Baptême officiel de l’Université de l’Ontario français à Toronto

Au centre, Dyane Adam. À sa gauche, la ministre des Langues officielles du Canada, Ginette Petitpas-Taylor (masque acadien) et la ministre des Affaires francophones, Caroline Mulroney.
Photo: Étienne Lajoie Au centre, Dyane Adam. À sa gauche, la ministre des Langues officielles du Canada, Ginette Petitpas-Taylor (masque acadien) et la ministre des Affaires francophones, Caroline Mulroney.

Trois ans presque jour pour jour après que sa création eut été mise au rancart par le gouvernement progressiste-conservateur de Doug Ford, l’Université de l’Ontario français a officiellement été inaugurée vendredi au centre-ville de Toronto. Un moment « historique », selon la ministre des Langues officielles du Canada, Ginette Petitpas-Taylor, et la ministre des Collèges et universités de l’Ontario, Jill Dunlop, pour ce projet qui a connu des débuts houleux.

Présente à l’inauguration avec ses deux homologues, la ministre des Affaires francophones, Caroline Mulroney, a remercié au nom de la province Dyane Adam, instigatrice du projet, pour avoir navigué une telle période.

Historien de formation, le recteur Pierre Ouellette a pesé ses mots en décrivant, lui aussi, le moment d’historique. « Le défi de faire avancer l’Ontario français doit nous occuper au quotidien » a-t-il mentionné. La présence de l’université est d’autant plus importante vu l’objectif du gouvernement provincial d’augmenter la main-d’œuvre francophone en Ontario.

En enchâssant la semaine dernière l’offre active — la notion selon laquelle les services en français devraient être offerts proactivement — dans le cadre de la réforme de la Loi sur les services en français, la province devra recruter davantage d’Ontariens bilingues et qualifiés.

« Je souhaite de grands succès à l’université dans sa formation de main-d’œuvre bilingue » a noté la commissaire aux services en français Kelly Burke dans une vidéo. « Les employeurs font face à des défis lorsqu’ils veulent recruter des personnes compétentes qui parlent français » a affirmé pour sa part la ministre Dunlop.

La mission culturelle de la communauté franco-ontarienne d’obtenir un établissement postsecondaire par et pour les francophones et celle économique de la province vont « main dans la main » pense Carol Jolin, président de l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario. Bientôt, quatre francophones sur dix en Ontario habiteront le centre et le sud-ouest de la province : d’autres francophones devront être là pour répondre à la demande de services. Mais l’université ne veut pas seulement offrir des programmes répondant à des besoins économiques spécifiques, a expliqué au Devoir Pierre Ouellette, qui a souligné la contribution des diplômés de l’Université Laurentienne dans le milieu culturel francophone de Sudbury.

Trois ans après les manifestations

 

À la fin du mois de novembre 2018, des milliers de Franco-Ontariens ont foulé les rues pour manifester leur mécontentement face à la décision de la province d’annuler le projet de l’université. « Si seulement 200 ou 300 personnes étaient sorties, ce serait terminé » suggère Carol Jolin. Le mouvement populaire aura eu un impact, dit-il. « En novembre 2018, notre gouvernement a fait la promesse d’être de votre côté jusqu’à temps que le projet voie le jour » a souligné la ministre Petitpas-Taylor dans son discours.

La formation même de l’université est d’ailleurs directement liée à l’entente signée par les gouvernements fédéraux et provinciaux en septembre 2019. Le fédéral a alors accepté de financer à la hauteur de 50 % le coût total de la réalisation du projet. Ottawa s’est alors engagé à financer les quatre premières années, au cours de 63 millions de dollars. La ministre des Langues officielles a salué le travail de sa prédécesseure, Mélanie Joly, lors d’un entretien avec Le Devoir. Cette dernière, dit la nouvelle ministre, a travaillé d’« arrache-pied » pour réaliser le projet. « On ne voulait pas donner une excuse à la province de ne pas collaborer » affirme la ministre Petitpas-Taylor.

Plus de recrutement

 

Pour l’instant, c’est grâce à un groupe d’étudiants majoritairement étrangers que l’université fait valoir la francophonie. Près de trois étudiants sur quatre sont internationaux à la rentrée. « Je tiens à saluer votre courage et votre confiance » a déclaré Dyane Adam, présidente du conseil de gouvernance de l’université.

Rosy Toutsop, originaire du Cameroun, est du nombre. Étudiante au baccalauréat en études d’environnements urbains, elle veut faire partie des personnes qui trouveront des solutions aux grands enjeux de l’époque, comme les changements climatiques. Son camarade de classe, Vital Kasongo, attendait une université francophone à Toronto depuis son arrivée dans la Ville Reine il y a 20 ans. Ses études lui permettront de faire des avancées professionnelles, dit-il.

L’université pense déjà à l’année prochaine. Ses recruteurs sont présents dans une dizaine d’écoles, a décrit Pierre Ouellette. L’établissement pourrait même potentiellement offrir un programme en éducation dès septembre 2022, un domaine où les besoins francophones sont importants.

Ce reportage bénéficie du soutien de l’Initiative de journalisme local, financée par le gouvernement du Canada.

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