Dominique Ollivier, femme de défis

Dominique Ollivier ne semble pas intimidée par les défis qui l’attendent.
Photo: Adil Boukind Le Devoir Dominique Ollivier ne semble pas intimidée par les défis qui l’attendent.

Dominique Ollivier n’a pas attendu d’être assermentée pour plonger dans ses nouvelles fonctions de présidente du comité exécutif de la Ville de Montréal. Dès le lendemain de son élection, le 7 novembre dernier, elle s’est attelée à la préparation du budget de la Ville, qui devra être adopté d’ici la fin de janvier. Première femme noire à occuper cette fonction, Dominique Ollivier ne semble pas intimidée par les défis qui l’attendent.

En septembre dernier, quand Valérie Plante l’a invitée à se joindre à Projet Montréal, lui promettant du même coup d’en faire la présidente du comité exécutif, Dominique Ollivier n’était pas préparée à cette offre inattendue. Présidente de l’Office de consultation publique de Montréal (OCPM) depuis 2014, elle a pris quelques jours pour y réfléchir avant de se lancer dans l’aventure.

Deux mois plus tard, la voilà numéro 2 à la Ville, consciente de la tâche colossale qui l’attend pour les quatre prochaines années. Mais Dominique Ollivier, 57 ans, a une longue feuille de route et connaît bien l’appareil municipal. Détentrice d’une maîtrise en administration publique, elle a occupé diverses fonctions au sein de cabinets du gouvernement du Québec ainsi qu’au cabinet du chef du Bloc québécois, avant d’assumer la direction générale de l’Institut de coopération pour l’éducation des adultes (ICEA) et de devenir présidente de l’OCPM.

Femmes et diversité

 

Née en Haïti, Dominique Ollivier avait deux ans quand sa famille s’est installée à Amos, en Abitibi. Elle se réjouit de voir autant de femmes — 61 femmes sur 103 postes électifs — et de représentants des minorités accéder à l’Hôtel de Ville. « C’est vraiment un Hôtel de Ville beaucoup plus diversifié que ce à quoi on avait été habitués jusqu’à présent, souligne-t-elle. Je pense que quand on a une diversité de voix, on a moins de risques d’oublier des parties de la population et les besoins particuliers. Ça va me permettre de me concentrer sur mes dossiers. »

Car les dossiers brûlants ne manqueront pas pour elle. Outre le budget qu’il faudra boucler rapidement, le dossier de l’itinérance autochtone ne pourra attendre. Mme Ollivier doit de façon urgente trouver une solution pour le refuge pour itinérants autochtones dont, l’ouverture tarde en raison de la réglementation.

Sans oublier les enjeux de sécurité qui ont marqué les derniers mois. « Comme Montréalais, on doit tous se sentir concernés par ce dossier-là. Que ce soit réel ou perçu, il y a quand même des gens à Montréal qui commencent à avoir peur de se promener. »

Dominique Ollivier aura au moins un répit du côté des relations de travail, puisque la plupart des conventions collectives ont déjà été signées. « C’est un grand soulagement pour moi. Je pense que tout le monde commence le mandat de meilleure humeur », dit-elle, toutefois consciente qu’elle devra faire face à des crises tôt ou tard.

Un grand pas pour Montréal

 

L’ancien chef du Bloc québécois, Gilles Duceppe, croit que Dominique Ollivier saura assumer ses nouvelles responsabilités avec compétence, malgré les difficultés auxquelles fait face la métropole.

M. Duceppe avait fait la connaissance de Dominique Ollivier quand il cherchait une femme pour partager la présidence des Chantiers sur la souveraineté avec Jacques Parizeau en 2000. « On m’avait recommandé Dominique Ollivier sans me préciser de quelle origine elle était. Je lui ai parlé au téléphone. Mais quand j’ai vu cette grande femme arriver dans mon bureau, je lui ai dit : “C’est évident que vous ne venez pas de Val-d’Or, vous !” Elle m’a répondu : “Non, je viens d’Amos” », raconte-t-il en riant.

« C’est quelqu’un de pondéré, une personne de réflexion capable de prendre des décisions », avance-t-il.

Ancien maire de Rosemont–La Petite-Patrie, André Lavallée estime que Mme Ollivier fait franchir un grand pas à la Ville, comme l’avait fait avant elle Léa Cousineau. « Ce n’est pas rien que Dominique Ollivier assume ces fonctions, à la fois comme femme et comme Québécoise d’origine haïtienne. En soi, c’est un événement. » Mais plus encore, Mme Ollivier comprend l’envergure de ses responsabilités et le rôle qu’elle aura à jouer auprès de Valérie Plante, selon lui : « Si on n’avait pas eu un président du comité exécutif capable d’affronter Jean Drapeau à l’époque, on aurait eu un monorail plutôt qu’un métro à Montréal. »

Le comédien et humoriste JiCi Lauzon s’est lié d’amitié avec Dominique Ollivier il y a une quinzaine d’années quand il a travaillé pour l’ICEA. Il ne peut s’empêcher de voir des ressemblances de traits de caractère entre Mme Ollivier et son père, l’écrivain et sociologue haïtien Émile Ollivier. « Émile Ollivier voulait donner une voix aux gens qui n’en ont pas ou les mots pour s’exprimer. C’était un révolutionnaire. Par ses fonctions, à l’OCPM entre autres, Dominique voulait donner la parole à tous ceux qui devaient avoir le droit de s’exprimer. »

Il ne s’attendait cependant pas à voir son amie devenir présidente du comité exécutif. « Il y a un petit côté vertigineux à tout ça, mais elle est faite forte. Elle s’ennuie quand il n’y a pas de défis. »

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