pense-t-elle. Bien qu’il soit difficile d’avoir des chiffres précis, ils sont maintenant des dizaines de milliers d’enfants à vivre dans une famille homoparentale, mentionne Martin Blais, professeur et chercheur à l’UQAM.

À (re)voir:

Identité | Avoir deux papas

Contacté par Le Devoir, le ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS) indique que « les formulaires disponibles dans Clic Santé sont le reflet de ce qui se retrouve dans les formulaires normalisés », qui utilisent « père » et « mère ».

Le ministère ajoute que le projet de loi 2 sur la réforme du droit de la famille propose de modifier une trentaine de lois pour assurer l’égalité des parents de minorités sexuelles.

À l’école aussi

Ces mêmes parents sont parfois limités aux options « père » et « mère » dans des formulaires qu’ils doivent remplir à l’école, dont celui à l’inscription. Plusieurs ont pris sur eux la charge de demander à leur école ou leur centre de services scolaire (CSS) de changer les documents.

« Il y a des formulaires que nos enfants voient. Les premières années à l’école, dans leur agenda, c’était père et mère sur la première page. Ils ne se font pas embêter par les autres enfants, mais ça accentue le sentiment d’être différent », mentionne Carole Sinou, qui réside à Longueuil. Elle ajoute que son école a été très ouverte à l’idée de modifier les documents de son ressort quand elle leur a suggéré de le faire. Ceux produits par le CSS Marie-Victorin, par contre, ne sont pas encore changés. Il y aura modification en février prochain, a précisé le CSS au Devoir.

Je ne me gêne pas pour biffer père en gros et inscrire mère en majuscule.

Lorsque Caroline Larrivée avait pris contact, il y a trois ans, avec le CSS René-Lévesque en Gaspésie pour demander des changements, on lui avait répondu que, comme « ça ne vient pas du ministère de l’Éducation, on ne fera pas de changements ».

Le CSS a toutefois changé son fusil d’épaule. L’hiver prochain, il sera possible de cocher « non binaire » ou « indéterminé » pour le genre de l’élève. « Nous avons eu de plus en plus de demandes, il faut adapter nos systèmes dans un souci de diversité », mentionne Monica Pichette, directrice des Services éducatifs. Les termes pour les parents seront changés plus tard, dans une deuxième phase.

Sur le bulletin du fils d’Annie Brisebois Cabana, qui va à l’école Sainte-Marie, à Chambly, et qu’elle a montré au Devoir, ce sont les termes « père » et « mère » qui apparaissent. Même chose pour la fiche d’inscription du service de garde. « Je ne me gêne pas pour biffer père en gros et inscrire mère en majuscule », souligne-t-elle, en ajoutant qu’elle projette d’envoyer une lettre à son école. Le CSS des Patriotes n’a pas donné suite à nos messages.

Certains CSS, comme celui de Montréal, de la Capitale à Québec, de Marguerite-Bourgeoys, de Jonquière, des Chênes, des Sommets, des Découvreurs, des Trois-Lacs et des Draveurs, ont déjà changé leurs formulaires pour les rendre plus inclusifs.

Des changements sont à prévoir dans d’autres CSS pour la prochaine grande période d’inscriptions, en février prochain. « Nous effectuons actuellement des travaux sur nos systèmes informatiques afin de les rendre plus inclusifs », mentionne par courriel le CSS de Laval.

Même son de cloche au CSS des Samares, qui utilisera le terme « parent ». « De plus, le champ “genre de l’élève ou sexe” offrira quatre possibilités : F (féminin) M (masculin) X (non binaire) et I (indéterminé) », précise Steve Lapierre, coordonnateur aux communications.

Uniformisation ?

Dans cette réalité de changements à la pièce, le gouvernement devrait-il agir pour uniformiser les documents ? Questionné par Le Devoir, le cabinet du ministre de l’Éducation répond que c’est aux CSS de le faire. « Il leur appartient de faire leurs propres choix. Ils ont la latitude pour le faire », mentionne l’attaché de presse, Florent Tanlet.

Le ministère a, de son côté, l’intention de changer les bulletins, un des rares documents qu’il produit qui n’a pas encore été modifié. « On est dépendants du projet de loi 2 pour savoir quand on va le faire », précise Florent Tanlet.

Le milieu scolaire utilise le logiciel GRICS pour la gestion de données des élèves. Contactée par Le Devoir, l’entreprise indique avoir modifié ses systèmes il y a deux ans pour permettre l’affichage de « multiples options de parentalité que ce soit “mère”, “père”, “parent 1” ou “parent 2” ». « Tout est question de choix de configuration du logiciel. Il est à noter que le logiciel est flexible et que les utilisateurs peuvent personnaliser leurs formulaires et leurs rapports », mentionne-t-on.

Des changements sont à prévoir dans quelques mois. Il y aura une option « parent », sans numéro.

Pour la Coalition des familles LGBT+ du Québec, il faut prendre en considération les parents non binaires et les familles pluriparentales. « Il faudrait trois choix : mère, père ou parent », pense la directrice, Mona Greenbaum. Elle espère que le projet de loi 2 contribuera à rendre les documents plus uniformes.