Un marathon sur le profilage racial à Montréal

Lors de la première édition, 51 victimes de profilage racial ont livré un témoignage et un nombre tout aussi important est attendu cette année.
Photo: Valérian Mazataud Archives Le Devoir Lors de la première édition, 51 victimes de profilage racial ont livré un témoignage et un nombre tout aussi important est attendu cette année.

C’est dans un contexte de « multiplication » des cas de profilage racial, à Montréal comme ailleurs, que s'est tenu ce samedi un marathon de douze heures pendant lesquelles des victimes de telles bavures livreront tour à tour leur témoignage, dans l’espoir de déboulonner les mythes qui entourent encore ce phénomène.

« Je sens malheureusement qu’il y a des gens qui sont encore sceptiques, qui pensent que ce sont des personnes noires qui se plaignent pour rien. Ce sont des stéréotypes qui sont encore bien ancrés dans la population », constate l’avocat criminaliste et président de la Clinique juridique de Saint-Michel (CJSM), Fernando Belton.

C’est donc entre autres pour défaire ces mythes que la deuxième édition du marathon « Lumière sur le profilage racial » a lieu ce samedi, de 11 h à 23 h, sur les plateformes Instagram et Facebook de la CJSM, un organisme à but non lucratif qui cherche à promouvoir l’accessibilité à la justice dans le quartier Saint-Michel. Les victimes de profilage racial auront ainsi l’occasion de raconter leurs expériences afin de sensibiliser la population, mais aussi de briser leur isolement.

« L’an dernier, il y a des personnes qui sont venues et c’était la première fois qu’elles racontaient ce dont elles ont été victimes. Elles n’en avaient jamais parlé à leurs familles », confie M. Belton. « Pour certains, ça a ramené certaines plaies, c’était difficile. Mais à la fin, c’est libérateur », ajoute l’avocat, qui a lui-même été « secoué » par plusieurs des témoignages qu’il a entendus, l’an dernier.

Lors de la première édition, 51 victimes de profilage racial ont livré un témoignage et un nombre tout aussi important est attendu cette année. L’humoriste Renzel Dashington s’est d’ailleurs de nouveau porté volontaire pour animer cet événement.

Une « multiplication » des cas de profilage

Pendant ce marathon, Fernando Belton et sa collègue Nada Boumeftah, qui est vice-présidente de la CJSM, partageront de l’information juridique adressant différents thèmes associés au profilage racial, notamment en ce qui a trait aux interpellations policières. M. Belton compte d’ailleurs parmi ses clients, à titre d’avocat, de nombreuses victimes alléguées de profilage racial de la part des forces de l’ordre.

« Je vous dirais qu’en 2020, on a vu une multiplication des cas de profilage racial survenir en marge de l’ère George Floyd […] C’est inquiétant », soulève M. Belton. Le 25 mai 2020, l’Afro-Américain George Floyd avait perdu la vie sous le genou du policier Derek Chauvin, à Minneapolis. Le policier blanc a par la suite été condamné en juin dernier à une peine de 22 ans et demi de prison.

« Ce n’est pas juste une problématique qui se passe aux États-Unis, ça survient ici aussi », renchérit M. Belton. Ce dernier s’inquiète d’ailleurs de la réponse politique à la hausse du nombre de fusillades dans la métropole. Tant la Ville de Montréal et que le gouvernement du Québec ont promis d’augmenter le nombre de policiers déployés dans les rues pour s’attaquer à cet enjeu. « Éventuellement, ça fait plus de profilage, donc c’est sûr que c’est inquiétant », soulève l’avocat. Selon lui, il faut miser davantage sur la prévention du crime.

« On s’attaque aux symptômes qui sont visibles, mais pas à ceux qui sont plus profonds », estime-t-il.

Je vous dirais qu’en 2020, on a vu une multiplication des cas de profilage racial survenir en marge de l’ère George Floyd […] C’est inquiétant.

 

Will Prosper, une inspiration

Des invités spéciaux prendront aussi part à cet événement, incluant le juge retraité de la Cour suprême Louis Lebel, qui prendra part aux échanges. Une présence que salue M. Belton « parce qu’au final, c’est souvent devant les tribunaux » que sont tranchés les cas allégués de profilage racial, note-t-il. Le fait, par ailleurs, que l’invité ait siégé à la plus haute cour du Canada, « ça résonne encore plus pour nous », ajoute-t-il.

La députée de Saint-Laurent et porte-parole du Parti libéral du Québec, Marwah Rizqy, sera aussi du nombre des invités, de même que le fondateur de l’organisme Hoodstock, Will Prosper. Ce dernier, qui a été candidat de Projet Montréal à la mairie de Montréal-Nord pendant la dernière campagne municipale, est à l’origine de la création de Hoodstock, un organisme qui milite contre les inégalités systémiques.

« Je suis dans le domaine qui a rapport au profilage racial et à la lutte contre le profilage racial depuis deux ou trois ans et Will, c’est une inspiration. Il s’implique là-dedans depuis une vingtaine d’années et c’est quelqu’un dont on a beaucoup à apprendre », estime Fernando Belton.

En prévision de cet événement, la CJSM, qui offre des consultations juridiques gratuites à des résidents de Saint-Michel, a récolté 37 000 $ dans les dernières semaines grâce à une campagne de dons. Une somme de 15 000 $ a notamment été amassée grâce à un spectacle-bénéfice vendredi soir auquel les rappeurs LOUD, Karma et Lova ont entre autres pris part. La cible de la clinique juridique s’élève toutefois à 75 000 $, une somme qu’elle espère amasser d’ici au 20 décembre.

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