La «fillette de Granby» est morte par suffocation, a conclu la pathologiste

La fillette, à sa mort, ne pesait que 36 livres (16,4 kg) et ne mesurait que 1,02 mètre, en deçà des courbes de croissance pour une enfant de son âge.
Photo: Paul Chiasson La Presse canadienne La fillette, à sa mort, ne pesait que 36 livres (16,4 kg) et ne mesurait que 1,02 mètre, en deçà des courbes de croissance pour une enfant de son âge.

La « fillette de Granby » est morte par suffocation, a conclu la pathologiste judiciaire qui a présenté ses résultats d’autopsie au procès criminel de la belle-mère de l’enfant de sept ans, accusée de meurtre et de séquestration.

La femme de 38 ans, qui ne peut être nommée en raison d’un ordre de la Cour, a plaidé non coupable à ces accusations. La théorie de la Couronne est que l’accusée a entouré le corps de la fillette de ruban adhésif le 29 avril 2019. Elle est morte le lendemain.

La Dre Caroline Tanguay, du Laboratoire de sciences judiciaires et de médecine légale, a témoigné toute la journée mardi, à la demande de la Couronne. Elle a expliqué aux 14 membres du jury que bien qu’elle ait vu sur le corps de l’enfant plusieurs marques de petite taille, qu’elle a qualifiées de « lésions » ou de « bleus », elle juge qu’elles sont toutes « mineures, non spécifiques et n’expliquent pas le décès ».

Elle a ensuite écarté une foule d’autres choses : l’enfant n’avait pas de malformation cardiaque, pas de fracture du crâne, pas d’hémorragie au cerveau ni maladie chronique.

Bref, après son investigation, la pathologiste, qui a réalisé plus de 2200 autopsies dans sa carrière, a conclu qu’il n’y a aucune cause traumatique ou toxicologique pouvant expliquer la mort de la fillette. Les traces de médicaments relevés dans son sang étaient en « quantité thérapeutique » et correspondaient aux prescriptions des médecins.

« Comme une momie »

Sans constat clair après son examen physique du corps, qui aurait pu l’aider à mettre le doigt sur ce qui a causé sa mort, la pathologiste a expliqué qu’elle n’a d’autre choix que de se tourner vers les « circonstances ayant entouré le décès » et de procéder par élimination.

Elle a ainsi retenu ces renseignements qu’on lui a fournis : le 29 avril 2019, le corps de la fillette aurait été entouré de ruban adhésif et, par la suite, on lui en aurait ajouté sur la tête, obstruant son nez et sa bouche.

Les policiers et les ambulanciers arrivés d’urgence à la résidence familiale de Granby ce matin-là ont rapporté avoir vu un amas de papier collant moulé comme une carapace près de la fillette, qui se trouvait sur le sol de sa chambre. Le fils de l’accusée a aussi témoigné que l’enfant avait été enroulée de ruban « comme une momie ».

« J’en arrive à la conclusion que la cause de décès est une suffocation externe, dans le contexte qu’on me donne. » Selon elle, certains décès par asphyxie ne laissent aucune trace sur le corps.

La Dre Tanguay a aussi exclu que la fillette soit morte par hyperthermie, ce qui se serait produit par un réchauffement très important de son corps causé par le ruban adhésif. De tels cas ont déjà été vus, par exemple des enfants oubliés dans une voiture l’été ou encore soumis à des rituels de sudation. Les policiers et les ambulanciers qui ont témoigné au procès de la belle-mère avaient toutefois indiqué qu’en pénétrant dans la chambre de l’enfant, ils avaient constaté « un mur de chaleur » par rapport au reste de la maison. De plus, selon eux, la fillette était très chaude et avait la peau moite.

Selon la pathologiste, il faut une température d’environ 43 °C pour engendrer un décès, alors qu’environ une heure plus tard, à l’hôpital, la température de la fillette était de 34 °C. On ne peut pas perdre 8 °C en une heure, juge-t-elle.

Retard de croissance

 

La pathologiste a aussi abordé un autre sujet dans le cadre de son témoignage : elle a dit au jury avoir été frappée par la petite taille de la fillette . Celle-ci ne pesait que 36 livres (16,4 kg) et ne mesurait que 1,02 mètre lorsqu’elle est morte, ce qui est en deçà des courbes de croissance pour une enfant de son âge.

« Elle est très maigre » du visage et des bras, a-t-elle déclaré. « Son retard pondéral est important. » Pareils constats avaient déjà été effectués par les premiers répondants qui sont intervenus à la résidence familiale le matin du drame. Les jurés ont pu regarder de difficiles photos de la fillette prises par les policiers.

La docteure n’a d’ailleurs rien vu dans son dossier médical qui pourrait expliquer sa petite taille et son petit poids. Elle retient des notes au dossier que bien qu’elle fût très petite à la naissance, elle avait ensuite rattrapé son retard et grandi normalement jusqu’en 2017. À partir de ce moment-là, l’enfant ne suit plus ses courbes de croissance, note la pathologiste.

Elle n’a pas pour le moment fait de lien entre les constats sur la taille de la petite fille et la cause de son décès.

Son contre-interrogatoire va se poursuivre jeudi.

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