Des résidents d’Anjou inquiets au lendemain d’une fusillade

Un jeune de 20 ansa été  atteint par balles au haut du corps dans son véhicule jeudi à Anjou. 
Photo: Marie-France Coallier Le Devoir Un jeune de 20 ansa été  atteint par balles au haut du corps dans son véhicule jeudi à Anjou. 

De nombreux résidents d’Anjou sont inquiets et certains envisagent même de déménager à la suite d’une fusillade qui a coûté la vie à un rappeur de 20 ans et blessé un jeune homme de 17 ans jeudi dans un quartier en apparence tranquille.

Taki Eddine, qui est détenteur d’un doctorat en médecine, demeure juste en face de l’endroit où cette fusillade a eu lieu jeudi soir, vers 19 h 15, à la place Cointerel, un cul-de-sac donnant sur le boulevard des Roseraies, dans un quartier résidentiel. C’est là où Hani Ouahdi, un jeune de 20 ans décrit comme un rappeur sur les réseaux sociaux, a été atteint par balle au haut du corps dans son véhicule. M. Eddine, rencontré devant son logement vendredi, a été un des premiers à tenter de lui venir en aide le soir du drame, en vain.

« Ils m’ont appelé pour descendre vite. Quand je suis descendu, j’ai essayé d’évaluer la victime pour voir [si elle était encore en vie], mais c’était trop tard », raconte le jeune père de famille, qui demeure depuis huit ans dans ce quartier du nord-est de Montréal, qu’il qualifie de tranquille.

« Ça fait trois ans que je suis ici et à mon avis, c’est un quartier qui est sécuritaire », opine également Ariane Racine, pour qui cette fusillade, survenue à quelques mètres de son logement, a eu l’effet d’un « choc ». Elle s’inquiète particulièrement du fait que cet événement ait eu lieu tôt en soirée, et non au milieu de la nuit.

Photo: Marie-France Coallier Le Devoir Taki Eddine, qui est détenteur d’un doctorat en médecine, demeure juste en face de l’endroit où cette fusillade a eu lieu jeudi soir.

« C’est inquiétant. J’aurais pu être à l’extérieur […] Ça fait peur », laisse tomber la jeune femme, qui compte cesser de « prendre de marches à l’extérieur à la noirceur », du moins pendant les prochains jours. N’importe qui, jeudi soir, aurait pu se trouver au mauvais endroit au mauvais moment, évoque également Jocelyne Despatis, une autre résidente du secteur rencontrée vendredi par Le Devoir. « On aurait pu se promener, vers 19 h, 19 h 15 », évoque-t-elle.

Dans ce contexte, certains résidents envisagent carrément de déménager dans un autre quartier, dans l’espoir de s’y sentir plus en sécurité. « Je ne sais pas si je vais renouveler [mon bail] ici. Je vis seule et je me déplace à pied », confie Manon, qui a préféré taire son nom de famille. C’est d’ailleurs parce qu’elle jugeait ce quartier « tranquille » qu’elle a décidé de s’y installer, il y a à peine deux mois.

« Je ne compte pas rester ici dans ce coin parce que ça m’inquiète », lance également une autre résidente d’Anjou, Aïcha, qui est mère de deux enfants de 9 et 12 ans.

Un jeune de 17 ans a par ailleurs été blessé par balle jeudi soir un peu plus loin, sur le boulevard des Galeries-d’Anjou. Il collabore maintenant avec les enquêteurs du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM). Aucune arrestation n’avait toutefois eu lieu en lien avec cette affaire, vendredi.

Présence policière accrue

 

Les agents du SPVM n’ont d’ailleurs pas lésiné sur les efforts vendredi pour tenter de faire avancer l’enquête sur cette fusillade mortelle, qui a rapidement été prise en charge par la section des crimes majeurs du corps de police. Plusieurs policiers ont ainsi effectué du porte-à-porte vendredi pour tenter d’obtenir des informations sur les suspects dans cette affaire, ainsi que pour demander d’avoir accès aux images des caméras de surveillance de certains résidents. La présence de patrouilles policières a aussi été accrue dans le secteur vendredi.

« Je pense que s’il y a une présence policière, des agents qui circulent, ça peut déjà être rassurant », estime d’ailleurs Ariane Racine, à l’instar d’autres résidents du quartier.

Au-delà de la présence accrue de policiers, il faut miser sur une augmentation des services offerts aux jeunes pour prévenir le crime, notamment en misant sur « l’éducation », estime Taki Eddine. « Il faut intervenir plus tôt que tard », insiste-t-il.

La ministre de la Sécurité publique, Geneviève Guilbault, procédera d’ailleurs à une annonce dimanche, à Montréal, qui portera sur « la prévention de la violence chez les jeunes », a indiqué vendredi le cabinet de la mairesse Valérie Plante.

Le meurtre d’Hani Ouahdi porte à 32 le nombre d’homicides survenus à Montréal depuis le début de l’année.

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