Après l’isolement pandémique, une soif de connexion sociale

Alors que certains n’y ont perçu qu’une polarisation exacerbée, nombre de Québécois ont profité de la pandémie pour redéfinir leur rapport aux autres, que ce soit avec leurs amis, leur famille ou au travail. Un sondage mené par la firme CROP révèle que trois personnes sur cinq désirent développer de nouvelles relations afin d’atténuer les conséquences des contraintes qui existent depuis plus d’un an.

Le coup de sonde a été mené pour l’Institut du Nouveau Monde (INM) en vue de la parution de L’état du Québec 2022, qui arrive en librairie mardi. Le Devoir en a obtenu copie, ainsi que de l’analyse des résultats, qui place le cadre de cette édition consacrée aux communautés sous toutes leurs formes.

L’enquête s’est intéressée aux différents besoins de « connexions humaines que la pandémie de COVID-19 a mis en lumière », écrit Alain Giguère, président de CROP. « L’isolement a exacerbé notre besoin de connexions, comme l’absence d’un “objet” convoité qui le rend encore plus désirable », poursuit-il.

À la question « votre sentiment d’appartenance a-t-il augmenté, est-il resté le même ou a-t-il diminué », les Québécois ont exprimé un plus grand penchant pour leur famille : 28 % estiment que cette appartenance a augmenté envers les membres familiaux, alors qu’au contraire, 24 % ont vu ce sentiment diminuer à l’égard de leur travail.

Travailler loin de ses collègues a peut-être influé négativement sur cet aspect, notent les sondeurs. Internet a par ailleurs joué un rôle pour la plupart des sondés en permettant de maintenir le contact avec les proches. Les données recueillies laissent aussi entrevoir un écart prévisible entre les générations. Les jeunes de 18-34 ans sont 12 % à n’utiliser que rarement Internet pour maintenir ou développer des relations, alors que cette proportion représente 47 % des adultes de 55 ans et plus.

Pour près d’un répondant sur cinq, les relations avec le voisinage se sont aussi améliorées, selon leurs réponses à une question sur ce sujet.

Ce renforcement des liens d’appartenance ne s’est d’ailleurs pas constaté seulement envers l’entourage immédiat. Les Québécois se sont aussi plus intéressés à l’actualité, à la science, à la politique, à la question du racisme et, sans surprise, à la santé publique.

Ces différentes formes d’intérêt pour autrui ne se traduisent toutefois pas nécessairement par un engagement à bâtir des communautés. Ce sont 28 % des personnes sondées qui disent prendre part activement au développement de leur communauté. Ici encore, les jeunes de moins de 35 ans se distinguent comme étant plus actifs. Le bénévolat reste la forme d’engagement la plus populaire chez tous les groupes d’âge, avec une tendance plus marquée chez les 55 ans et plus. En revanche, seuls 10 % disent prendre part à la vie politique pour concrétiser leur engagement.

Peu importe la forme de cet engagement, c’est le manque de temps (36 %) qui est évoqué comme première raison pour ne pas prendre davantage part à la communauté.

Des archétypes pour comprendre

À partir de croisements de ces résultats, Alain Giguère esquisse une typologie des individus par rapport à leur vision de leurs relations et à leurs attentes envers les autres. À l’extrémité du spectre, le « grégaire » qui a un profond besoin d’autrui pour s’épanouir et qui a tout mis en œuvre pour développer son rapport aux autres durant la pandémie. Il est tout près du « voisin enthousiaste » (11 %)qui a vu ses relations de quartier bonifiées depuis le début de la pandémie, mais « il ne participe pas au développement de sa communauté pour autant », dit M. Giguère.

36 %
C’est le pourcentage des sondés qui ont déclaré ne pas prendre davantage part à la communauté par manque de temps.

Viennent ensuite les deux plus grandes catégories, soit le « sensible » (40 %) puis « l’autosuffisant » (35 %). Ce dernier « ne s’est ennuyé de personne », même si son sentiment d’appartenance à sa famille a « sensiblement augmenté », note-t-il. Les personnes retraitées et âgées de 65 ans et plus sont surreprésentées dans ce segment.

Enfin, le dernier type de citoyen est le « déconnecté » qui a été isolé de toute vie sociale. Même si son sentiment d’appartenance à sa famille, à son groupe d’amis et à son milieu de travail était déjà plus bas que celui de la population en général, il a encore fortement diminué. Ce type de citoyen (4 %) est habituellement un homme entre 35 et 54 ans qui vit seul et gagne un revenu parmi les plus faibles de la société.

Le dernier volet de cette enquête, qui portait sur les achats, démontre qu’acheter québécois n’est pas une priorité. Ou, du moins, que cet aspect n’est pas plus important que de trouver les bons produits à bas prix. Les achats en magasin restent une préférence, malgré un engouement pour les ventes en ligne.

Les Québécois sauront-ils conserver les acquis de la cohésion sociale à plus longue échéance ? « Notre société sortira transformée de cette crise sociosanitaire. Il reste à voir quelle direction elle prendra », conclut le président de CROP.

Le sondage a été réalisé en ligne auprès de 1000 personnes entre le 16 et le 23 juin 2021 par l’entremise d’un panel Web.

Notre société sortira transformée de cette crise sociosanitaire. Il reste à voir quelle direction elle prendra.

 

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