Le variant « Omicron » sous le microscope

Le nouveau variant Omicron du virus causant la COVID-19, qui a été classé « préoccupant » par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) vendredi, soulève des inquiétudes jusqu’au Québec, où quatre experts sondés par Le Devoir préviennent que la province pourrait subir les contrecoups de ce variant, malgré son haut taux de vaccination. État des lieux.

Que sait-on de ce nouveau variant ?

Le variant B.1.1.529, baptisé Omicron vendredi, a été signalé dans les derniers jours à l’OMS par l’Afrique du Sud, qui est actuellement aux prises avec une augmentation rapide du nombre de cas positifs à la COVID-19 rapportés quotidiennement.

Ce nouveau variant monopolise d’ailleurs déjà la grande majorité des nouveaux cas dépistés dans la province de Gauteng, la plus urbanisée du pays, où se trouve notamment la capitale administrative du pays, Pretoria. Un premier cas a aussi été rapporté à Hong Kong, de même qu’en Israël et en Belgique, incitant les pays de l’Union européenne, puis le Canada, à suspendre l’arrivée des voyageurs ayant visité sept pays du sud de l’Afrique où ce variant serait en circulation.

« Même en interdisant les vols avec l’Afrique du Sud, il y a des gens qui passent par d’autres pays et qui apportent le virus », souligne toutefois la professeure à l’École de santé publique de l’Université de Montréal Roxane Borgès Da Silva. Ce n’est donc qu’une question de temps, selon elle, avant qu’un premier cas de ce variant soit détecté au Québec.

Pourquoi le variant Omicron inquiète-t-il ?

On en sait encore bien peu sur ce nouveau variant, mais trois facteurs devront être analysés par les spécialistes dans les prochains jours, indique le médecin-conseil à l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ) Gaston De Serres.

À l’instar du variant Delta détecté en Inde à l’automne 2020, le variant Omicron pourrait être plus contagieux que la souche originelle du virus, et donc contribuer à accélérer les nouveaux cas de COVID-19. Ce nouveau variant pourrait aussi s’avérer plus « virulent », c’est-à-dire entraîner des symptômes plus graves de la maladie chez les personnes infectées.

Au Québec, cependant, ce qui soulève le plus d’inquiétudes, c’est la possibilité que ce variant soit en mesure « d’échapper à l’immunité vaccinale », ce qu’on ignore pour l’instant, ajoute M. De Serres.

Contrairement à l’Afrique du Sud, où moins de 24 % de la population a reçu deux doses de vaccin contre le virus, ce sont plutôt 88 % des Québécois admissibles qui ont été entièrement vaccinés contre la COVID-19 jusqu’à maintenant.

« Si on a un virus qui peut échapper à l’immunité vaccinale, ça devient problématique. Il pourrait alors faire des ravages même dans une population grandement vaccinée », prévient l’expert.

« Il y a toutes sortes de facteurs qui font en sorte qu’on pourrait “manger une claque” », lance ainsi l’expert en immunisation à l’Institut de recherches cliniques de Montréal André Veillette, qui estime que les Québécois devraient y penser à deux fois avant d’organiser des « partys de Noël » cette année.

Ce variant pourrait-il supplanter le variant Delta à l’échelle mondiale ?

Vendredi, un document d’information rédigé par des experts du Laboratoire national de référence, en Belgique, signalait que ce nouveau variant pourrait être plus transmissible encore que le variant Delta, qui est rapidement devenu dominant à l’échelle mondiale — y compris au Québec — après sa détection en Inde l’an dernier.

Ce nouveau variant Omicron compte d’ailleurs une trentaine de mutations sur sa protéine S, un nombre « important », confirme le virologue et professeur au Département des sciences biologiques de l’Université du Québec à Montréal Benoit Barbeau. « Ça laisse croire qu’il y a une certaine flexibilité de cette protéine-là qui lui permet de se modifier, de se transformer », note-t-il.

« Ça va aller très vite avant que [ce nouveau variant] devienne dominant », entrevoit ainsi Roxane Borgès Da Silva.

L’arrivée de ce nouveau variant, à l’approche du temps des Fêtes, devrait-elle inciter le gouvernement du Québec à élargir l’accès à la troisième dose du vaccin contre la COVID-19 ?

Selon Mme Borgès Da Silva, le Québec aurait tout intérêt à emboîter le pas à la France, où la dose de rappel sera ouverte dès samedi à tous les adultes de 18 ans et plus qui ont reçu leur deuxième injection d’un vaccin contre la COVID-19 il y a au moins cinq mois. « N’attendons pas que l’immunité diminue avant de relancer une campagne de vaccination pour une troisième dose », dit-elle.

« On n’est pas obligés d’avoir une catastrophe pour la prévenir. Donc, je pense qu’on est rendus là », confirme également le chercheur André Veillette. La pharmaceutique Moderna a d’ailleurs annoncé vendredi, par voie de communiqué, son intention de développer une dose de rappel spécifique pour ce nouveau variant.

Pendant ce temps, de nombreux pays moins fortunés peinent à vacciner leur population en grand nombre contre la COVID-19. De nombreux scientifiques estiment pourtant qu’il faut s’attaquer à la pandémie à l’échelle mondiale si on veut prévenir l’émergence de nouveaux variants.

« C’est clair qu’avec le niveau de production qui existe dans le monde actuellement, si tous les pays riches veulent donner une troisième dose à tout le monde, ça n’ira pas à des pays qui n’ont même pas encore donné une première dose à leurs citoyens », dit Gaston De Serres, de l’INSPQ.

Benoit Barbeau estime ainsi qu’il serait préférable, avant de penser à offrir une « mégaprotection » contre la COVID-19 aux citoyens canadiens, de distribuer plus de doses aux nombreux pays, comme l’Afrique du Sud, qui continuent d’avoir une très faible couverture vaccinale. « Il faut miser sur une couverture vaccinale mondiale », affirme-t-il.

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