L’avenir est-il d’abord communautaire?

Sandra Larochelle et Josselyn Guillarmou
Codirecteurs de «L’état du Québec 2022»
La pandémie que nous vivons a certainement permis de jeter un éclairage différent sur les motivations et les mécanismes à la base de nos liens avec les autres.
Photomontage: Sandra Larochelle et Josselyn Guillarmou La pandémie que nous vivons a certainement permis de jeter un éclairage différent sur les motivations et les mécanismes à la base de nos liens avec les autres.

Ce texte fait partie du cahier spécial L'état du Québec 2022

La gang, la clique, la bande, le groupe, la troupe, le club, le front, la nation, l’union, la ligue, le parti, le réseau, l’alliance, le collectif, le quartier, la communauté. Les mots ne manquent pas pour désigner ces espaces, identités, représentations et ces rapports géographiques, ethniques, politiques et sociologiques qui rassemblent et mobilisent autant qu’ils fragmentent et divisent nos sociétés.

Les communautés définissent très largement nos relations avec les autres et par rapport aux autres. En ce sens, la notion même de communauté est complexe et semble parfois un peu floue. Utilisée dans différentes disciplines, elle suscite un regain d’intérêt depuis quelques années, tant de la part de celles et ceux qui se prévalent de réseaux de solidarité et d’espaces où l’on se ressemble et se rassemble que chez celles et ceux qui y voient un facteur de polarisation, contraire au projet universaliste des Lumières. D’autres y voient aussi bien une solution qu’une impasse face aux mouvements de repli des sociétés et à la montée du populisme et du nationalisme dans plusieurs pays. De quoi y projeter beaucoup d’attentes ou d’aversion, créer des groupes plus ou moins constitués et risquer d’y associer des personnes qui peinent à s’y retrouver.

La pandémie que nous vivons a certainement permis de jeter un éclairage différent sur les motivations et les mécanismes à la base de nos liens avec les autres. Partout dans le monde, les consignes sanitaires de distanciation physique ont visé à restreindre les échanges en présence afin de limiter la propagation du virus. Les frontières se sont rapidement fermées, et chacune et chacun s’est replié autant que possible sur son foyer. Il n’empêche que les communautés n’ont pas cessé d’agir ces derniers mois, que ce soit en ligne et sur les applications de messagerie instantanée, à travers des initiatives solidaires pour venir en aide à des populations plus vulnérables, ou encore lorsqu’est venu le temps de se faire vacciner, selon un ordre de priorité entre générations, personnes à risque et communautés isolées ou éloignées.

Au Québec, le prisme de la communauté est partout

C’est elle qui exulte le soir du 24 juin 2021 lors de l’accession du Canadien de Montréal à la finale de la Coupe Stanley, une première depuis 1993. C’est la communauté qui se mobilise à Sherbrooke en août pour faire rapatrier des proches retenus en Afghanistan après la reprise du pouvoir par les talibans. Ce sont les femmes et leurs alliés qui, en juillet, s’organisent en collectifs pour dénoncer le quatorzième féminicide commis au Québec depuis le début de 2021 et tapissent les murs de collages dénonçant les violences faites aux femmes. Ce sont également les communautés qui ont pleuré les centaines d’enfants autochtones dont les corps ont été retrouvés à l’été 2021 aux abords d’anciens pensionnats et qui ont entamé des recherches partout au pays et dans la province.

Ce sont encore elles qui font tomber des statues de personnages liés au colonialisme à Montréal et ailleurs dans le monde en août 2020, dans le cadre des mobilisations sociales contre les violences policières et le racisme systémique. C’est aussi la communauté qui manifeste contre l’instauration du passeport vaccinal à Gatineau, à Québec ou à Matane. Les communautés, ce sont les infirmières et infirmiers qui dénoncent la présence de manifestantes et manifestants devant des hôpitaux et des établissements de santé. Ce sont également les parents qui se mobilisent dans toutes les régions du Québec pour l’obtention de places en garderie, ou les personnes qui placardent les villes de panneaux électoraux dès l’annonce du déclenchement des élections fédérales de septembre 2021 et des élections municipales de novembre.

50 autrices et auteurs réunis

Dans le cadre de cette édition de L’état du Québec, nous avons réuni des membres de la communauté universitaire, un ancien maire, une ex-juge à la Cour du Québec, des actrices et acteurs du monde communautaire, le directeur du quotidien Le Devoir, le scientifique en chef du Québec, des médecins et une patiente, un sondeur, la présidente du Conseil supérieur de l’éducation et son équipe, un conseiller en éthique, l’experte-conseil en diversité, équité et inclusion de la Ville de Québec, un entrepreneur social, la directrice du Regroupement des centres d’amitié autochtones du Québec, une directrice et un directeur de fondation, la présidente de la Commission des partenaires du marché du travail, le directeur général de la Ville de Percé, des représentantes de l’Association des bibliothèques publiques du Québec et un artiste.

Ils et elles nous parlent des communautés. De quelles manières l’engagement des Québécoises et des Québécois se concrétise-t-il ? Comment ces citoyennes et citoyens qualifient-ils leur sentiment d’appartenance à leur quartier, à leur famille, à leur groupe d’amis ou à leur milieu de travail ? Où et comment les communautés se retrouvent-elles ?Comment peut-on les faire davantage dialoguer ? Comment peuvent-elles, par les liens forts qu’elles génèrent entre leurs membres et l’élan qu’elles insufflent, mobiliser la population face aux grands défis qui nous attendent ?

25 articles inédits

En abordant la notion de communauté sous différentes perspectives, les 25 articles inédits de L’état du Québec 2022 offrent un tour d’horizon, théorique et pratique, des façons de renforcer le tissu social, l’économie, la démocratie. Mais aussi de préserver notre mémoire collective, de faire vivre les villes autrement, de tendre vers plus d’égalité, d’engager le dialogue, de s’impliquer, de se questionner, voire de s’indigner.

Nous espérons que ces réflexions vous feront voir toute la force et le potentiel des liens créés avec l’autre et vous permettront de répondre à la question qui a animé notre travail : l’avenir est-il d’abord communautaire ?

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