Contre-interrogatoire de la belle-mère de la «fillette de Granby»: pourquoi ne pas l’avoir détachée?

Par ses questions, le procureur a tenté de montrer que l’accusée était à bout de nerfs et complètement exaspérée par la fillette en ce jour sombre d’avril 2019.
Photo: Paul Chiasson Archives La Presse canadienne Par ses questions, le procureur a tenté de montrer que l’accusée était à bout de nerfs et complètement exaspérée par la fillette en ce jour sombre d’avril 2019.

En contre-interrogeant la belle-mère de la « fillette de Granby » mardi, le procureur de la Couronne a tenté de faire ressortir toutes les occasions qu’elle a eues d’enlever le ruban adhésif qui entourait l’enfant, au lieu d’en rajouter.

La femme de 38 ans est accusée de la séquestration et du meurtre de l’enfant de sept ans.

En présentant documents, textos et témoignages en preuve, la Couronne veut démontrer que l’accusée a entouré la fillette de ruban adhésif le 29 avril 2019, ce qui a causé sa mort.

L’accusée a témoigné lundi pour se défendre de ces accusations, expliquant que, lorsqu’elle a ajouté du ruban adhésif sur la fillette, il y en avait déjà qui avait été apposé par une personne qui ne peut être nommée. Elle a aussi soutenu que la fillette avait été immobilisée de la sorte en raison de ses tentatives de se sauver par la fenêtre de sa chambre, la nuit précédant le drame — dont une qui a réussi. Le but était aussi que les meubles empilés par la suite pour bloquer sa fenêtre ne lui tombent dessus et ne la blessent. L’accusée maintient qu’elle n’a pas mis de ruban sur le nez ou la bouche de l’enfant.

Le procureur de la Couronne, Me Claude Robitaille, s’est attaqué à ses prétentions en la bombardant de questions. Si vous aviez peur qu’un meuble ne lui tombe dessus, pourquoi ne pas l’avoir sortie de sa chambre et vous être occupée d’elle ? a-t-il demandé.

« Je suis tout à fait d’accord avec vous. Mais à ce moment-là, c’est extrême. Ce n’est pas une bonne décision, je l’admets », a répondu l’accusée, dont le témoignage était entrecoupé de sanglots. Dans son esprit, la fillette était en sécurité dans sa chambre.

Et pendant que la femme explique ne plus savoir quoi faire avec l’enfant en crise, l’avocat la talonne : pourquoi ne pas avoir demandé de l’aide ? Pourquoi ne pas avoir pris le téléphone, si la situation était hors de contrôle, au lieu de retourner regarder un film ?

« Je me le demande toujours… » La femme a répété à maintes reprises, et sans jamais s’énerver, que la solution qui lui apparaissait dans l’immédiat était d’attendre l’après-midi, quand la fillette devait être vue par une pédopsychiatre.

« C’était la seule solution sur le moment. Je ne savais plus quoi faire. Je ne pensais pas qu’elle allait mourir. » « Vous auriez pu la détacher. » « Je sais, j’y pense, j’y pense… tout le temps ».

Des interdits de publication empêchent les médias de rapporter certains témoignages tout comme l’identité de certaines personnes impliquées dans cette affaire.

Au bout du rouleau

 

Par ses questions, le procureur a tenté de montrer que l’accusée était à bout de nerfs et complètement exaspérée par la fillette en cette fin du mois d’avril 2019. Mais la belle-mère a résisté : si elle admet avoir été fatiguée — « c’est difficile, c’est à tous les jours » —, elle a aussi souligné avoir eu de l’aide de sa famille, de ses amis et un soutien assez constant de la Direction de la protection de la jeunesse (DPJ), non seulement financier, mais aussi en conseils d’experts pour prendre soin de la fillette — et des deux autres enfants. Selon son témoignage, tout le monde cherchait des solutions pour la petite fille qui faisait de graves crises, se mutilait et avait des comportements dérangeants au point de se faire renvoyer de l’école.

C’est alors que l’accusée a dû en prendre soin à temps plein : la tâche est alors devenue plus lourde et elle a pris conscience de l’ampleur de ses problèmes de comportement.

Elle était d’accord pour lui faire l’école à la maison : « C’est ma petite », mais… « je ne m’attends pas que l’école renvoie […] Que la DPJ disparaisse comme ça […] J’étais toute seule, c’est sûr que je suis fatiguée… y’avait plus personne autour ». « Je faisais mon possible, je ne suis pas parfaite. »

Le procureur l’a aussi interpellée sur la fuite de l’enfant, complètement nue, en pleine nuit. Quand celle-ci a été ramenée à la maison, l’accusée s’est occupée d’aller remettre au lit un autre enfant et a laissé la fillette sans vêtements dans la cuisine plutôt que de l’habiller alors qu’il faisait froid en cette nuit d’avril.

Lorsque Me Robitaille a déclaré son contre-interrogatoire terminé, l’accusée s’est immédiatement adressée aux 14 jurés : « Merci de m’avoir écoutée. Je suis désolée. Je l’aime encore, elle me manque. Je m’excuse… tellement. »

Le procès reprend mercredi matin.

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