Les punaises de lit font vivre «l’enfer» à des personnes âgées dans un HLM de Verdun

Les résidents d’un bâtiment de logements sociaux de 11 étages destiné aux personnes âgées à Montréal vivent « l’enfer » depuis des mois en raison de la propagation de punaises de lit d’un appartement à l’autre, malgré des tentatives d’extermination répétées. Pour plusieurs de ces locataires à faible revenu, déménager n’est toutefois pas une option.

Les habitations Simone-Léveillé, qui comptent 151 logements, sont situées en face du fleuve Saint-Laurent et à proximité d’un jardin communautaire, dans un parc linéaire de l’arrondissement de Verdun, un emplacement de choix. De nombreux résidents de ce bâtiment géré par l’Office municipal d’habitation de Montréal (OMHM) vivent toutefois de la détresse psychologique depuis des mois en raison de la présence de punaises de lit dans leur logement.

« C’est très dur à vivre avec ça, à un point que cela vous rend fou. [Les punaises de lit] étaient sur le mur, dans mon lit, dans la salle de bain, dans ma nourriture. N’importe où », raconte Erick Neilson, qui nous a ouvert la porte de son logement situé au 10e étage, mercredi. Pendant six mois, le locataire, qui demeure depuis trois ans dans cet immeuble, a vécu un cauchemar. Au fil de diverses tentatives d’extermination, dont la plus récente a eu lieu la semaine dernière dans son appartement, « les choses se sont calmées », reconnaît-il. « Mais je continue d’en avoir », lance-t-il avant de montrer du doigt un bol d’eau contenant plusieurs punaises de lit.

Depuis le début de cette infestation, M. Neilson a dû se débarrasser de son divan, qui était flambant neuf, et dort maintenant sur un matelas pneumatique. Il range aussi ses vêtements dans des sacs de plastique. Les infestations de punaises de lit peuvent par ailleurs nuire au sommeil, créer une forte anxiété, voire mener à la dépression chez les personnes touchées, selon diverses recherches universitaires réalisées dans les dernières années.

« Ça finit que tu deviens un peu cinglé. Tu vois une petite tache noire sur le lit et tu penses tout de suite que c’est une punaise », lance Claude Courcelles, qui réside depuis sept ans dans ce bâtiment. À deux reprises, depuis l’an passé, il a été aux prises avec des infestations de punaises qui se sont étirées sur plusieurs mois. « C’est vraiment un fléau ici », lâche le locataire, qui remet en question la qualité des exterminations menées de façon ciblée par une entreprise privée dans cet immeuble dans les derniers mois.

« Ç’a été l’enfer », lâche pour sa part Sylvie Rajotte, qui raconte avoir dû conserver ses effets personnels dans des sacs pendant 10 mois, jusqu’à ce que les punaises soient éradiquées de son logement. « J’avais juste envie de m’asseoir par terre et de brailler », confie-t-elle.

Partir ou rester

Depuis le début de l’année, des infestations de punaises de lit ont été rapportées à l’Office municipal d’habitation de Montréal (OMHM) dans 37 appartements de ce bâtiment. Parmi ceux-ci, 13 sont encore aux prises avec des cas « actifs » d’infestations de cette bestiole. Sylvia Sunstrum, âgée de 81 ans, réside dans un de ces logements.

« J’ai des piqûres partout, sur les bras et sur les jambes », raconte la résidente, qui appréhende les répercussions que pourraient avoir sur sa santé les opérations d’extermination qui ont eu lieu dans son logement depuis qu’elle y a découvert des punaises de lit en juillet. « C’est du poison qu’ils mettent chaque fois », laisse tomber Mme Sunstrum.

Le Comité d’action des citoyens et des citoyennes de Verdun est d’ailleurs bien au fait du cauchemar que vivent plusieurs locataires de ce bâtiment, reconnu pour son état de dégradation élevé.

« On reçoit des témoignages déchirants. Des personnes nous disent qu’elles ont des idées suicidaires », confie son directeur général, Steve Baird. Ce dernier affirme que certains locataires ont décidé de quitter leur logement pour fuir ce problème de vermine, mais pour plusieurs autres, déménager n’est pas une option.

« Je veux que ça arrête parce que j’aime le bâtiment, sauf pour les bestioles. Regardez la vue, c’est parfait pour moi. J’ai un faible revenu et je ne peux me permettre de déménager », soupire Erick Neilson.

« Une opération d’envergure »

Par courriel, le directeur des communications de l’OMHM, Mathieu Vachon, indique qu’un traitement thermique a eu lieu dès l’automne 2020 dans tous les logements du bâtiment. Cette mesure n’a toutefois « pas été suffisante pour exterminer les punaises » se trouvant dans cet immeuble.

« Quelques logements ont continué à être traités. Le bâtiment a été réinspecté et plusieurs cas ont été découverts cet été — les locataires ne l’avaient pas signalé », écrit M. Vachon. Certains locataires refusent même parfois que les exterminateurs entrent dans leur logement infesté, indique-t-il, ce qui force dans certains cas l’OMHM à se tourner vers le Tribunal administratif du logement pour obtenir une autorisation en ce sens.

Une nouvelle opération d’extermination « d’envergure » est ainsi prévue « début 2022 » dans tout le bâtiment. Celle-ci sera effectuée par une nouvelle entreprise, confirme l’OMHM.

« Tous les logements seront poudrés et scellés. Une attention particulière sera portée à proximité des conduits de ventilation, à la tuyauterie et aux hottes de cuisine », assure le porte-parole. Une inspection générale aura aussi lieu en début d’année dans le bâtiment voisin, qui compte aussi quelque 150 logements sociaux, puisque plusieurs logements y sont aux prises avec des punaises de lit. Entre-temps, des traitements se font toutes les trois semaines dans les logements les plus touchés par ces infestations.

Le coordonnateur de la Fédération des locataires d’habitations à loyer modique du Québec, Robert Pilon, presse pour sa part l’OMHM de se doter de sa propre expertise en matière d’extermination de la vermine afin de cesser de dépendre du secteur privé pour s’attaquer à ce problème « chronique » dans son parc immobilier.

« C’est inhumain de penser qu’on peut être des années infestés et que ça peut revenir à répétition, mais à Montréal, c’est le cas de plusieurs dizaines [de bâtiments de l’OMHM], voire des centaines », lance M. Pilon.

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