Montréal lance un projet pilote pour réduire la fréquence de la collecte des déchets

Une collecte d'ordures sur deux sera éliminée dans deux secteurs de Mercier-Hochelaga-Maisonneuve en février.
Photo: Valérian Mazataud Le Devoir Une collecte d'ordures sur deux sera éliminée dans deux secteurs de Mercier-Hochelaga-Maisonneuve en février.

Maintenant que tous ses résidents ont un bac brun pour leurs matières organiques, l’arrondissement de Mercier–Hochelaga-Maisonneuve entend réduire la fréquence de la collecte des ordures dans le cadre d’un projet pilote qui verra le jour dans deux secteurs à compter de février prochain. La collecte toutes les deux semaines pourrait s’étendre à l’ensemble du territoire montréalais dans les prochaines années.

Appréhendant une certaine résistance, l’arrondissement de Mercier–Hochelaga-Maisonneuve (MHM) s’y prend trois mois à l’avance afin de préparer les citoyens à ce changement d’habitudes. « On sait que ça va être un choc pour certains. Ça va bousculer les habitudes, mais la crise climatique va imposer des changements qui ne seront pas nécessairement faciles. La crise des poubelles en est un », estime le maire de MHM, Pierre Lessard-Blais.

À compter du 28 février, le passage des camions à ordures se fera une semaine sur deux dans deux secteurs précis — l’un situé dans Mercier-Ouest et l’autre au nord de Tétreaultville — choisis pour la diversité de leur cadre bâti. Environ 7000 résidences seront ainsi visées, de même que toutes les institutions et industries et tous les commerces de ces deux secteurs. À l’issue du projet pilote, l’arrondissement devra déterminer s’il poursuit l’expérience et s’il l’étend au reste de son territoire. À moyen terme, Montréal voudrait appliquer ce nouvel horaire à toute la ville.

Avantages économiques

 

Depuis un an, tous les résidents de l’arrondissement ont un bac brun. Selon Pierre Lessard-Blais, le temps est venu de passer à une vitesse supérieure compte tenu de la crise climatique et des problèmes concernant la capacité du site d’enfouissement de Lachenaie, qui dessert la Communauté métropolitaine de Montréal (CMM). « On est rendus là. Il y a des citoyens qui pensent que notre consumérisme est excessif », fait valoir Pierre Lessard-Blais. « Je pense qu’il y a beaucoup de gens qui s’attendent à un leadership de la Ville. »

La Ville estime qu’à l’heure actuelle les matières organiques composent la moitié du contenu des sacs de poubelle, alors qu’elles ne devraient pas s’y retrouver. « Quand les matières organiques vont aux sites d’enfouissement, elles émettent du méthane, un gaz 25 fois plus puissant que le CO2. Pourtant, on peut faire du compost avec ces matières-là », rappelle Thierry Sénécal, conseiller en planification à l’arrondissement de MHM.

Le retrait d’une collecte sur deux offre aussi plusieurs avantages, à la fois économiques et environnementaux, puisque moins de camions seront sur les routes.

Saint-Laurent donne l’exemple

À ce jour, Saint-Laurent est le seul arrondissement montréalais à avoir instauré la collecte des ordures une fois toutes les deux semaines. Ce virage a été entrepris en 2016, en même temps que se déployait la collecte des matières organiques, pour les immeubles de huit logements et moins.

Son maire, Alan DeSousa, estime que l’heure n’est plus aux projets pilotes et que Montréal met trop de temps à implanter un nouvel horaire de collecte. « Si nous voulons tendre vers le zéro déchet tel qu’énoncé par la Ville, le temps des projets pilotes est fini », dit-il.

La stratégie de Saint-Laurent a fait passer la quantité de déchets envoyés aux sites d’enfouissement de 32 000 tonnes à 23 000 tonnes entre 2005 et 2020 même si 30 000 résidents se sont ajoutés au fil du temps, souligne Alan DeSousa. L’arrondissement entend maintenant implanter la collecte des matières organiques dans les immeubles de neuf logements, ce qui entraînera l’élimination d’une collecte d’ordures sur deux dans ces secteurs.

Plusieurs villes québécoises telles que Gatineau, Longueuil et Sherbrooke ont déjà espacé les collectes toutes les deux semaines, tout comme plusieurs villes canadiennes, parmi lesquelles Toronto, Calgary et Ottawa.

Karel Ménard, directeur général du Front commun québécois pour une gestion écologique des déchets, croit que l’arrondissement de MHM a raison de prendre ses précautions avant d’imposer ce changement d’horaire. « S’ils ratent leur coup, ça va être très dur de recommencer », signale-t-il.

Le projet ne sera peut-être pas accueilli avec joie par tous les résidents, reconnaît-il. « Dès qu’on parle de vidanges, ça touche monsieur et madame tout-le-monde dans son quotidien », rappelle-t-il. « Il y a des gens qui ne comprennent pas qu’on est rendus à un autre niveau dans la gestion des matières résiduelles. Pour certains, jeter des choses aux poubelles, c’est un droit inaliénable. Et ils sont souvent plus vocaux que d’autres. »

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