Le commissaire Gaudreau ouvert à changer le nom de l’UPAC

Depuis 2016-2017, le nombre de dénonciations reçues par l’UPAC est en chute libre. Elles sont passées de 1141 en 2016-2017 à 332 en 2020-2021, selon le plus récent rapport annuel.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Depuis 2016-2017, le nombre de dénonciations reçues par l’UPAC est en chute libre. Elles sont passées de 1141 en 2016-2017 à 332 en 2020-2021, selon le plus récent rapport annuel.

Devant la crise de confiance que traverse l’Unité permanente anticorruption (UPAC), le commissaire Frédérick Gaudreau est ouvert à changer le nom de l’organisation policière.

M. Gaudreau était à Québec mardi pour présenter son rapport annuel.

La semaine dernière, l’UPAC a confirmé que deux de ses officiers ont été relevés de leurs fonctions à la suite d’une décision de la Cour du Québec très critique de leur travail. Cet épisode s’ajoute à une longue liste de déboires qui ont miné la crédibilité de l’organisation.

En répondant aux journalistes mardi, M. Gaudreau a admis sans détour que l’image de marque de l’UPAC est entachée. S’il évoque la possibilité d’un changement de nom, il croit tout de même qu’il faut maintenir le mandat d’enquêter de façon permanente sur les allégations de corruption. « Je peux comprendre que le mot “UPAC” avec le temps a été remis en question, a-t-il dit. Il y a cette crise de confiance qu’on a présentement. »

Le mois dernier, la Cour du Québec a sévèrement critiqué le travail des enquêteurs de l’UPAC et des procureurs du Directeur des poursuites criminelles et pénales (DPCP), au moment de prononcer un arrêt des procédures en faveur de l’ex-maire de Terrebonne Jean-Marc Robitaille. La juge Nancy McKenna a écrit que « la preuve démontre clairement que les policiers sont prêts à mentir sous serment ».

Mardi, M. Gaudreau a été très prudent dans ses commentaires, le DPCP étudiant la possibilité d’en appeler de la décision. Si le DPCP ne fait pas appel, l’UPAC aura « un sérieux examen de conscience à faire ».

« Il va falloir prendre d’autres mesures. Il y a des policiers dont le comportement est remis en question. »

Dénonciations en baisse

 

Depuis 2016-2017, le nombre de dénonciations reçues par l’UPAC est en chute libre. Elles sont passées de 1141 en 2016-2017 à 332 en 2020-2021, selon le plus récent rapport annuel.

Mardi, Frédérick Gaudreau a souligné le fait que le traitement de ces dénonciations s’est accéléré dans la dernière année. « On a une clientèle d’élus, de titulaires de charge publique, de gens qui travaillent dans l’environnement des contrats publics, dit le commissaire. Ça commande qu’on impose un respect dans la productivité de notre enquête. »

L’une des enquêtes de la dernière année concernait le député caquiste Louis-Charles Thouin relativement à l’octroi d’un contrat de gestion animalière alors qu’il était maire de Saint-Calixte, en 2010. En septembre, l’UPAC a annoncé la fin de l’enquête dans ce dossier.

L’acte répréhensible allégué était très précis, a expliqué le commissaire Gaudreau. « En ce qui nous concerne, il n’y avait pas d’infraction en matière d’acte répréhensible sur ce contrat dans cette affaire », a-t-il poursuivi.

Depuis trois ans, l’UPAC n’applique plus les procédures d’enquête de la Sûreté du Québec, qui gérait jusque-là ses activités. Ce changement se traduit notamment par l’adoption de nouveaux formulaires et de nouvelles ressources informatiques. Le corps policier privilégie des interventions ciblées auprès des « témoins probants » qui sont nommés d’emblée, c’est-à-dire dans la dénonciation initiale.

« Le but, quand on reçoit un plan d’enquête, c’est de dire : “C’est quoi ta dénonciation, ton information initiale ? Ne va pas gratter, ne sors pas la gratte à n’en plus finir. Concentre-toi sur ça”, a expliqué M. Gaudreau. L’expérience démontre que plus tu en as, plus c’est difficile à gérer à la cour. »

L’UPAC espère ainsi éviter des situations comme celles de l’enquête Mâchurer, sur le Parti libéral du Québec, ouverte en 2014. À ce sujet, M. Gaudreau est demeuré très discret, se limitant à dire que le dossier est alourdi par des « contraintes ».

« Ça peut être considéré comme l’éléphant dans la pièce, a-t-il reconnu. Chaque fois que je me présente, je sais que je peux être questionné. Les gens ont cette perception qu’on ne met pas les efforts nécessaires et qu’on veut étirer le dossier. Ce n’est pas ça du tout. »

M. Gaudreau se donne jusqu’en 2024 pour faire en sorte que son corps de police soit reconnu pour son travail de lutte contre la corruption au Québec.

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