Manifestation devant le siège social d’Air Canada pour réclamer la démission de Michael Rousseau

Plusieurs manifestants ont bravé la pluie samedi pour réclamer la démission de Michael Rousseau devant le siège social d'Air Canada, dans l'arrondissement de Saint-Laurent.
Photo: Zacharie Goudreault Le Devoir Plusieurs manifestants ont bravé la pluie samedi pour réclamer la démission de Michael Rousseau devant le siège social d'Air Canada, dans l'arrondissement de Saint-Laurent.

Malgré la pluie battante, une centaine de personnes ont manifesté bruyamment samedi après-midi devant le siège social d’Air Canada, dans l’arrondissement de Saint-Laurent, afin de réclamer la démission du président-directeur général de l’entreprise, Michael Rousseau.

« Il ne faut pas avoir peur de se mouiller pour défendre le français », a lancé à la blague au Devoir la présidente générale de la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal, Marie-Anne Alepin, au terme de cette manifestation, tenue à l’initiative de son organisme dans une ambiance festive. « Ce qu’on demande, c’est de nous respecter », ajoute-t-elle au sujet d’Air Canada, qui se décrit comme une entreprise bilingue.

La piètre maîtrise de la langue de Molière par le dirigeant du plus important transporteur aérien au pays continue de faire de nombreux mécontents. Le 3 novembre, M. Rousseau a livré un discours presque entièrement en anglais devant la Chambre de commerce du Montréal métropolitain.

« J’ai toujours pu vivre à Montréal sans parler français et je pense que c’est à l’honneur de la ville de Montréal », a-t-il ensuite déclaré aux médias. L’homme, qui demeure depuis 14 ans au Québec, a également fait valoir que son horaire de travail chargé ne lui donne pas le temps d’apprendre le français, des propos qui ont immédiatement soulevé l’ire de la classe politique québécoise. Le PDG s’est excusé par la suite.

« C’est inacceptable des situations comme ça. Il faut que ça cesse », a martelé samedi, en entrevue au Devoir, le député de Québec solidaire Alexandre Leduc. L’élu montréalais estime que M. Rousseau est devenu dans les dernières semaines un « symbole de cette ancienne caste de dirigeants anglophones » qui ne maîtrisent toujours pas le français. « C’est aussi stupide qu’insultant », lance pour sa part André Synnott, un manifestant.

Plusieurs anciens dirigeants d’Air Canada ne maîtrisaient d’ailleurs pas le français mieux que Michael Rousseau, à l’exception de son prédécesseur immédiat, Calin Rovinescu, qui avait une excellente maîtrise de cette langue. Celui-ci a été en poste de 2009 au mois de février dernier.

Le tollé qu’a soulevé cette affaire semble déjà porté ses fruits, ont d’ailleurs souligné des manifestants rencontrés sur place samedi. Ceux-ci faisaient alors référence à la décision prise vendredi par le grand patron de SNC-Lavalin, Ian Edwards, qui a décidé de reporter à une date indéterminée un discours uniquement en anglais qu’il devait prononcer lundi prochain devant le Cercle canadien de Montréal.

« M. Rousseau, c’est seulement la pointe de l’iceberg », constate ainsi Mme Alepin.

Démission réclamée

Un parapluie à la main, un drapeau du Québec ou une pancarte dans l’autre, les manifestants ont assisté à une série de discours de la part notamment d’élus notamment du Bloc québécois et de Québec solidaire, mais aussi de militants pour la défense de la langue française. Tour à tour, ceux-ci ont réclamé – en plus de l’indépendance du Québec – que Michael Rousseau soit forcé de démissionner, du moins jusqu’à ce qu’il ait fini d’apprendre à maîtriser le français, comme il s’est engagé à le faire cette semaine, après avoir fait l’objet de plus de 2000 plaintes déposées auprès du Commissariat aux langues officielles, un record.

« Le conseil d’administration doit faire ce qu’il faut. Oui, des cours de français, c’est bien, mais une langue, ça ne s’apprend pas en claquant des doigts. Il devrait peut-être prendre un temps, avoir un intérim à la tête le temps de faire ce qu’il faut », fait valoir Mme Alepin. « M. Rousseau, à la lumière du tollé qu’il a lui-même créé, devrait réfléchir à sa propre démission », estime également la présidente du Comité national des jeunes du Parti québécois, Marie-Laurence Desgagné.

Le premier ministre du Québec, François Legault, a lui aussi fait part de son indignation dans les derniers jours concernant les propos tenus par Michael Rousseau. Il n’est toutefois pas allé jusqu’à réclamer sa démission, en laissant plutôt savoir que cette décision « appartient au conseil d’administration » d’Air Canada.

Mme Alepin espère d’autre part que le projet de loi 96 sur la protection de la langue française, lorsqu’il entrera en vigueur, sera appliqué de façon assidue aux entreprises aux entreprises sous autorité fédérale, comme Air Canada. Des manifestants envisagent pour leur part de cesser d’acheter leurs billets d’avion auprès de cette entreprise. C’est notamment le cas d’André Synnott.

« Ce sera tout, sauf Air Canada, même si on doit payer plus cher », a-t-il laissé tomber, en référence au voyage en Allemagne qu’il entend effectuer prochainement.

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