Le syndicalisme, acteur de changement social

Raphaëlle Ritchot
Collaboration spéciale
En septembre 2019, l'APPM avait libéré ses membres pour qu’ils puissent prendre part à une marche de grève pour le climat, où près d'un demi-million de personnes avaient défilé dans les rues de Montréal, guidées par la militante Greta Thunberg.
Photo: Jacques Nadeau Archives Le Devoir En septembre 2019, l'APPM avait libéré ses membres pour qu’ils puissent prendre part à une marche de grève pour le climat, où près d'un demi-million de personnes avaient défilé dans les rues de Montréal, guidées par la militante Greta Thunberg.

Ce texte fait partie du cahier spécial Syndicalisme

Malgré les mutations qu’il a connues depuis une trentaine d’années, le syndicalisme demeure un acteur incontournable du changement social, croit la présidente de l’Alliance des professeures et professeurs de Montréal (APPM), Catherine Beauvais-St-Pierre. Qu’il s’agisse d’urgence climatique, de diversité ou des enjeux LGBTQ, elle estime que le syndicat doit prendre position et faire de la sensibilisation sur ces sujets auprès de ses membres et de ses délégués.

« Comme syndicat, nous avons bien sûr une responsabilité sociale. Mais ce n’est pas que cela. Car il y a des liens à faire entre les enjeux sociopolitiques que sont les questions liées à la diversité ou encore l’urgence climatique et la réalité vécue par les professeurs, explique Mme Beauvais-St-Pierre. On se bat pour que les conditions de travail de nos membres soient meilleures, mais cela ne s’oppose pas à la lutte pour des changements sociaux. Ça se complète, même. »

Selon la syndicaliste, ce double rôle du syndicat va de soi. La lourdeur de la tâche des enseignants montréalais est très souvent liée à des facteurs sociaux. Pensons aux élèves issus de milieux défavorisés, aux enfants qui ne mangent pas à leur faim avant de venir à l’école ou encore aux élèves qui vivent à beaucoup dans de petits appartements dans lesquels étudier ou même dormir n’est pas l’idéal.

« La réalité, c’est qu’on vit dans une société où il y a des inégalités sociales, mais ce n’est pas juste une bataille sociale, c’est une bataille qui a un impact sur ces enfants qui viennent à l’école, et cela fait que la tâche des enseignants est différente, et en est encore plus lourde. Quand on parle de l’épuisement des professeurs, ce genre de facteurs vient y contribuer », précise la présidente.

L’APPM compte également plusieurs comités sur différents enjeux, dont la condition des femmes, la diversité et l’identité (LGBTA), les réalités des personnes autochtones et racisées. Ces comités ont pour mandat de réfléchir à certaines problématiques et de formuler des recommandations au besoin.

« Les membres qui siègent à ce comité [réalités des personnes autochtones et racisées] ont la responsabilité d’amorcer une réflexion sur ce que vivent les différents groupes culturels à travers la profession enseignante, et ainsi faire évoluer les mentalités au sein de la société en général », peut-on lire, par exemple, sur le site Web de l’Alliance.

« Notre défi, c’est de rendre les comités plus perméables au reste des membres. C’est donc de savoir comment on peut faire davantage rayonner ce qui se passe dans ces comités pour que ça ait un impact sur les membres », indique Mme Beauvais-St-Pierre.

Projet de loi 2

 

La présidente de l’Alliance explique que le rôle du syndicat est non seulement de sensibiliser les membres à certains sujets, mais également de les mettre en action sur ces enjeux. Elle donne en exemple l’invitation du syndicat à signer une pétition contre le projet de loi 2 sur l’identité de genre du gouvernement caquiste.

« Encore une fois, c’est un enjeu social qui touche certains de nos membres, mais nous avons aussi des élèves trans. Les professeurs vivent avec cette réalité et doivent contribuer à l’intégration de ces élèves. On sait que, chez les personnes issues de la communauté trans, il y a un taux de suicide plus élevé, et nous avons donc envie de jouer un rôle plus large d’acteur de changements sociaux à ce niveau », explique-t-elle.

L’Alliance a donc pris position contre le projet de loi dans son dernier bulletin d’information syndicale.

Environnement et écoanxiété

 

« Des enjeux comme l’environnement, c’est plus facile de se positionner très fermement, poursuit Catherine Beauvais-St-Pierre. Même si cela n’intéresse pas tout le monde dans les mêmes proportions, ce sont rarement des enjeux qui divisent. »

Elle souligne les conséquences directes des canicules, qui sont de plus en plus fréquentes et qui ont lieu de plus en plus tôt, sur le travail des enseignants. Elle dénonce le fait que les écoles montréalaises soient très rarement climatisées et que les élèves se retrouvent trop souvent dans des conditions qui ne sont pas idéales pour passer leurs examens du ministère en fin d’année scolaire.

« On voit aussi qu’on a des élèves qui vivent de plus en plus d’écoanxiété. Les professeurs peuvent les rassurer en montrant qu’ils sont sensibilisés et qu’ils croient que l’on a tous un rôle à jouer pour éviter la catastrophe. Ce sont des personnes influentes dans la vie de ces jeunes », affirme-t-elle.

Le syndicat a récemment participé à une manifestation pour le climat et avait, entre autres, libéré ses membres pour qu’ils puissent prendre part à celle de septembre 2019, quand la militante suédoise Greta Thunberg était à Montréal.

Si pour certains membres, le syndicat doit se recentrer autour des activités de négociation collective, la présidente affirme que son organisme doit aussi continuer à agir comme mouvement social, tout en défendant les conditions de travail de ses membres.

Car la valeur première des syndicats, « c’est avant tout la solidarité », conclut-elle. 

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