«Fillette de Granby» : peu importe la cause exacte, c’est le ruban adhésif qui l’a tuée

La belle-mère de l’enfant est accusée de séquestration et de meurtre au second degré.
Photo: Paul Chiasson La Presse canadienne

La belle-mère de l’enfant est accusée de séquestration et de meurtre au second degré.

Même si les expertes de la défense et de la Couronne ne s’entendent pas sur la cause exacte de la mort de la « fillette de Granby », elles conviennent d’une chose : c’est le ruban adhésif dont elle a été entourée qui l’aurait tuée.

Après avoir été suspendu pendant plusieurs jours, le procès de la belle-mère de l’enfant de 7 ans a repris mercredi avec le témoignage d’Anny Sauvageau, appelée à la barre par la défense.

La femme, qui se décrit comme une consultante en pathologie judiciaire, a contredit en partie les conclusions de l’experte de la Couronne.

C’est cette dernière, la pathologiste judiciaire Caroline Tanguay, qui a réalisé l’autopsie.

Mais elle n’a pu déterminer la cause du décès en examinant le petit corps de l’enfant : aucune maladie, aucun traumatisme, aucune blessure, aucune drogue dans son sang, a-t-elle détaillé au procès de la femme de 38 ans, accusée du meurtre de l’enfant.

Devant un tel résultat, appelé « autopsie blanche », elle a expliqué que les règles du métier veulent que la pathologiste se tourne alors vers les circonstances de l’affaire et procède par élimination pour mettre le doigt sur la cause du décès.

Ici, divers témoins ont rapporté que le 29 avril 2019, la fillette avait été complètement entourée de ruban adhésif transparent, de ce type que l’on utilise pour fermer de gros cartons de déménagement. Le fils de l’accusée a témoigné au procès que la fillette avait du ruban adhésif partout sur son corps : « des pieds à la tête », y compris sur son visage et sa bouche, comme une « momie ».

Sur la foi de ces informations, la Dre Tanguay a conclu à une mort « par suffocation externe », en tenant pour acquis que les voies respiratoires de l’enfant étaient complètement obstruées. Si ce n’était pas le cas, elle convient que l’autre cause la plus probable est que le ruban a comprimé son torse et qu’à la longue, il a empêché son corps de faire le mouvement de va-et-vient requis pour respirer.

Mais selon l’experte de la défense, cette cause n’est pas « la plus probable ». Le moindre pli dans le ruban posé sur le nez et la bouche aurait permis à la fillette de respirer, avance-t-elle.

Mme Sauvageau se base aussi sur ce fait : l’accusée a témoigné que l’enfant criait lorsqu’elle était entourée de ruban ce matin-là. Or, c’est impossible de faire du bruit « si elle a du “tape” sur le nez et la bouche », a-t-elle expliqué : on ne pourrait pas l’entendre.

Elle ajoute qu’une enfant qui a les voies respiratoires complètement bouchées va mourir rapidement, « en quelques minutes ». Elle mentionne de 3 à 10 minutes. Bref, il aurait fallu que le ruban ait été solidement apposé sur son nez et sa bouche après 11 h du matin, puisque son corps inanimé a été retrouvé à 11 h 30.

Ainsi, Mme Sauvageau retient qu’une combinaison de deux causes a été à l’origine de la mort de l’enfant.

La première est le ruban sur son torse, appliqué de façon trop serrée, et la seconde, une mort par « hyperthermie par enveloppement corporel ». Autrement dit, le ruban adhésif de plastique aurait trop réchauffé le corps de la fillette. Elle a rappelé que certains témoins ont parlé d’un « mur de chaleur » en entrant dans la pièce où l’enfant a été retrouvée, précisant que son corps était très chaud et humide.

Mais « c’est clair que c’est le ruban adhésif qui a causé le décès ? » a demandé l’avocat de l’accusée, Me Alexandre Biron.

« Oui », a répondu Mme Sauvageau.

Enfant mal nourrie ou pas ?

En témoignant au procès, Dre Tanguay avait rapporté avoir été frappée par la petite taille de l’enfant, qui avait selon elle un « retard pondéral important ». Elle ne pesait que 36 livres (16,4 kg) et ne mesurait que 1,02 mètre lorsqu’elle est morte, ce qui est en deçà des courbes de croissance pour une enfant de son âge.

Les policiers et les ambulanciers appelés sur les lieux avaient de leur côté décrit la fillette comme étant « très maigre » et même rachitique. Un policier a même témoigné que la petite fille lui rappelait les enfants affamés en Éthiopie.

Anny Sauvageau a offert une autre version : selon elle, si la fillette était « petite », elle n’était pas maigre ni dénutrie. Et son poids était relativement proportionnel à sa petite taille, parfois même en « surplus de poids » lors de sa sixième année de vie.

On peut exclure la malnutrition, a-t-elle tranché.

 

Cela fait toutefois penser à des troubles pédopsychiatriques, a dit le témoin expert, ajoutant ne pas pouvoir s’avancer plus sur ce sujet. Le témoignage de Mme Sauvageau va se poursuivre jeudi.

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