La philanthropie pour l’essor de l’université et de la société

Miriane Demers-Lemay
Collaboration spéciale
«Cette culture de grande philanthropie est en croissance, mais elle est encore loin de ce qu’on trouve dans d’autres modèles au Canada anglais ou aux États-Unis», fait valoir le recteur de l’Université de Montréal, Daniel Jutras.
Photo: Université de Montréal «Cette culture de grande philanthropie est en croissance, mais elle est encore loin de ce qu’on trouve dans d’autres modèles au Canada anglais ou aux États-Unis», fait valoir le recteur de l’Université de Montréal, Daniel Jutras.

Ce texte fait partie du cahier spécial Philanthropie

Que ce soit pour financer la recherche ou pour soutenir des étudiants, les dons philanthropiques permettent le rayonnement de l’Université de Montréal (UdeM). La direction de l’établissement invite la communauté à réinvestir dans l’université et, par ricochet, dans l’essor de la société québécoise.

« Il faut que les gens soient conscients du rôle fondamental que jouent les universités, en général, dans le sort de la société québécoise. Pas seulement au niveau de son économie, mais aussi de sa culture et de son rayonnement international, croit le recteur de l’université, Daniel Jutras. Plusieurs diplômés de l’UdeM ont contribué à la construction du Québec moderne dans tous les domaines. On peut penser au frère Marie-Victorin, l’un des plus grands scientifiques du Québec ; Armand Frappier, le père de la vaccination ; Yoshua Bengio, grand acteur de l’intelligence artificielle, et à plusieurs premiers ministres du Québec. »

Le recteur souligne que la ville de Montréal, riche en établissements d’enseignement et de recherche, est un environnement très stimulant à l’échelle nord-américaine et mondiale. « Il faut mettre cela de l’avant, pour prendre conscience de la façon dont les universités contribuent très concrètement à la construction du Québec, mais aussi à son essor, à la relance de la province après la pandémie. Et c’est ça qu’on veut nourrir avec la philanthropie ! »

M. Jutras continue en expliquant pourquoi la philanthropie est si importante dans le milieu universitaire : « Le cadre financier actuel fait en sorte qu’il n’y a pas assez de ressources pour faire des choses extraordinaires dans une université. Cette culture de grande philanthropie est en croissance, mais elle est encore loin de ce qu’on trouve dans d’autres modèles au Canada anglais ou aux États-Unis », illustre-t-il. Il souligne l’importance des fonds de dotation, qui génèrent des intérêts et permettent de plus grands investissements, notamment du côté des bourses d’études. Le recteur révèle que les universités francophones québécoises ont des fonds de dotation qui tournent autour de 300 à 400 millions de dollars — le dixième seulement de ce qui est accumulé par les grandes universités anglophones.

« C’est exceptionnel qu’on ait bâti une université qui figure parmi les 100 meilleures au monde, avec des ressources loin d’être équivalentes », s’exclame M. Jutras sur le classement international de l’UdeM. « Les philanthropes jouent un rôle très important. On est très chanceux à cet égard à l’UdeM et on a fait des progrès au cours des dix dernières années », poursuit le recteur, qui rappelle qu’une grande campagne terminée en 2017 a permis à l’établissement de cumuler plus de 600 millions de dollars — un record parmi les universités francophones canadiennes.

« On ne peut pas sortir des sentiers battus ou aller beaucoup plus loin qu’on le souhaiterait en recherche sans l’apport de nos donateurs. Pour y parvenir, il faut améliorer les ressources dont on dispose », affirme toutefois le recteur, qui compte sur ceux qui connaissent l’établissement de près : les diplômés.

Michael Pecho, vice-recteur aux relations avec les diplômés et à la philanthropie, abonde dans le même sens. « Plusieurs projets transformateurs voient le jour à l’Université de Montréal, avance-t-il. La course au vaccin afin de contrer la pandémie de COVID-19 est par ailleurs un exemple éloquent du travail essentiel de nos chercheurs et chercheuses pour une société plus saine. Malgré cela, il demeure un défi de trouver du financement universitaire. C’est alors la philanthropie qui doit servir de levier pour voir naître l’innovation et sortir le savoir de nos murs. L’appui de nos bénévoles, de nos donateurs et donatrices ainsi que de nos établissements affiliés consolide nos forces et nous aide à forger une identité plus forte de l’Université, ici et ailleurs dans le monde. »

Investir dans son université

 

Dans les grandes universités, l’apport des diplômés contribue à plus de la moitié des fonds philanthropiques utilisés pour l’éducation et la recherche, observe Hélène Véronneau, directrice générale du développement philanthropique de l’UdeM. Si plusieurs d’entre eux réinvestissent déjà dans l’UdeM, la direction souhaite accroître encore davantage la culture de la philanthropie en raffermissant ses liens avec les diplômés.

« On garde une connexion assez étroite avec les diplômés, qui sont impliqués dans diverses instances de l’université ou qui font du mentorat, notamment. On a la revue Les diplômés où on présente ce qui se fait de mieux par et pour nos diplômés. Il y a le Réseau des diplômés et des donateurs de l’UdeM, qui compte plus de 400 000 membres et qui est dynamique et en croissance », énumère Frantz Saintellemy, chancelier de l’UdeM. Ce dernier mise sur le numérique pour améliorer les stratégies de l’établissement pour accroître la communication avec les diplômés, lesquels pourraient avoir de l’intérêt à investir dans un domaine donné, ainsi que pour établir des mécanismes de reconnaissance pour assurer une philanthropie à plus long terme.

« L’université, c’est un levier extraordinaire pour la société, et la force de l’UdeM, c’est aussi la force du Québec, du Canada et de la francophonie, affirme le chancelier. Je crois sincèrement qu’une université vibrante et une UdeM forte et financée, c’est aussi une société vivante qui forme de meilleurs individus qui, en retour, réinvestissent dans la société. »

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