CPE: nouveau casse-tête logistique, nouvel élan solidaire

Des parents réitèrent leur soutien aux employées du réseau.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Des parents réitèrent leur soutien aux employées du réseau.

À l’amorce d’un nouveau blitz de grèves dans les centres de la petite enfance (CPE), des parents réitèrent leur soutien aux employées du réseau. Si plusieurs ont dû composer avec les difficultés logistiques qu’ont entraînées les débrayages depuis le mois dernier, ils se montrent toujours solidaires des revendications des éducatrices pour de meilleures conditions de travail.

Patrick Bossé a deux enfants qui fréquentent un CPE du quartier Petite-Patrie, à Montréal. Lors des journées de grève, il se partage la garde avec sa conjointe en fonction de leurs horaires respectifs. « C’est une logistique assez complexe », explique ce père de famille, qui se trouve chanceux de pouvoir également compter sur un « bon filet familial » qui prend la relève lorsque c’est possible.

Avec un garçon de trois ans et demi et une fille d’un an à la maison, M. Bossé constate qu’il est « à peu près impossible » de travailler, sauf pendant la sieste. « On réussit à attraper un courriel par-ci, un appel par-là, mais c’est un travail à temps plein de divertir les enfants. »

Heureusement, à titre de travailleur autonome, il peut se permettre d’ajuster son horaire en conséquence. Et sa conjointe n’a pas encore eu besoin de puiser dans sa banque de congés. « C’est une bonne chose, parce que ne sachant pas jusqu’à quand le conflit peut durer, on aura encore une carte cachée dans notre jeu ! »

En attendant, il tente de voir le côté positif : « Ça me permet de passer du temps de qualité avec mes enfants. »

Vent de solidarité

 

Joëlle Bernard-Hamel, elle, vient tout juste de commencer un congé de maternité. Elle a un garçon de trois ans au CPE et attend un deuxième enfant pour le début décembre. « Ça tombe quand même bien, même si j’ai moins de capacités physiques », laisse tomber l’infirmière au téléphone.

Elle a vécu son lot de stress lors des dernières journées de grève le mois dernier, car elle habite à Sherbrooke, et ses parents, à Montréal. Ces derniers ont « dépanné » dans les dernières semaines, mais elle a néanmoins dû prendre des congés à ses frais et faire des « contorsions d’horaire ».

Elle parle d’un « vent de solidarité envers les éducatrices » et estime qu’il est nécessaire de se « serrer les coudes », car selon elle, « la solution à la pénurie de places en service de garde passe par de meilleures conditions de travail ».

Lundi, au premier jour des débrayages tenus cette semaine par la Centrale des syndicats du Québec, la Confédération des syndicats nationaux et la Fédération des travailleurs du Québec, les négociations entre Québec et les syndicats achoppaient sur la rémunération des employés autres que les éducatrices. La présidente du Conseil du trésor, Sonia LeBel, a fait valoir que le gouvernement n’avait pas les moyens de financer une hausse de salaire générale dans les CPE, tandis que les syndicats ont maintenu le contraire, avançant qu’avec l’aide compensatoire du fédéral à hauteur de six milliards de dollars, Québec pouvait se le permettre.

« Pas évident »

Marie Simon, mère d’un garçon de quatre ans et d’un bébé de cinq mois, réaffirme elle aussi son appui aux employées du réseau. « Je soutiens à 100 % les éducatrices de notre CPE, qui s’occupent de façon admirable de nos enfants, mais après, ce n’est pas forcément simple dans le quotidien. »

En congé de maternité elle aussi, elle tente de stimuler au maximum ses deux enfants, qui n’ont pas du tout le même rythme. « Mon combat quotidien, c’est de leur faire faire la sieste tous les deux en même temps ! » avoue-t-elle en riant.

Elle prend les choses « un jour à la fois » et espère que le gouvernement va proposer de meilleures conditions de travail aux éducatrices. Mais comme tout le monde, elle a hâte que la situation se règle, pour les parents et les éducatrices.

Kate Monfrette jongle elle aussi avec une « logistique compliquée » pour la garde de ses deux enfants. « Ce n’est pas évident pour personne, mais personne n’en veut aux éducatrices. Nous avons tous réalisé que nous sommes complètement paralysés sans elles. »

Elle se questionne sur le fait que dans notre société, on accepte de payer plus cher l’homme qui vient faire des travaux à la maison que la femme qui s’occupe de nos enfants au quotidien. Et comme tant d’autres, elle fait preuve de solidarité et prend son mal en patience. « On a vu pire pendant la pandémie ! » résume-t-elle.

À voir en vidéo