Les Canadiens reculent l’heure alors que le débat sur le changement d’heure continue

L’heure normale est le meilleur choix pour la santé de la population en général, car elle correspond davantage à l’heure solaire et à l’horloge biologique des gens, selon un expert en sommeil.
Photo: Joel Saget Agence France-Presse L’heure normale est le meilleur choix pour la santé de la population en général, car elle correspond davantage à l’heure solaire et à l’horloge biologique des gens, selon un expert en sommeil.

La plupart des Canadiens ont la chance de rattraper un peu de sommeil lorsque les horloges reculeront d’une heure dimanche, mais un politicien ontarien croit que cela pourrait être la dernière fois pour les habitants de la province la plus peuplée du pays.

Jeremy Roberts, qui représente la circonscription d’Ottawa Ouest-Nepean, a déposé en octobre 2020 un projet de loi d’initiative parlementaire qui mettrait fin au changement d’heure bisannuel en Ontario.

Le projet de loi, qui a été adopté le mois suivant avec un soutien unanime, ferait passer la province à l’heure avancée permanente. Les Ontariens bénéficieraient d’une heure supplémentaire de lumière du jour en fin de journée en échange de celle du matin.

« J’ai toujours vraiment détesté le changement d’heure, en particulier le changement d’heure de rentrée », a mentionné M. Roberts.

« Je trouve que c’est tout simplement horrible lorsque vous rentrez du travail l’après-midi et qu’il fait déjà nuit dehors et que vous avez l’impression de ne pas pouvoir sortir ».

Avant de présenter le projet de loi, M. Roberts a consulté des personnes qui, selon lui, sont favorables à une lumière du jour supplémentaire en soirée.

Il a toutefois déclaré que l’Ontario doit attendre que ses deux plus grands voisins soient de la partie avant de procéder à ce changement.

« En ce qui concerne l’État de New York, nous avons beaucoup de commerce transfrontalier, mais en plus, nous bénéficions également d’être dans le même fuseau horaire que les marchés de la ville de New York, donc nous ne voulions rien faire pour perturber cela ».

M. Roberts a ajouté avoir contacté le premier ministre du Québec, François Legault, et la gouverneure de l’État de New York, Kathy Hochul.

M. Legault lui a indiqué, ainsi qu’au public, que le Québec était favorable à l’idée de conserver l’heure d’été, a indiqué M. Roberts.

Il n’a pas eu de retour de Mme Hochul, mais un projet de loi a été soumis à l’Assemblée législative de l’État de New York pour proposer le maintien de l’heure d’été toute l’année. Ce qui complique les choses, c’est que même si l’État optait pour cette solution, il devrait encore attendre que le Congrès l’approuve.

La Colombie-Britannique a déjà décidé de s’en tenir à l’heure d’été, mais elle attend que les États du sud l’imitent. Le Yukon a décidé l’année dernière de ne plus effectuer de changements saisonniers et suit désormais son propre fuseau horaire. La Saskatchewan ne change pas ses horloges.

Le mois dernier, les Albertains qui ont voté lors d’un référendum ont rejeté de justesse le passage à l’heure d’été permanente. Des psychologues spécialisés dans les rythmes circadiens avaient prévenu que ce changement signifierait que certaines régions de l’Alberta ne verraient pas le soleil se lever en hiver avant 10 heures du matin.

Des études menées dans le monde entier ont établi un lien entre le changement d’heure et l’augmentation du nombre d’accidents de la route, la dépression, la baisse de productivité et le risque accru de crises cardiaques et d’accidents vasculaires cérébraux.

C’est particulièrement le cas au printemps, lorsque les horloges sont avancées et qu’une heure de sommeil est perdue, a déclaré Joseph De Koninck, de l’Institut de recherche sur le cerveau et l’esprit de l’Université d’Ottawa.

M. De Koninck convient qu’il faut cesser de changer les horloges, mais il suggère que le fait de s’en tenir à l’heure d’été toute l’année est la pire option.

L’heure normale est le meilleur choix pour la santé de la population en général, car elle correspond davantage à l’heure solaire et à l’horloge biologique des gens, a déclaré l’expert en sommeil.

Selon lui, si l’Ontario passe à l’heure normale permanente, des villes comme Ottawa ne verront pas l’aube se lever avant environ 8 h 45 en décembre et en janvier.

« Beaucoup de gens iraient au travail dans le noir, ce qui est la pire chose qui puisse arriver à votre horloge biologique, car vous avez besoin de l’exposition à la lumière du jour le matin pour démarrer votre horloge interne ».

M. De Koninck a ajouté qu’avoir plus de lumière plus tard dans la journée pourrait avoir des avantages économiques, car cela pourrait stimuler la consommation après le travail. Mais cela augmenterait également les troubles de l’humeur, affaiblirait le système immunitaire et augmenterait le risque de certains cancers.

Il a cité l’exemple de la Russie, un pays situé aussi au nord que le Canada, qui est passé à l’heure d’été permanente en 2011, pour l’abandonner trois ans plus tard. Des études ont montré que cela affectait particulièrement les enfants et leurs résultats scolaires, a indiqué le chercheur.

M. De Koninck affirme que cela ne fait pas de sens pour les provinces de s’aligner sur les États américains qui sont plus au sud et qui ont généralement plus d’heures de lumière en hiver.

« Les politiciens et les hommes d’affaires qui veulent avoir la lumière tard dans la journée pour différentes activités, comme le golf… mais les gens ne sont pas informés de ce que cela signifiera pour eux en décembre ».

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