Joliette adopte un plan de réconciliation, loin des communautés autochtones

L’indignation suscitée par le décès de Joyce Echaquan a déclenché une réflexion dans la municipalité.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir L’indignation suscitée par le décès de Joyce Echaquan a déclenché une réflexion dans la municipalité.

Le conseil municipal de Joliette a adopté début octobre un plan contenant des dizaines de mesures pour s’attaquer au racisme et à la discrimination dont sont victimes les Autochtones. La communauté s’explique toutefois mal pourquoi elle n’a pas été impliquée dans la conception du plan, qui est tout de même accueilli positivement.

« C’est un enjeu qui date. On sait qu’il y a du racisme et des problèmes en ce qui concerne le vivre-ensemble à Joliette, comme dans l’ensemble de la région de Lanaudière », dit au Devoir le maire, Pierre-Luc Bellerose, qui a été élu par acclamation en remplacement d’Alain Beaudry, qui ne s’est pas représenté.

Le « Plan de réconciliation avec la communauté autochtone », dont Le Devoir a obtenu une copie grâce à la Loi sur l’accès à l’information, contient sept « actions » déclinées en 44 « activités ». Ces « actions » sont inspirées notamment des recommandations contenues dans le rapport de la commission Viens déposé il y a quelques années, après une enquête sur les relations entre les Autochtones et certains services publics au Québec. S’il a été élaboré et adopté sous l’ancienne administration, le nouveau maire veut y donner suite. « Pour moi, ça fait partiedes priorités de mon mandat à la mairie de Joliette », assure-t-il.

La directrice du Centre d’amitié autochtone de Lanaudière (CAAL) comprend toutefois difficilement comment un plan d’action pour la réconciliation avec la communauté autochtone peut être conçu sans l’apport des membres des Premières Nations.

« Ils nous ont informés de leur plan d’action, mais ils ne nous ont pas consultés. C’est très différent comme façon de faire », souligne Jennifer Brazeau, qui dit vouloir bâtir une relation collaborative, d’égal à égal, avec les interlocuteurs de la Ville de Joliette.

Photo: Paul Chiasson La Presse canadienne La directrice du Centre d’amitié autochtone de Lanaudière, Jennifer Brazeau

« Ça démontre leur volonté [de construire des ponts]. Je vois l’ouverture et je trouve ça positif, mais pour les façons de faire, il faudrait qu’on se parle. Moi, je me vois mal faire un plan d’action qui implique la Ville sans leur demander s’ils sont prêts à participer, dit-elle. Je trouve ça troublant. »

« Nous avons lu le document, mais nous n’avons pas été consultés. Nous aurions bien aimé participer aux réflexions, ajoute Sipi Flamand, vice-chef du Conseil des Atikamekw de Manawan. Mais nous trouvons que c’est un bon plan. Quoique, avec l’implication de Manawan, on aurait été un peu plus loin. »

Contacté par Le Devoir, l’ancien maire Alain Beaudry pense de son côté avoir consulté la communauté. « Avant de l’adopter, on l’a proposé aux gens du coin chez nous, nous leur avons envoyé le document pour avoir leurs commentaires. Ils ont été consultés », maintient-il.

L’indignation suscitée par le décès de Joyce Echaquan, sous les insultes et les propos racistes à l’hôpital de Joliette, a déclenché une réflexion dans la municipalité. Alain Beaudry avait fait réagir quand il avait déclaré, dans les pages du Devoir il y a un an, qu’il ne voulait pas mettre la question du racisme à l’ordre du jour à l’Hôtel de Ville, affirmant qu’aucun « problème majeur » ne lui « sau[tait] aux yeux ». Il avait ensuite rectifié le tir et présenté ses excuses, ajoutant avoir été secoué par les témoignages et que des actions concrètes devaient être entreprises.

Il a indiqué avoir depuis pris connaissance du rapport Viens. « Nous nous sommes dit qu’il y avait des choses à améliorer de notre côté. Les gens se demandaient pourquoi on n’avait pas réagi à ça plus rapidement », dit-il, tout en insistant sur le fait que le drame s’est produit dans la ville voisine, à Saint-Charles-Borromée.

Rencontres prévues

Dans la batterie de mesures contenues dans le plan, la communauté est particulièrement sensible à la volonté de mettre en place une campagne pour contrer le racisme et la discrimination en matière de logement. « Dans les dernières années, nous avons eu à Joliette beaucoup de problèmes avec les propriétaires de logements », mentionne Sipi Flamand. Il appuie également la proposition d’installer des kiosques dans les parcs municipaux pour faire connaître la communauté.

Joliette veut sensibiliser la population aux réalités autochtones, mettre en place des formations et augmenter la représentation autochtone dans les services offerts par la Ville. « Il y a beaucoup de pédagogie à faire, reconnaît le maire Bellerose. De là l’importance de la réconciliation et de s’organiser pour qu’il y ait des activités communes et qu’on apprenne à se connaître. » « Il y a beaucoup de préjugés que je vois depuis mon enfance », ajoute-t-il.

Le document propose également de ne plus emprisonner les personnes vulnérables et en situation d’itinérance quand elles ne paient pas leurs amendes liées à des infractions municipales. La possibilité de traduire en anglais et en atikamekw certains des éléments d’information municipale sera également analysée.

La directrice du CAAL — dont les activités sont basées à Joliette — se dit prête à travailler avec le nouveau maire. Une rencontre est prévue en décembre. « Avant tout, il va falloir qu’on détermine quel genre de relation on veut bâtir ensemble. C’est important d’avoir une relation de confiance si on veut devenir des partenaires », souligne Jennifer Brazeau.

Le nouveau maire compte de son côté consulter les nouveaux élus et assure vouloir impliquer tout le monde. « On veut bonifier le plan et travailler en collaboration avec les différents intervenants », dit-il. Une approche que la communauté de Manawan accueille positivement. « Nous sommes ouverts à rencontrer le nouveau maire », dit Sipi Flamand.

Avec Magdaline Boutros

Des logements temporaires pour les Autochtones

Pour contrer les difficultés de logement à Joliette, le Centre d’amitié autochtone de Lanaudière souhaite développer son propre projet d’infrastructure dans le but d’offrir des logements temporaires abordables aux Autochtones. Selon le projet actuellement sur la table à dessin, 19 appartements seraient construits pour offrir un logement de transition aux Autochtones ou pour héberger des patients autochtones de passage à Joliette pour recevoir des soins de santé.

 

À voir en vidéo