Une centaine de personnes marchent contre la brutalité policière à Québec

Les manifestants se sont d’abord rassemblés devant l’Assemblée nationale pour assister à quelques discours avant d’entamer une marche en direction de l’hôtel de ville de Québec sous présence policière.
Photo: Renaud Philippe Le Devoir Les manifestants se sont d’abord rassemblés devant l’Assemblée nationale pour assister à quelques discours avant d’entamer une marche en direction de l’hôtel de ville de Québec sous présence policière.

Une centaine de personnes ont pris part samedi à une marche dans le Vieux-Québec contre la brutalité policière et le profilage racial, une semaine après l’arrestation musclée d’un jeune homme noir de 18 ans près d’un bar de la Grande Allée.

Les manifestants se sont d’abord rassemblés devant l’Assemblée nationale pour assister à quelques discours avant d’entamer une marche en direction de l’hôtel de ville de Québec sous présence policière. L’événement a pris fin vers 12 h 30.

Le choix de s’arrêter devant ces deux lieux de pouvoir dans le cadre de cette manifestation n’est d’ailleurs pas anodin. Le collectif d’organisations représentant la communauté noire de Québec à l’origine de celle-ci presse en effet tant le gouvernement Legault que la Ville d’agir pour empêcher des arrestations musclées, comme celle qu’a subie Pacifique Niyokwizera le week-end dernier, de survenir à nouveau dans la capitale.

« Il faut continuer de se mobiliser pour faire passer notre message directement aux instances concernées », souligne ainsi au Devoir le coordonnateur à la Ligue des droits et libertés, Maxim Fortin, qui a pris part à cet événement samedi.

Une police « trop répressive »

Au cours des derniers jours, les images d’une intervention policière menée dans la nuit du 26 au 27 novembre sur la Grande Allée, près du bar Le Dagobert, ont été largement relayées et commentées sur les réseaux sociaux. On y voit plusieurs agents du Service de police de la Ville de Québec (SPVQ) intervenir avec force pour maîtriser au sol Pacifique Niyokwizera. Un policier lui aurait envoyé de la neige sur le visage avec sa botte, tandis que le jeune homme de 18 ans semble être maintenu au sol par le genou d’un autre agent. Il en est ressorti avec le visage tuméfié, une commotion cérébrale et d’importantes blessures au niveau des yeux.

« La police de Québec est trop répressive », déplore Mbaï-Hadji Mbaïrewaye, un des porte-paroles du collectif, en entrevue au Devoir samedi. « Il faut une police préventive plutôt que répressive », insiste-t-il.

Le collectif à l’origine de la mobilisation de samedi demande ainsi le déclenchement d’une enquête « indépendante et rapide » sur les circonstances entourant cette intervention policière. Actuellement, le SPVQ mène sa propre enquête sur cette affaire, tandis que la ministre de la Sécurité publique Geneviève Guilbault a promis que le Commissaire à la déontologie policière se penchera aussi sur cette affaire. Les cinq policiers impliqués dans cette affaire ont été suspendus entre-temps.

« Il faut une entité qui soit impartiale et qui n’a pas d’apparence de partialité non plus pour que les résultats soient crédibles et qu’on puisse faire confiance au processus », insiste l’avocat criminaliste Fernando Belton, qui représente la famille de Pacifique Niyokwizera. Selon lui, il ne fait aucun doute que le jeune homme a été victime de profilage racial de la part du SPVQ. Il note que malheureusement, les membres de la communauté noire sont souvent associés, à tort, aux gangs de rue.

« C’est l’image qu’on met de l’avant et ça fait en sorte que les policiers, quand ils interviennent auprès de ces personnes, ils vont utiliser une plus grande force », affirme l’avocat.

 ​Pour l’instant, la famille du jeune homme évalue la possibilité d’entamer des poursuites judiciaires contre la Ville de Québec et le SPVQ. Une collecte de fonds lancée en ligne pour financier de telles démarches a d’ailleurs permis à la famille de recueillir plus de 30 000 dollars en quelques jours.

S’attaquer au profilage racial

Le collectif réclame d’autre part que le SPVQ emboîte le pas au Service de police de la Ville de Montréal en mandatant des experts pour documenter les interpellations policières menées sur son territoire en tenant compte de l’origine ethnique et religieuse. À Montréal, cette démarche a permis de lever le voile en 2019 sur d’importants « biais systémiques » dans les interpellations menées par les agents du SPVM, qui ont ciblé de façon disproportionnée les personnes noires, autochtones et arabes, par rapport aux personnes blanches. Le SPVM a par la suite reconnu « le caractère systémique du racisme et de la discrimination » et s’est engagé à « le combattre ».

Le collectif espère ainsi que le SPVQ finira à son tour par reconnaître « l’existence du profilage racial » en ses rangs. Le corps de police ne compte par ailleurs aucun agent dans ses rangs membres de la communauté noire. « On est très loin du compte », soupire ainsi Mbaï-Hadji Mbaïrewaye.

Avec Renaud Philippe

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