La pandémie a fait fondre les revenus de stationnement en 2020 à Montréal

Contrairement à Stationnement de Montréal, qui récoltait les revenus de stationnement et versait une redevance à la Ville, l’Agence de mobilité durable ne fait que collecter ces revenus pour la Ville.
Photo: Annik MH de Carufel Archives Le Devoir Contrairement à Stationnement de Montréal, qui récoltait les revenus de stationnement et versait une redevance à la Ville, l’Agence de mobilité durable ne fait que collecter ces revenus pour la Ville.

La pandémie et le télétravail ont eu un effet direct sur les revenus de stationnement à Montréal. Entre 2019 et 2020, les revenus liés aux places de stationnement tarifés ont diminué de près de la moitié, indique le rapport annuel de l’Agence de mobilité durable, la société paramunicipale qui a pris la relève de Stationnement de Montréal l’an dernier.

« C’est l’effet de la pandémie. Il y a eu une période de gratuité du stationnement qui a été accordée au moment du confinement et à l’occasion des Fêtes pour favoriser la reprise d’activités au centre-ville. Mais le principal enjeu, c’est la diminution des personnes qui ont utilisé les places de stationnement tarifées pendant la pandémie [en raison du télétravail] », admet Laurent Chevrot, directeur général de l’agence.

Ainsi, en 2020, les revenus de stationnement de rue se sont limités à 33,1 millions $, contre 60,1 millions l’année précédente. Quant aux stationnements hors rue, ils ont rapporté 3,7 millions, comparativement à 6,6 millions en 2019.

Laurent Chevrot soutient qu’au cours de l’année 2021, les revenus ont recommencé à grimper. « On n’a pas de boule de cristal, mais en 2021, on n’atteindra pas le niveau de 2019, c’est sûr. » L’agence s’attend cependant à un retour à la normale au courant de 2022.

Nouvelle agence, nouvelle philosophie

Rappelons que la Ville a ramené dans son giron la gestion du stationnement avec la création de l’Agence de mobilité durable qui a pris la relève de Stationnement de Montréal en janvier 2020. Plutôt qu’être uniquement vouée à la collecte des revenus de stationnement, l’agence vise à favoriser la mobilité urbaine dans une perspective plus globale.

Contrairement à Stationnement de Montréal, qui récoltait les revenus de stationnement et versait une redevance à la Ville, l’agence ne fait que collecter ces revenus pour la Ville. « C’était auparavant un outil de gestion des revenus essentiellement. Maintenant, la priorité, c’est que ce soit un outil de gestion de la mobilité », explique M. Chevrot. « Le stationnement est le principal levier pour la mobilité durable. C’est ce qui permet de faire un transfert modal. S’il n’y a pas de contrainte au stationnement, il n’y a pas de transfert modal. »

L’agence a aussi hérité de la gestion de la Section de l’application du règlement de stationnement (SARS) qui relevait auparavant du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM). Au cours de 2020, quelque 700 000 contraventions ont été émises, une baisse par rapport aux années précédentes qui est aussi attribuable à la pandémie, selon M. Chevrot. Au moment du confinement, la distribution de constats avait été suspendue, ce qui a accentué cette baisse. Les revenus des constats d’infraction sont directement versés à la Ville et n’apparaissent pas dans le bilan des activités de l’agence.

Tarification modulaire

L’Agence de mobilité durable avait lancé plusieurs chantiers en 2020, dont celui de la tarification modulaire qui devrait pouvoir entrer en vigueur en 2022, croit Laurent Chevrot. Ce système permettra de modifier la tarification des parcomètres en fonction de l’utilisation des places de stationnement. Ce système ne fera pas en sorte de changer en temps réel la tarification si la demande augmente, comme le faisait Uber, mais plutôt d’établir des moments dans la journée où les tarifs seraient plus élevés afin de favoriser la rotation des usagers et d’encourager un transfert modal et un changement des habitudes.

Laurent Chevrot n’est cependant pas prêt à dire que les tarifs pourraient être réduits dans les secteurs où la demande est moins forte. « Ça fait partie des réflexions », dit-il, tout en soulignant que ce constat pourrait signifier qu’il y a trop de places de stationnement dans certains secteurs.

Lecture automatisée des plaques

Plus tôt cette année, l’agence a mené un projet pilote de lecture automatisée des plaques d’immatriculation dans Rosemont afin de déterminer d’où proviennent les automobilistes et combien de temps leur véhicule demeure sur une place de stationnement. « Ça permet d’avoir un portrait de la mobilité sur certains espaces », dit M. Chevrot. Les données sont anonymisées et l’agence n’est pas en mesure d’identifier les automobilistes ni de déterminer leurs déplacements, assure-t-il. À terme, l’agence souhaite déployer ce système à l’échelle de la ville.

La surveillance des places de stationnement demeure aussi un enjeu majeur. M. Chevrot relate que lorsque la Ville a suspendu l’émission de constats d’infraction pendant le confinement d’avril 2020, l’anarchie s’est rapidement installée. « Il n’y a plus personne qui payait [les parcomètres] même si ce n’était pas gratuit et les véhicules ne bougeaient plus du tout. Au mois de mai, les arrondissements n’ont pas été capables de nettoyer les rues. Très rapidement, on nous a demandé de redonner des contraventions et immédiatement, les rues se sont libérées. Si on veut que ça marche, il faut vraiment une bonne présence », avance M. Chevrot.

En juin dernier, l’agence et la Ville avaient d’ailleurs entrepris de remorquer systématiquement les véhicules qui étaient stationnés illégalement dans les zones de débarcadères réservées aux personnes à mobilité réduite, ce qui a eu un effet immédiat pour libérer ces espaces, soutient M. Chevrot.

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