Phil Fontaine fait preuve d’optimisme avant son voyage au Vatican

L’ancien chef national de l’Assemblée des Premières Nations Phil Fontaine croit que le moment est venu pour franchir une nouvelle étape importante de la réconciliation.
Photo: Tijana Martin La Presse canadienne L’ancien chef national de l’Assemblée des Premières Nations Phil Fontaine croit que le moment est venu pour franchir une nouvelle étape importante de la réconciliation.

L’ancien chef national de l’Assemblée des Premières Nations Phil Fontaine se prépare à se rendre une deuxième fois au Vatican pour demander au pape François de présenter des excuses au nom de l’Église catholique pour le rôle qu’elle a joué dans le scandale des pensionnats pour enfants autochtones.

Il est résolu à ce que l’histoire ne se répète pas. « Quel choix a l’Église depuis que l’histoire des sépultures anonymes [découvertes sur les sites d’ancienspensionnats] est connue à l’échelle mondiale ? La pression est énorme sur elle », affirme-t-il.

Environ 150 000 enfants autochtones ont été contraints à vivre dans des pensionnats. Plus de 60 % de ces établissements étaient gérés par l’Église catholique.

Des actes d’agression commis contre les enfants sont demeurés ignorés, malgré des avertissements et même des rapports fédéraux, au cours des décennies. Le mur du silence a été brisé lorsque M. Fontaine a raconté, en 1990, sa propre expérience à titre de pensionnaire à Fort Alexander, au Manitoba.

« Nous étions 20 garçons dans ma classe de troisième année. Chacun d’entre eux a vécu ce que j’ai vécu », avait-il alors déclaré à la CBC.

Son témoignage avait ébranlé le pays, mais la mise en cause des responsables n’a pas été aussi rapide. M. Fontaine a dû patienter près de 20 ans avant de recevoir les excuses officielles présentées par le premier ministre Stephen Harper, après la conclusion de la Convention de règlement relative aux pensionnats indiens.

60%
C’est le pourcentage de pensionnats pour enfants autochtones qui étaient gérés par l’Église catholique.

Pendant que le gouvernement présentait ses excuses, des négociations se déroulaient à l’abri des oreilles indiscrètes avec des dirigeants de l’Églisecatholique canadienne, raconte M. Fontaine. Ceux-ci voulaient organiser une rencontre privée entre une poignée de chefs autochtones et le pape Benoît XVI.

L’année suivante, Phil Fontaine s’est rendu avec quatre autres délégués autochtones au Vatican pour y rencontrer le souverain pontife. La délégation a demandé des excuses au cours de la brève rencontre et s’attendait à en recevoir. Mais Benoît XVI s’est contenté d’exprimer « sa douleur personnelle ».

M. Fontaine confie avoir gardé espoir, malgré la déception. « À mon avis, c’était une étape, dit-il. Cela fait partie du continuum. »

Aujourd’hui, M. Fontaine croit que le moment est venu pour franchir une nouvelle étape importante de la réconciliation. Le pape François est l’homme idéal pour faire le pas.

L’ancien chef national rappelle que beaucoup de choses ont changé depuis sa visite précédente.

La Commission de vérité et réconciliation du Canada a publié un rapport exhaustif racontant à tous les Canadiens et au monde entier ce qui s’était déroulé dans les pensionnats gérés par l’Église. Le Canada ne s’oppose plus à la Déclaration des droits des peuples autochtones des Nations unies. La société prend au sérieux les questions autochtones, soutient M. Fontaine.

L’Église a commencé à parler d’une nouvelle rencontre entre une délégation autochtone et le pape François, il y a quelques années. La pandémie de COVID-19 a contrecarré ce plan.

Mais la découverte de plusieurs centaines de sépultures anonymes sur les lieux d’anciens pensionnats a placé l’Église dans une position difficile. Les choses se sont accélérées. Le Vatican a récemment annoncé que le souverain pontife était prêt à venir au Canada.

La situation est très différente de celle de la rencontre précédente, souligne M. Fontaine. Les négociations ne sont pas déroulées uniquement en coulisses. Tout a été organisé d’une manière moins confidentielle.

Le pape accordera des audiences d’une heure pour chaque groupe des Premières Nations, métis et inuit, et un autre d’une heure pour l’ensemble de la délégation. Un document sera présenté pour guider l’Église et le pape. « Il est important que nous ne nous contentions pas de parler avec le Saint-Père. Il faut lui laisser quelque chose », précise M. Fontaine.

Le guide soulignera que les Autochtones espèrent recevoir des excuses papales sur le sol canadien. Il expliquera aussi l’importance d’obtenir des archives provenant de ces pensionnats.

Même si des excuses officielles semblent bien en vue, le processus de réconciliation n’en est qu’à ses débuts. « Quand cela sera fait, on pourra commencer à avoir de très sérieuses discussions sur les prochaines étapes », conclut M. Fontaine.

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