Des citoyens inquiets par le REM de l’Est cherchent des réponses

Une affiche à la main montrant des images des structures aériennes de la première phase du REM, dans l’ouest de l’île de Montréal, Maxime Geraldes se dit « inquiet » par ce projet de transport.
Photo: Zacharie Goudreault Le Devoir Une affiche à la main montrant des images des structures aériennes de la première phase du REM, dans l’ouest de l’île de Montréal, Maxime Geraldes se dit « inquiet » par ce projet de transport.

Des citoyens inquiets par le tracé aérien prévu pour la deuxième phase du Réseau express métropolitain, dans l’est de l’île, ont répliqué samedi à un kiosque d’information de la firme CDPQ Infra avec leur propre installation visant à dénoncer les répercussions que ce projet de train léger pourrait avoir sur les quartiers résidentiels qu’il traversera.

« Hochelaga assiégé », « Ma Caisse massacre ma ville » et « 800 trains dans nos fenêtres chaque jour » sont quelques-unes des phrases chocs que l’on pouvait lire sur des pancartes apposées sur un kiosque installé samedi à la place Simon-Valois, dans Mercier–Hochelaga-Maisonneuve, par des citoyens opposés au tracé aérien du REM de l’Est.

À quelques pas de cette installation de fortune, qui a menacé à quelques reprises de s’écrouler lors du passage du Devoir sous l’effet du vent glacial qui soufflait sur Montréal samedi matin, la firme CDPQ Infra tenait elle aussi, de 10 h à 13 h, un kiosque d’information sur le projet du REM de l’Est. Les citoyens étaient d’ailleurs nombreux à aller tour à tour poser des questions aux représentants de la firme concernant ce projet. Un kiosque d’information avait aussi été installé samedi au parc de la Promenade-Bellerive, près de la rue Notre-Dame.

« On est vraiment en mode ouverture et on veut vraiment revenir à la population dans les prochaines semaines avec des perspectives architecturales, parce qu’il y a beaucoup de préoccupations, mais aussi de questions sur ce que ça va avoir l’air dans le quartier », a indiqué samedi la directrice des affaires publiques à CDPQ Infra, Virginie Cousineau, lorsque Le Devoir l’a rencontrée sur place.

Des impacts visuels

Ce qui inquiète particulièrement nombre de citoyens, c’est le tracé aérien du futur REM de l’Est. Dans Mercier–Hochelaga-Maisonneuve, les plans préliminaires du projet prévoient que l’ensemble des huit stations dans ce secteur seront aériennes. Même si CDPQ Infra promet de proposer une « signature architecturale » intéressante pour ce projet, plusieurs citoyens craignent de voir d’immenses pylônes de béton près de leur cour, notamment au nord de la rue Notre-Dame et à proximité de la rue Sherbrooke, plus à l’est. Ce sera aussi le cas sur un court tronçon, au centre-ville.

« Vous allez défigurer un quartier qui, depuis 20 ans, est en pleine ébullition », craint Patricia Clermont, du Regroupement des riverains de la rue Notre-Dame. Une affiche à la main montrant des images des structures aériennes de la première phase du REM, dans l’ouest de l’île de Montréal, Maxime Geraldes se dit aussi « inquiet » par ce projet. S’il reconnaît l’importance de bonifier l’offre de transport en commun dans Mercier–Hochelaga-Maisonneuve, c’est « le mode d’implantation » du REM de l’Est et ses répercussions éventuelles sur le paysage qui le préoccupent.

« Je pense que ça va avoir un impact négatif pour notre quartier et notre communauté. On essaie de créer une communauté qui est à échelle humaine et certes, on a besoin de transport en commun […]. Mais après, il ne faut pas faire n’importe quoi sur la structure, l’intégration et le bien-être des résidents », fait-il valoir en entrevue.

Le bruit qui sera généré par le passage du REM en préoccupe d’ailleurs plusieurs. Dans le kiosque mis en place en réponse à celui de CDPQ Infra, des militants contre le tracé aérien du REM ont d’ailleurs fait jouer un extrait sonore d’un train aérien — il s’agirait du Sky Train de Vancouver — pour donner un aperçu de ce qui attend les résidents qui habiteront près d’une des futures stations du projet.

« On est certain qu’il y a des alternatives au mode aérien, mais c’est juste qu’il faut la volonté de CDPQ, et on n’est pas écouté par la firme », renchérit M. Geraldes.

Un projet à bonifier

Viriginie Cousineau se veut pour sa part rassurante. Le projet du REM de l’Est, dont les plans annoncés en décembre 2020 prévoient la construction de 23 stations sur un total de 32 kilomètres, est voué à évoluer. Déjà, cet été, des consultations ont été effectuées auprès des citoyens, notamment dans Mercier–Hochelaga-Maisonneuve, et d’autres suivront dans les prochains mois.

« On a beaucoup avancé dans la dernière année et on va encore avancer dans les prochaines années en matière de planification. […] Je vous dirais que nous, on veut vraiment arriver avec des bonifications en début d’année 2022, justement à la suite de ces consultations.» Une version bonifiée de ce projet de transport en commun sera ensuite soumise au Bureau d’audiences publiques sur l’environnement, probablement au printemps 2022. « Ce sera une autre occasion pour les citoyens de se faire entendre sur le projet », ajoute Mme Cousineau.

En début de semaine, le premier ministre du Québec, François Legault, a d’ailleurs reconnu que ce projet devra faire l’objet de plusieurs modifications avant de devenir acceptable pour la population. De passage à Montréal pour rencontrer la mairesse Valérie Plante, il a notamment souligné l’importance d’impliquer davantage la Ville et le gouvernement dans la réalisation de ce projet, de pair avec CDPQ Infra.

Samedi dernier, des centaines de personnes ont manifesté contre le tracé aérien du REM de l’Est à l’initiative du Collectif en environnement Mercier-Est, quelques jours après que CDPQ Infra ait lancé un premier appel d’intérêt sur ce projet, évalué jusqu’à maintenant à 10 milliards de dollars.

La mise en service complète du REM de l’Est est prévue en 2029.

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