Une sixième femme poursuit Gilbert Rozon au civil pour agression sexuelle

Les poursuites au civil contre Gilbert Rozon s’accumulent. Sophie Moreau, fille de l’humoriste Jean-Guy Moreau, accuse celui qui était considéré comme un « ami » de la famille de l’avoir harcelée et agressée sexuellement à la fin des années 1980, alors qu’elle était âgée de seulement 15 ans. Elle lui réclame 1,25 million de dollars.

« [Mme Moreau] se sent coupable de ne pas avoir eu le courage de le dénoncer plus tôt, se disant que ses révélations auraient pu sauver les victimes subséquentes [de M. Rozon] », peut-on lire dans sa requête déposée jeudi au palais de justice de Montréal.

Mme Moreau avait dénoncé M. Rozon dans la foulée du mouvement #MoiAussi, qui a déferlé en octobre 2017. Elle fait partie des neuf femmes qui ont raconté à l’époque, au Devoir ainsi qu’au 98,5 FM, les agressions qu’elles auraient subies de la part de Gilbert Rozon.

Elle devient la sixième femme à intenter individuellement une poursuite civile contre M. Rozon. Les poursuites totalisent désormais un peu plus de 9 millions de dollars.

« Je veux prendre ta virginité »

Les événements allégués se seraient produits lorsqu’elle était mineure et travaillait comme réceptionniste pour le festival Juste pour rire, en 1988 et 1989.

Dans sa requête, elle raconte avoir été agressée et harcelée pendant des représentations des spectacles de son père auxquelles assistait aussi M. Rozon en juillet 1989, au théâtre Saint-Denis. « [Gilbert Rozon] se faufile derrière elle, la touche sans son consentement, glisse ses mains sur son corps, l’agrippe et s’acharne, lui disant tantôt “embrasse-moi”, tantôt “je veux prendre ta virginité”, ajoutant qu’il serait “doux” », peut-on lire.

Ce même été, M. Rozon lui aurait aussi agrippé une fesse lorsqu’il l’a croisée dans un escalier des bureaux de Juste pour rire.

Photo: Jacques Nadeau (Archives) Le Devoir Sophie Moreau (en avant-plan sur cette photo) était aussi une des membres des Courageuses, ce regroupement d’une vingtaine de femmes affirmant avoir été agressées par Gilbert Rozon.

Mme Moreau décrit également l’impuissance qu’elle a ressentie lors d’une soirée où M. Rozon aurait proposé à son père de la reconduire. « À l’arrière de la limousine, [M. Rozon] met sa main sur [sa] cuisse et lui répète qu’il veut “prendre sa virginité” », peut-on lire.

Elle décrit s’être sentie « petite », avoir eu peur, mais avoir trouvé le courage de refuser ses avances jusqu’à son arrivée à destination.

Mme Moreau décrit également un événement survenu l’année précédente : M. Rozon aurait tenté de l’embrasser pour la première fois lors d’un spectacle de l’humoriste français Alex Métayer à la Place des Arts. M. Rozon, qui était âgé de 33 ans au moment des événements allégués, aurait prétexté qu’ils iraient à l’arrière-scène, mais l’aurait plutôt amenée dans une pièce sombre.

« Mme Moreau fige. Elle est sous le choc et ressent un profond malaise. Elle refuse de l’embrasser. Devant ce refus, [M. Rozon] relâche son étreinte et se met à rire. »

Mme Moreau souligne s’être ouverte à quelques proches sur les agressions alléguées. Elle explique également avoir toutefois longtemps évité de trop en parler par peur des conséquences que ses aveux pourraient avoir sur la carrière de son père.

Quelques années avant le décès de son père, survenu en 2012, Mme Moreau lui a révélé avoir été agressée par celui qu’il considérait comme un ami. Depuis, elle a dû prendre des médicaments, car il lui arrive de vivre d’importants épisodes d’insomnie.

Elle s’est aussi tue, car elle a appris au courant de l’été 1989 que sa sœur, aussi mineure, entretenait « une relation » avec M. Rozon.

« Elle comprend que [M. Rozon] a tenté, au courant de l’été 1989, d’attraper dans son filet deux sœurs mineures d’une même famille dont le père est son “ami” », est-il écrit dans le document de cour.

M. Rozon n’a pas souhaité commenter cette sixième poursuite.

Plainte rejetée

 

Mme Moreau fait partie des 14 femmes qui ont porté plainte à la police dans la foulée du mouvement #MoiAussi, en octobre 2017. Sa plainte a été rejetée par le Directeur des poursuites criminelles et pénales un an plus tard.

Elle était aussi une des membres des Courageuses, ce regroupement d’une vingtaine de femmes affirmant avoir été agressées par Gilbert Rozon entre 1982 et 2016. La force du nombre n’a cependant pas réussi à ébranler les colonnes de la justice : la Cour suprême a rejeté en novembre dernier leur requête d’appel, ce qui a mis fin à leur démarche.

Elle a depuis entrepris une thérapie en psychologie pour « l’aider à faire face aux agissements de [M. Rozon] ».

Gilbert Rozon a, de son côté, nié avoir agressé sexuellement les cinq autres femmes ayant déposé des poursuites, soit la comédienne Patricia Tulasne, la réalisatrice Lyne Charlebois, l’artiste Danie Frenette, la plaignante Annick Charette ainsi qu’Anne-Marie Charette.

Il poursuit à son tour pour 150 000 $ Patricia Tulasne, soutenant avoir eu une relation intime « passionnelle » et « consentante » avec elle. Il a également intenté en octobre 2020 une poursuite en diffamation de 450 000 $ contre les animatrices Julie Snyder et Pénélope McQuade, qui sont toutes deux revenues, à l’émission La semaine des 4 Julie, sur ce qu’elles ont vécu.

Le fondateur de Juste pour rire a été acquitté en décembre dernier au terme de son procès criminel pour le viol allégué d’Annick Charette. Le procès se penchait sur des événements survenus il y a 40 ans à Saint-Sauveur, dans les Laurentides.

À voir en vidéo